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Billet de blog 24 oct. 2016

Non à la privatisation des PV à Paris!

La Mairie de Paris envisage de privatiser la verbalisation du stationnement. Je m’y oppose, je vous explique pourquoi et vous invite à signer la pétition sur change.org. Vous pouvez également retrouver la vidéo de 2 minutes que j’ai postée à ce sujet. Il est fort probable que d’autres villes s’y mettent…

Danielle Simonnet
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La Mairie de Paris envisage de privatiser la verbalisation du stationnement. Je m’y oppose, je vous explique pourquoi et vous invite à signer la pétition sur change.org. Vous pouvez également retrouver la vidéo de 2 minutes que j’ai postée à ce sujet. Il est fort probable que d’autres villes s’y mettent… Asphyxiées par les politiques d’austérité, les collectivités sont de fait tentées d’augmenter leurs recettes via le stationnement et la privatisation de sa verbalisation. Ce type de mesure risque d’aggraver les injustices sociales. Elles révèlent un grignotage des missions régaliennes de l’Etat, une accélération du processus de municipalisation de la police et de marchandisation de la sécurité et du stationnement.

Qui veut noyer son chien l’accuse d’avoir la rage

Diantre, 91 % des automobilistes « ne mettent pas d’argent dans le parcmètre », soit un manque à gagner de « 300 millions d’euros ». La Maire de Paris compare de suite ce manque à gagner comme étant « l’équivalent du coût annuel de fonctionnement de toutes les crèches parisiennes ». “Salauds de fraudeurs au stationnement” nous disons-nous, s’ils payaient, on pourrait créer plein de places en crèches ! Bon, au passage, la ville de Paris se garde bien de rappeler les hausses relatives au stationnement (hausse allant jusqu’à plus de 100% pour le stationnement résidentiel et plus 200% pour les touristes !) qui fait de Paris, mis à part Londres, la ville la plus chère d’Europe de ce point de vue là. Silence radio également sur le fait que nombre de parkings municipaux sont gérés par des grands groupes privés, Vinci en tête, qui s’en donnent à coeur joie côté bénéf’ sans se soucier une seule seconde de redistribuer ses profits pour financer les berceaux de nos chérubins. Il n’y a par ailleurs eu aucune réelle politique d’amélioration aux parkings résidentiels dépendant des bailleurs sociaux. Il faut bien sur contribuer à dissuader de l’usage de la voiture en centre ville. Mais pour ce faire, repenser l’aménagement du territoire pour réduire les déplacements subis domicile-travail serait bien plus pertinent ! Ainsi que développer de façon conséquente les transports en commun, les améliorer et tendre vers la gratuité. Mais ce n’est pas la voie réellement choisie... La région et l’Etat viennent d’augmenter le pass Navigo et la réorganisation des bus dans Paris pour effectuer le rééquilibrage centre/périphérie se fait à moyens constants.

Mais pourquoi ça ne fonctionne pas la verbalisation du stationnement ?

C’est la question que la ville ne se pose pas, en décrétant d’emblée qu’une entreprise privée fera bien mieux le travail des 1 600 agents de surveillance qui dépendent de la Préfecture de Police et que la ville va récupérer et veut affecter à d'autres missions. Si on s’intéresse un peu au sujet, on comprend très vite, et la préfecture de Police le reconnaît elle-même, que n’ayant plus les moyens d’assurer toutes ses missions, elle a décidé de les recentrer sur les politiques sécuritaires (lutte contre le terrorisme, la délinquance, l'immigration) avec une totale absence de prise en compte de l’enjeu d’une police de proximité. Les agents n’étaient très certainement pas inefficaces mais trop peu nombreux et débordés. Au vu des mobilisations dans la police, qui peut ignorer le malaise si profond qui touche de fait l’ensemble des trois fonctions publiques du fait notamment des sous effectifs ?

Le stationnement : renflouer les caisses des collectivités asphyxiées par l’austérité

En privatisant la verbalisation du stationnement, la ville espère donc compenser en partie la baisse des dotations budgétaires de l’Etat à la collectivité parisienne, austérité oblige. Elle pense qu’en externalisant, l’incitation à un rendement sera plus efficace. C’est que l’Etat, avec une continuité totale entre les gouvernements sous Sarkozy et sous Hollande, poursuit ses politiques d’austérité, en baissant les moyens alloués aux collectivités. Dans la continuité de la RGPP, la loi Maptam (modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles) de 2014, a décidé de conférer aux collectivités la gérance totale de leur politique en matière de stationnement payant. Il s’agit de fait d’un désengagement de l’Etat par une nouvelle décentralisation de compétence. Le non respect des règles de stationnement y est du coup dépénalisé. L’amende pénale qui sanctionne les infractions au stationnement payant sur voirie, est transformé en redevance dont le montant sera fixé par la collectivité locale, qui en recevrait le produit. Du coup, changement non mineur, si vous ne respectez pas la réglementation, vous n’êtes pas considéré comme en infraction mais vous devez payer à un autre tarif pour le temps d’occupation. Du point de vue de la conception de l’éthique républicaine, ce n’est pas un changement anodin ! Et évidemment au passage, d’une ville à l’autre, l’inégalité va être renforcée, chaque collectivité pouvant y aller de sa propre politique tarifaire en la matière.

Police nationale, Police municipale et privatisation …

A compter de 2018, la capitale récupèrera “la maîtrise complète du stationnement payant, du stationnement gênant et des fourrières”. Ainsi, les 1.600 agents de surveillance de Paris (ASP), appelés familièrement les "pervenches", ne seront plus sous l’autorité du préfet de Paris mais sous celle de la maire. Ils seront alors affectés aux missions prioritaires, à savoir la lutte contre les incivilités, la pollution ou encore la surveillance de bâtiments municipaux. Les rangs de la nouvelle Direction de la Prévention, de la Sécurité et de la Protection (DPSP) atteindront ainsi un effectif de 3.500 agents. C’est dans les faits un début de police municipale qui tranquillement est mis en place. Le manquement aux réglementations relatives au stationnement n’étant de fait plus considéré comme une incivilité, forcément, puisque c’est dépénalisé, on peut du coup privatiser la collecte découlant des futurs tarifs… Mais une autre conséquence est à souligner dans ce transfert de compétence aux maires : quid de l’impartialité et du respect de l’égalité de toutes et tous dans une même communes face aux PV ? Quelle garantie que les maires résistent aux logiques de passe droits, de clientélisme pour faire sauter les PV ? Mais surtout, les groupes privés qui tiennent déjà les parkings, d’autres les fourrières, vont donc maintenant gérer également la verbalisation et il est fort possible d’ailleurs que les mêmes postulent… Sauf que le but d’une entreprise privée, c’est de générer du profit, du rendement. Et on le voit avec la gestion des fourrières privées. Les entreprises doivent faire rentrer du cash et préfèrent s’occuper des véhicules situés à proximité des fourrières et non de faire respecter l’intérêt général. Qui va payer les marges que ces entreprises devront se faire pour dégager du bénef’ dans la verbalisation du stationnement ? Regardons l’immense arnaque de la privatisation des autoroutes héritée de De Villepin pour comprendre. A l’instar de la hausse des tarifs aux péages, ce sera pris sur des hausses à venir des PV bien sur !

Nous devons refuser la privatisation de ce qui doit rester une fonction régalienne qui ne devrait pas échapper à l’État (Préfecture de Police) pour être confiée à la collectivité. Il faut garantir l’égalité et l’impartialité républicaines. Il faut faire respecter la réglementation du stationnement et réduire la place de la voiture dans l’espace public pour lutter contre la pollution. Mais ça ne passe pas par la privatisation de la verbalisation du stationnement ! Cela passe par une politique d’aménagement du territoire qui investit dans le temps long : garantir une mixité d’activités (logement, emploi, service public) dans chaque bassin de vie afin de réduire les usages de la voiture contraints pour aller au travail. Ils faut investir massivement dans les transports en commun et les circulations douces ! Et pour ce faire, s’opposer aux politiques d’austérité qui conduisent à ces privatisations scandaleuses pour le bonheur des intérêts privés. Mais c’est tout l’objectif de ces politiques libérales dictées par Bruxelles et auxquelles ce gouvernement comme la mairie de Paris adhèrent ou se soumettent..

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