Danielle Simonnet
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Billet de blog 20 nov. 2020

Non à la police municipale !

Alors que plus d’une centaine d’associations, ainsi que l’ONU dénoncent la loi sécurité globale, la maire de Paris Anne Hidalgo, sans honte, se félicite du vote permettant la création de la police municipale à Paris, sans un mot de critique contre cette loi liberticide ! Comme le reste de la loi pour la "sécurité globale", refusons le projet de création d'une police municipale !

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Alors que plus d’une centaine d’associations, ainsi que l’ONU dénoncent les attaques aux droits fondamentaux des citoyen.nes et la normalisation de la surveillance généralisée de toutes et tous de la loi sécurité globale, la maire de Paris Anne Hidalgo, sans honte, se félicite du vote permettant la création de la police municipale à Paris ! Sans un mot pour dénoncer le caractère liberticide de la loi. Darmanin se trouve donc une alliée dans le tournant sécuritaire-autoritaire digne du Patriot act qu’il veut imposer au pays : la maire de Paris...

Je réaffirme pour ma part, non seulement mon opposition à la loi Sécurité globale mais aussi mon opposition à la création d’une police municipale. Le droit à la sûreté et à la sécurité doit toujours relever de la fonction régalienne de l’Etat. Notre République est une et indivisible et ces droits ne doivent pas varier selon les politiques menées localement ! Évidemment, sitôt la brèche ouverte, la droite s’y est engouffrée pour exiger l’armement de cette police dans la surenchère sécuritaire prévisible. 

Refuser la police municipale, c’est défendre la police républicaine. Celle-ci a besoin d’être refondée, mieux formée et disposer de plus de moyens humains sur l’ensemble du territoire. Elle ne doit plus être soumise à la politique du chiffre imposée par Sarkozy, pour mener à bien ses enquêtes et retrouver son rôle de police de proximité et ses actions de prévention. Elle ne doit plus être instrumentalisée dans des escalades répressives d’usage disproportionné de la force dans les opérations dites de maintien de l’ordre dans les manifestations. Son rôle n’est pas de faire le sale boulot du pouvoir contre le peuple quand celui-ci légitimement en conteste les politiques. Nous devons défendre le principe de gardiens de la paix, ce qui exige de la police qu’elle soit irréprochable. Les citoyen.nes doivent toujours pouvoir filmer toute opération afin d’exercer dessus leur contrôle démocratique, première des libertés. 

La création d’une police municipale à Paris ne provoquera qu’une nouvelle réduction des effectifs de la police nationale, notamment affectés à la tranquillité publique, sur le territoire parisien, comme ce fut le cas dans toutes les communes qui se sont dotées d’une police locale. Les citoyens y perdront côté sûreté sans rien gagner côté sécurité. De la Macronie au PS en passant par LR sans oublier le RN (grand défenseur des milices locales et qui se frotte les mains de voir son programme appliqué par ceux qui prétendaient en être le rempart), tous vantent la complémentarité des deux polices. A la police municipale la proximité et à la police nationale le reste. Mais non seulement je ne veux pas du modèle américain des polices locales, mais en plus ce n’est pas un service à rendre à la police nationale. Pour retrouver une autre relation de confiance avec la population, repenser une police de proximité est essentiel, une police impliquée dans la prévention et dans le quotidien. 

Il est pour le moins stupéfiant par ailleurs de voir la maire de Paris si déterminée à engager la ville dans une compétence relevant de l’Etat. Concernant l’hébergement d’urgence, le drame des sans-abris, des exilés à la rue, combien de fois n’avons-nous pas entendu la maire et son équipe répéter qu’il s’agissait d’une compétence de l’Etat ? Pourtant l’urgence humanitaire exigerait que la ville aille bien au-delà ! La police municipale coûtera au minimum du minimum 60 millions d’euros à la collectivité. De quoi financer 4700 places d’hébergement par an avec un vrai accompagnement social, et que plus une seule personne ne subisse la violence sociale de la rue ! A chacun ses priorités politiques...

En voulant créer une police municipale, la maire socialiste parisienne cautionne la volonté du gouvernement de désengager l’Etat dans sa fonction régalienne auprès des collectivités mais aussi, même si on en parle moins, au profit des sociétés privées de sécurité et accélérer le rôle des nouvelles technologies dans le contrôle social. La perspective des JO, qu’Anne Hidalgo tient coûte que coûte à maintenir autant qu’Emmanuel Macron, ne peut que légitimement inquiéter sur les dérives sécuritaires et budgétaires à venir. Les drones, les caméras piétons qui filment et transmettent en direct à un centre de commandement ainsi que la reconnaissance faciale, toute cette course technologique liberticide est vantée dans la perspective des JO 2024. Ces JO 2024 serviront bien d’étape essentielle dans l’expérimentation, la stratégie du choc pour faire entrer la surveillance et le contrôle de la population par la police et les sociétés privées de sécurité dans une nouvelle ère technologique. 

Comme le dit ma camarade Mathilde Panot, députée France Insoumise, Macron avec cette loi est en guerre contre le peuple. Face à cette terrible dystopie qui se réalise, la mobilisation citoyenne est plus que jamais nécessaire. Les députés FI vont poursuivre le combat à l’assemblée. Je poursuivrai également la bataille contre la police municipale au Conseil de Paris. 

Comme le reste de la loi liberticide pour la "sécurité globale", refusons le projet de création d'une police municipale !

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