Tirer les leçons de la canicule : à Paris tout reste à faire

Le réchauffement climatique est là. Alors que faire ? Notre écologie n’est pas compatible avec l’économie de marché, ni destinée à verdir le capitalisme et la croissance mais à en sortir. A Paris tout reste à faire et nous avons 20 ans de retard. Pas d’illusion sur l’écologie d’accompagnement. Il faut l’irruption du peuple. Lançons des listes citoyennes aux prochaines élections municipales !

 

Tirer les leçons de la canicule

 

Réchauffement climatique - À Paris tout reste à faire

 

Le réchauffement climatique est là, il frappe les atolls du Pacifique, les métropoles du nord de l’Inde, les ours polaires, les récoltes, les fleuves, les glaciers, les écosystèmes du monde entier. Nous en ressentons les effets à Paris avec la canicule qui n’est elle-même qu’un avant-goût de ce qui nous attend si rien n’est fait pour lutter sérieusement contre le réchauffement climatique.

 

Évidemment Emmanuel Macron, président des riches et de leurs profits à court terme et à courte vue, n’a rien compris à l’écologie. Hélas, Anne Hidalgo non plus. Car l’écologie qui se résume à Paris plage, l’écologie qui déclare sa flamme aux JO, au tourisme de masse, à la pub et aux lobbys, l’écologie des permis de construire, des tours et du béton, l’écologie d’Anne Hidalgo est une écologie du mensonge.

 

Alors que faire ? D’abord comme nous y invite Extinction Rebellion : dire la vérité ! Notre écologie n’est pas compatible avec l’économie de marché, elle n’est pas destinée à verdir le capitalisme et la croissance mais à en sortir. Notre écologie n’est pas la caution verte de la société de consommation. Tout doit changer ! C’était le sens des précurseurs de la décroissance comme André Gorz, c’est aujourd’hui avec Naomi Klein notre mot d’ordre.

 

A Paris tout reste à faire et nous avons vingt ans de retard. Les promesses écolos du cycle Delanoë-Hidalgo n’ont pas été tenues : Paris n’est pas devenue une ville écologique, au contraire. A quand remonte la création des derniers grands espaces verts de la capitale ? C’est avant les années 2000 qu’ont été créé les parcs de Belleville, de Bercy ou André Citroën. Et depuis ? On voit fleurir les tours, les centres commerciaux géants et les opérations immobilières. Et le pire est à venir avec Paris 2024 !

 

Quand on fonce dans le mur, la première chose à faire est d’appuyer sur le frein. Cela vaut pour Paris. Les tours ? STOP. Les JO ? STOP. Le T4 de Roissy CDG ? STOP. Le béton avec la reconstruction de la centrale Lafarge de Javel et le bitume tout azimut ? STOP.

 

Ensuite, on change d’itinéraire, c’est le pas de côté, la bifurcation, c’est un vrai nouveau monde qui part des besoins réels des gens, de leur égalité et des possibilités biophysiques de la planète.

 

Concrètement, il faut revoir toute la vision de Paris : se passer de voiture thermique ou électrique, repenser les transports de marchandises (le fleuve, les canaux, les gares de marchandises) privilégier les circuits courts, ouvrir de nouveaux espaces verts en pleine terre, au niveau de la rue, planter de nouveaux alignements d’arbres et cesser d’abattre ceux qui existent. Non pas faire de pseudo forêts urbaines mais rompre avec le dogme des chaussées noires et des trottoirs gris. Sortir du consumérisme et du matraquage publicitaire et au contraire engager la ville dans de nouveaux espaces de gratuité, à commencer par les transports, reprendre la main publique et citoyenne dans le pilotage des services publics cédés un à un au privé. 

 

La ville écologique est verte et bleue, c’est comme cela que nous lutterons contre le réchauffement climatique, c’est ainsi que nous supporterons les inévitables canicules des décennies à venir aussi ! Notre ville écologique est populaire aussi : de la Porte de la Villette à la Seine, le long du canal, il faut une grande voie piétonne continue reliée aux quartiers populaires par des rues vertes ! De l’autre côté de la Seine, il faut découvrir la Bièvre : Paris doit avoir son fleuve et sa rivière ! Alors que le nombre d’arbres à proximité des habitations est fortement corrélé à Paris au niveau de revenu, il faut donner la priorité à la lutte contre les îlots de chaleur bien plus conséquents dans les quartiers populaires. mais il faut aussi clairement s’engager contre la gentrification. Et pour ce faire, cesser la logique mortifère de l’autofinancement au nom de la dette, qui conduit à chaque opération relevant d’intérêt général, pour du logement social ou un équipement public, à vendre Paris à la découpe, son foncier comme ses services publics, aux promoteurs privés et aux grands groupes du CAC40. Prenons conscience que la seule dette qui nous oblige est la dette écologique et non la règle d’or de la contractualisation de Macron ! 

 

Surtout peut-être, notre Paris vert, bleu, populaire doit enfin vraiment changer d’échelle et s’inscrire avec humilité et solidarité dans son environnement. La canicule à Bobigny, le sort des murs à pêches de Montreuil, l’incinérateur d’Ivry, le triangle de Gonesses, le nouveau crématorium imposé à Pantin, la ville la plus polluée d’Ile-de-France, la forêt de Romainville promise au saccage pour une base de loisirs nous concernent aussi. Nous formons avec ces communes et leurs habitant.e.s un écosystème que nous devons apprendre à gérer ensemble démocratiquement, comme notre bien commun le plus précieux. Il faut rompre pour cela avec l’idéologie néolibérale de la métropolisation qui pense Paris comme l’empire colonisant par sa financiarisation et gentrification les territoires adjacents, reléguant toujours plus loin celles et ceux qui viennent y travailler. Portons au contraire l’ambition d’un réaménagement du territoire de coopération et non de concurrence, visant à réduire les distances domicile travail par le respect de la mixité d’usages, emplois, logements, services publics, préservation des terres agricoles, des forêts et des espaces verts. L’hyperdensification et la  concentration dans le coeur de la métropole portent une lourde responsabilité dans l’étalement urbain et la relégation des habitant-e-s des ronds points. 

 

Notre avenir à tou.te.s en dépend. Et pour le reprendre en main, pas d’illusion sur l’écologie d’accompagnement. Il faut l’irruption du peuple. Il faut fédérer les énergies, de celles et ceux qui dans la rue, les grèves et marches pour le climat, les manifestations gilets jaunes, dans les mobilisations locales, les actions de désobéissances non violentes, comme par nombre de radicalités concrètes aspirent à tout changer. Comment le permettre si ce n’est en engageant des listes citoyennes, avec l’ambition de co-produire un programme, des candidatures pour imposer par le rapport de force la nécessaire et urgente grande bifurcation de la ville décroissante, résiliente et populaire ? Alors, on s’y met ?

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