Surpopulation et impact écologique, la planète file vers l’abîme

En 1992 plus de 1700 Scientifiques exhortaient l’humanité à freiner la destruction de l’environnement. Depuis , que ce soit en Novembre 2017, Novembre 2019, février 2020, chercheurs et scientifiques ne cessent de dénoncer notre impact sur la planète et le climat, à cause de notre mode de vie et du nombre.

Des rappels périodiques fait par de nombreux scientifiques

En 1992, « l’Union of Concerned Scientists » et plus de 1 700 scientifiques indépendants, dont la majorité des lauréats de prix Nobel de sciences alors en vie, signaient le « World Scientists’Warning to Humanity ». Ces scientifiques exhortaient l’humanité à freiner la destruction de l’environnement et avertissaient : « Si nous voulons éviter de grandes misères humaines, il est indispensable d’opérer un changement profond dans notre gestion de la Terre et de la vie qu’elle recèle ». En Novembre 2017 ce sont 15.000 scientifiques qui sont venus, une nouvelle fois, tirer le signal d'alarme dans la revue Bio Science ( https://academic.oup.com/bioscience/article/67/12/1026/4605229 ). Ces appels n’ont pas eu d’effets.

Surpopulation, surconsommation, perturbations climatiques, déclin de la biodiversité

Ces 15 000 scientifiques venus de 184 pays, et exerçant dans des domaines scientifiques variés allant de la biologie, à l'écologie en passant par la physique, les mathématiques, la chimie ou l'agronomie, écrivaient, notamment : « Nous compromettons notre avenir en ne freinant pas notre consommation effrénée de ressources, et en persistant à ne pas comprendre que la croissance démographique continuelle est le premier facteur de bon nombre de menaces écologiques et sociétales ». Et de poursuivre, preuves à l’appui : « En ne limitant pas adéquatement la croissance démographique, en ne remettant pas en cause une économie reposant uniquement sur la croissance, en ne réduisant pas les gaz à effet de serre, en n'encourageant pas les énergies renouvelables, en ne protégeant pas les habitats, en ne restaurant pas les écosystèmes, en ne freinant pas la pollution, ne ne régulant pas les espèces invasives, l'humanité ne fait pas les efforts urgents et nécessaires pour préserver notre biosphère »

Outre le signal d’alarme qu’il tiraient à l’égard des responsables politiques, ces scientifiques en appelaient également aux citoyens et aux « influenceurs » pour faire fléchir les gouvernements et les inciter à prendre enfin les mesures qui s'imposent comme un « impératif moral pour les générations présentes et futures des hommes et de la vie ». Ces scientifiques en appelaient également à l'action à l'échelle individuelle, en limitant la consommation de ressources impliquant l'utilisation de ressources fossiles, ainsi que la consommation de viande.

En novembre 2019, avant une COP 25 qui s’est malgré tout soldée par un lourd échec diplomatique, ce sont 11.000 chercheurs qui rappelaient l’urgence climatique. Ils appelaient à descendre dans la rue derrière les mouvements écologistes « à se mobiliser pour exiger des actes de la part de nos dirigeants politiques et pour changer le système par le bas dès aujourd’hui ».

En Février 2020, un millier de scientifiques français, par un cri de désespoir, appellent même à la désobéissance civile. « C’est un pas supplémentaire que nous franchissons, les appels précédents appelant à une lutte plus intensive contre les émissions de gaz à effet de serre n’ayant pas été entendus », reconnaît Milan Bouchet-Valat, sociologue à l’institut national d’études démographiques (INED) et l’un des promoteurs du texte. La pétition met en effet l’accent sur la dégradation de la situation écologique. La hausse des émissions de gaz à effet de serre se poursuit alors qu’elles devraient commencer à baisser, les destructions de milieux naturels et les menaces sur les espèces végétales et animales s’aggravent. Pour les auteurs, il ne s’agit donc pas de se contenter de demi-mesures. C’est un changement complet de système économique et social qui est prôné. https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/02/20/l-appel-de-1-000-scientifiques-face-a-la-crise-ecologique-la-rebellion-est-necessaire_6030145_3232.html

Les scientifiques de l’appel de Février 2020 ne font pas du «  Greta Thurnberg » ils soulignent l’urgence des actions à entreprendre

Les signataires de l’appel de février 2020 rappellent qu’ils ne font pas du « Greta Thurnberg ». Ils ne reprochent pas au gouvernement français de ne pas prendre en compte leurs travaux. Ils soulignent simplement l’urgence des actions à entreprendre pour éviter les conséquences des modes actuels de consommation : « Nous refusons que les jeunes d’aujourd’hui et les générations futures aient à payer les conséquences de la catastrophe sans précédent que nous sommes en train de préparer et dont les effets se font déjà ressentir. Lorsqu’un gouvernement renonce sciemment à sa responsabilité de protéger ses citoyens, il a échoué dans son rôle essentiel », assène le texte. Signataire de l’appel, Dominique Bourg, philosophe, professeur émérite de l’Université de Lausanne (Suisse) et ancien candidat des écologistes non Verts aux dernières élections Européennes, précise : « Nous sortons d’une période où il fallait toujours produire plus. Aujourd’hui, il faut produire moins sous peine de détruire les écosystèmes pour des siècles. Dans cette période transitoire, notre position paraît empreinte de radicalité alors qu’elle n’est que normalité au vu des catastrophes écologiques qui menace l’humanité ».

Sans maîtrise préalable de la démographie, nous filons vers l’abîme

Lorsque l’on évoque les émissions de gaz à effet de serre, notre consommation effrénée de ressources, surtout dans les pays riches et émergents, elles sont aussi le produit de la consommation et émissions individuelle dues au nombre d’individus qui ne cesse d’augmenter.

Rappel : Il nous a fallu plus de 200 000 ans pour atteindre 1 milliard d’humains (1800 ans de notre ère). Puis à peine plus de 200 ans seulement pour arriver à 7,7 milliards. Elle se situait autour de 3 milliards en 1960, elle a grimpé rapidement dans les trois décennies suivantes, pour franchir la barre des 5 milliards dès 1987... En 2009 nous étions 6,7 milliards d’habitants, en 2019 (10 ans plus loin) nous sommes 7,7 milliards et sauf pandémie plus mortelle que le Covid-19, accident nucléaire majeur ou télescopage avec un astéroïde, les 8 milliards seront probablement atteints en fin 2021, début 2022, soit une augmentation dun milliard d’habitants en une décennies. Si ce rythme se poursuivait ainsi, en 2050 il y aurait 11 milliards d’habitants… Et 16 milliards en 2100 soit une augmentation de 10 milliards en un siècle. (6 milliards en 2000)... Si on y ajoute la perte annuelle moyenne de 100 000 km² de terres arables, qui correspond à l’étude de B. SUNDQUIST de l’institut du Minesota, étude un peu ancienne, mais toujours d’actualité et nullement contestée par les experts du climat. C’est, par exemple, la superficie totale de la France qui disparaît tous les 5 ans… Et en 40 ans, c’est presque la totalité de la superficie des 27 pays actuels de l’UE, plus la Grande Bretagne qui en sort… Si l’on ne rectifie pas en urgence la trajectoire, mais n’est-il pas déjà trop tard, nous subirons inévitablement les situations d’effondrement évoqués par les collapsologues ( https://www.linfodurable.fr/environnement/collapsologie-pour-pablo-servigne-il-est-primordial-dapprendre-de-nos-erreurs-17387 )

En France, la population augmente en moyenne d’un peu plus de 200 000 habitants par an (l’équivalent de la ville de Montpellier), avec un rythme moyen annuel de perte des surfaces agricoles de 60 000 hectares (ou 600 km²). En 2019, selon le gouvernement, l’ADEME et le Ministère de la transition écologique, ces institutions ont estimé que le bilan carbone d’un Français était de 12 tonnes d’équivalent CO2 par an. Soit un rejet en progression annuelle lié à l’augmentation de la population de plus de 2,4 millions de tonnes. Pour rappel, en théorie on ne devrait pas dépasser de 1,2 à 2 tonnes de CO2

Une croissance démographique exponentielle très inégalement répartie

selon les projections, sans maîtrise de la population mondiale, elle va continuer de croître et avoisiner les 10 / 11 milliards d’habitants en 2050. A l’évidence des pandémies fussent-elles aussi graves que celle du Covid-19 n’ont que peu d’influence sur la baisse de la démographie. Toutefois, même si l’accroissement de la population marquait nettement le pas dans le reste du monde, le nombre d’habitants en Afrique subsaharienne devrait plus que doubler d’ici à 2050, pour atteindre et dépasser les 2,2 milliards d’habitants (soit dix fois plus qu’en 1960). 

La part du continent Africain dans la population mondiale devrait donc augmenter, pour s’établir selon les projections à 23 / 25 % de la population mondiale en 2050, contre 7 % seulement en 1960 et 14 % en 2018. Près d’un habitant sur quatre vivra en Afrique subsaharienne en 2050, alors que cette proportion était de un sur 13 en 1960.

Il convient toutefois de souligner que les pays les plus impactant sur le plan écologique et climatique que sont l’Europe (UE + Russie et autres pays) et les USA aient eu une progression démographique sensible, bien qu’ils représentent 14,6 % de la population mondiale en 2019 (4,8 % pour les USA, 9,8 % pour l’Europe), quand en 1960, les USA représentaient 6,8 % et l’Europe 20 % de la population mondiale ( soit un total de 26,8%). Imaginons si cela avait été l’inverse. Sauf que la population Mondiale était de 3 milliards d’habitants en 1960 et 7,8 milliards en 2019. Ce qui signifie par exemple que pour l’ensemble de l’Europe cela faisait 20 % de la population mondiale de 3 milliards soit 600 millions d’habitants, quand en 2017 avec 9,8 % de 7,4 milliards cela représentait 725 millions, soit quand même une progression de 125 millions d’habitants.

Même en la bloquant définitivement au niveau de celle de 2018, en 2050 avec une croissance de population qui évoluerait au rythme de la décennie 2009 – 2019, la consommation exploserait

Par exemple : La consommation mondiale d’électricité était en 2018 de 3130 kw heure par habitant. La population mondiale était de 7,6 milliards d’habitants, soit 3130 kw heure X 7,6 milliards d’habitant= 23 788 milliards de Kw heures.

Avec la même consommation par habitant qu’en 2018, mais avec une population de 10 milliards d’habitants en 2050, cela ferait une consommation de 3130 kw/h X 10 milliards = 31 300 milliards de kw/heure (soit plus de 7 512 milliards de kw/h).

Avec le niveau actuel de croissance démographique et les besoins économiques minimaux qui l’accompagne, il s’avère impossible de réduire les émissions globales de CO2.

Telle est la conclusion sans appel de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE). Compte tenu des projets des pays en développement, 80 % de l’énergie utilisée sur la planète continuera à provenir des hydrocarbures au milieu du présent siècle. Les mêmes rapports de l’AIE montrent que, pour réduire les émissions globales de CO2, il faudrait que les pays riches stoppent leurs émissions, ce qui ne peut se faire par une baisse drastique du niveau de vie et que les pays pauvres deviennent encore plus pauvres, ce qu’ils refusent évidemment et serait de surcroît moralement inadmissible.

Telle a aussi été la conclusion de la « Fondation Hulot » elle-même à la veille de la Conférence de Paris de 2015 (COP 21), qui a constaté avec effarement que, loin d’être divisées par deux d’ici 2050 comme le demandait le GIEC, les émissions mondiales allaient continuer à augmenter au cours des décennies à venir (Réf. : Fondation Nicolas Hulot : Thermomètre des engagements, 29 octobre 2015).

la révolution numérique des nouvelles «  intelligences artificielles » ne peut être insensible à la croissance démographique

La nouvelle révolution numérique peut participer à la réduction des mobilités par le télétravail (économie d’énergie et baisse des rejets de gaz à effet de serre), ainsi qu’à la restructuration des territoires ou avec la voiture sans chauffeur, permettre à des gens à mobilité réduite ou nulle, en incapacité de conduire, de pouvoir se déplacer de manière autonome. Mais Il ne s’agit pas pour autant de nier les problèmes d’approvisionnement énergétique à plus long terme en métaux issus des « terres rares » (qui ne le sont pas toutes) et dont les besoins sont étroitement liés à la croissance démographique...

Avec la nouvelle révolution numérique, la demande de terres rares est explosive, notre dépendance totale. Il n´existe peu de matières premières, dont la demande, a été multiplié par 30 fois en 50 ans. Mais aussi avec les besoins d’électricité et vu l'explosion de la croissance démographique, la demande ne fera que croître.

Aujourd'hui encore faiblement sollicités (leur consommation n'est égale qu'à 17 grammes par habitant et par an), les besoins devraient fortement augmenter à l'avenir. Ainsi, si la voiture électrique s'imposait en 2040, il faudra extraire davantage de terres rares que ce que l'humanité a prélevé depuis 70 000 ans. Une véritable bombe à retardement (https://www.lepoint.fr/technologie/terres-rares-la-bombe-a-retardement-11-03-2018-2201477_58.php . Outre l’informatique, tablettes, smarphones et divers produits numériques, l’éolien et le solaire sont, par ailleurs très dépendants de métaux rares dont l’accès pourrait devenir de plus en plus incertain, a fortiori si ces formes d’énergie étaient massivement développées. Exemple : le dysprosium et le néodyme, deux métaux issus des terres rares, produits presque exclusivement par la Chine, laquelle a d’ores et déjà fait savoir que ses gisements actuels étaient en déclin. Il faut savoir qu’une voiture hybride contient un kilo de néodyme et Selon les études réalisées à ce jour, une éolienne utiliserait de 600 à 700 kg d’aimants par MW de capacité, dont 25 à 29% de néodyme et 4% de dysprosium dans l’aimant permanent de la génératrice (http://www.eolien.be/Terres%20rares). Il faudrait multiplier par 26 d’ici à 2035 les extractions de dysprosium pour faire face aux enjeux du changement climatique…

La Chine, c'est 90 à 95% de la production mondiale, alors qu’elle ne détient que moins de 30 % des réserves mondiales. Elle alimente à elle seule toute la planète en terres rares. En 10 ans, elle a éradiqué la quasi-totalité de ses concurrents occidentaux par une guerre de prix destructive. Elle est devenue totalement « maître du jeu ».

Pour conclure

La question démographique reste la problématique fondamentale. Sans une décroissance choisie et la plus équitable possible, nous filons vers l’abîme, et toutes les mesures envisagées lors des conférences nationales ou internationales pour le climat seront vaines. Il est fort regrettable que la question démographique reste encore un sujet tabou chez de nombreuses personnes se réclamant de l’écologie, tels les Verts plus sensibles aux combinaisons politiciennes à gauche plutôt qu’à la question fondamentale de l’écologie qu’est la démographie. Ils ne sont pas les seuls, une personne comme Pierre Rabhi, tant adulé par certain(e)s politique est pire qu’eux sur cette question, à lire: ( https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Environnement/VIDEO-Pierre-Rabhi-Largument-demographique-imposture-sauver-planete-2017-11-14-1200891955 ). A l'opposé il convient de souligner le travail remarquable que fournit l'association "Démographie responsable"  https://www.demographie-responsable.org/ A lire également l'excellent ouvrage de Mr. Michel Sourrouille « Arrêtons de faire des gosses, comment la surpopulation nous mène à notre perte ». En librairie, Fnac, Decitre, Amazon...

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.