Traité UE - pays du Mercosur : STOP !

Lors du G20 à Osaka, L'UE et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) ont annoncé s'être entendus sur un vaste traité de libre-échange, près de 780 millions de personnes sont concernées (515 millions pour l'UE, 265 millions pour les pays du Mercosur).

Les négociations duraient depuis depuis 20 ans. "Je mesure mes paroles avec soin quand je dis que c'est un moment historique. Au milieu des tensions commerciales internationales, nous envoyons aujourd'hui un signal fort avec nos partenaires du Mercosur", s'est réjoui le président de la Commission européenne, Jean-Claude JUNCKER. Mais est-ce aussi réjouissant que cela ?

Le compromis négocié par la Commission doit maintenant être approuvé par les 28 Etats membres. Si tel est le cas, le texte devra alors être validé par un vote en plénière du Parlement européen. Il semble que les Européens attendaient des avancées du côté du Mercosur en matière d’indications géographiques protégées et surtout sur l’ouverture de leur secteur automobile. A l’inverse, les Sud-Américains espéraient un plus grand accès au marché européen pour leur production agricole, en particulier leur viande bovine. Bref ! dans les pays de l'UE, on peut se réjouir, on échange de la "mal bouffe" en sacrifiant la santé des populations et l'environnement contre des "bagnoles"...

Pour ses partisans, cet accord permettrait d'éliminer de nombreux droits de douane entre les deux parties au niveau industriel et agricole, mais il concerne aussi les services, les marchés publics, les obstacles techniques au commerce, les mesures sanitaires et phytosanitaires et la propriété intellectuelle.

Un accord contesté par les agriculteurs, mais pas seulement

Les agriculteurs européens n’ont cessé de protester ces derniers mois contre ces discussions. Le président français et ses homologues irlandais, polonais et belges avaient d’ailleurs exprimé à la Commission leur «profonde préoccupation» sur les conséquences de cet accord pour leur agriculture. Alors qu'un autre groupe de pays : Allemagne, Pays-Bas, Espagne, République tchèque, Portugal, Lettonie et Suède exhortait Bruxelles à conclure cet «accord historique». A l'évidence ce sont eux qui ont imposé leur volonté. Désormais Emmanuel MACRON doit se ranger derrière eux et le promouvoir, ce qu'il semble avoir fait sans état d'âme...

Les négociations ont aussi été contesté dans une lettre ouverte par 340 ONG européennes et sud-américaines, dont Greenpeace ou Friends of the Earth, sur deux autres fronts : l’environnement et les droits de l’Homme. Ces organisations, déjà opposées pour certaines aux précédentes négociations commerciales de l’UE avec les Etats-Unis et le Canada condamnent «la détérioration des droits humains et de la situation écologique au Brésil» aggravée depuis l’investiture en janvier 2019 du président d’extrême droite, Jair BOLSONARO. Ce même BOLSONARO qui souhaite détruire toujours plus la forêt Amazonienne pour étendre les cultures soja et maïs transgénique, ce qui constitue un "écocide". Mais, peu importe les beaux discours sur la l'urgence climatique pourvu qu'on ait l'ivresse des dollars dans les échanges économiques avec lui.

Alors qu'il faut réduire la consommation de Viande, on va encourager sa surconsommation par des produits de moindre qualité, hallucinant !

On comprend l'opposition à cet accord et la colère des éleveurs Européens. Cet accord commercial aggravera la précarité et précipitera leur disparition, en les soumettant à une concurrence déloyale. L'un des principaux points d'achoppement sont les quotas d'importation de bœuf dans l'Union européenne. Alors que la production de bœuf en Europe est déjà excédentaire par rapport à la consommation et qu'il faut continuer de la réduire, car elle est particulièrement impactant pour l'environnement, l'accord commercial se traduira par l'entrée sur le marché européen de 70 000 à 100 000 tonnes de viande bovine, s'ajoutant aux 65.000 tonnes de bœuf canadien depuis cette année. Surtout, la viande importée viendra concurrencer les éleveurs européens sur les morceaux à haute valeur ajoutée qui font vivre nombre d'éleveurs paysans, soucieux de fournir aux consommateurs une viande de qualité. Ce sont des centaines de bassins allaitants qui sont menacés de disparition en Europe.

Autre problème: la qualité du bœuf importé. Les normes sanitaires sont en effet moins contraignantes en Amérique Latine et les filières ont de nombreux problèmes, comme démontré par le scandale " Carne Fraca" en 2017 qui a révélé les problèmes de corruption et de sécurité alimentaire au Brésil. https://www.ladepeche.fr/article/2017/03/17/2538095-bresil-scandale-de-viande-avariee-avec-des-produits-cancerigenes.html

Les éleveurs ne sont cependant pas les seuls à s'opposer à cet accord du fait des problèmes provoqués par le bœuf. Dans l'hémisphère sud, l'élevage du bovin est la principale cause de déforestation. Cette destruction des forêts tropicales est particulièrement criante dans les pays du Mercosur, notamment au Brésil, mais aussi au Paraguay et en Argentine.

Déforestation et Droits de l'être Humain "cadet de leurs soucis"

Par rapport à la filière bovine et son impact sur la déforestation, ainsi que la violation des droits humains, l'ONG "FERN" rappelle que l'élevage de bétail est aujourd'hui responsable de 80 % de la déforestation de l'Amazonie brésilienne, qui abrite 40 % des forêts humides restantes dans le monde. Rien qu'en 2017, ce sont 6 600 kilomètres carrés de forêts qui ont disparu au Brésil. Le rythme de disparition des forêts dans la partie paraguayenne du Gran Chaco, la deuxième plus grande zone forestière d'Amérique du Sud, est aujourd'hui parmi les plus élevés au monde, à cause de l'élevage de bétail. Cette déforestation sauvage s'accompagne d'autres maux. Les chercheurs ont montré que les exportations de bœuf provenant du Brésil sont associées à des activités illégales et à des conflits sociaux : on ne compte plus les titres de propriété foncière frauduleux, les "empiètements" sur des zones protégées et les violations répétées des droits humains, allant parfois jusqu'à l'assassinat de paysans ou de militants écologistes.

Les changements politiques survenus récemment n'ont fait qu'exacerber le problème. Au Brésil, par exemple, les communautés ont de plus en plus de mal à faire appliquer leurs droits juridiques, le gouvernement de Michel TEMER l'ex président qui a été arrêté en Mars 2019 pour corruption avait ralenti les procédures de prise en compte des revendications sur les terres autochtones afin de conserver le soutien du puissant lobby de l'agro-industrie baptisé "ruralista ". Dans la partie paraguayenne du Chaco, les communautés autochtones, qui détiennent des titres de propriété légaux sur moins de 5 % des terres, se trouvent dans une situation encore plus périlleuse.

L'accord entre l'UE et le Mercosur ne ferait qu'empirer cette situation, déjà désastreuse. Il privilégierait l'agrobusiness qui accapare les terres autochtones et détruit les forêts pour accroître sa production. Cette production, qui repose sur une utilisation intensive du glyphosate et des OGM, a aussi des conséquences sur la santé des populations environnantes. Sans parler de la pollution de l'environnement et de la compétition désastreuse pour l'accès aux ressources aquifères.

Lors de son discours au Parlement européen le 17 avril dernier, le Président de la République Emmanuel MACRON évoquait la nécessaire souveraineté climatique et alimentaire de l'Europe. Ratifier le CETA et le Mercosur, ou poursuivre les discussions du TAFTA c'est au contraire la mondialisation de la malbouffe, de la souffrance animale, des risques pour la santé, c'est la disparition des éleveurs paysans, ici et là-bas en leur substituant des usines concentrationnaires de dizaines de milliers de bétail, c'est la destruction du premier poumon et de la plus grande réserve de biodiversité de la planète, habitat de peuples forestiers. C'est contribuer à l'emballement climatique et c'est inacceptable !...

Le "bonheur" de 780 millions de consommateurs ? Mais en refusant d'intégrer les déséquilibres démographiques et territoriaux cela ferait plutôt leur "malheur", en particulier de ceux de l'UE.

Qu'il s'agisse du "TAFTA" toujours en projet, ou le CETA qui a été signé, mais en attente de ratification, les promoteurs de ce type de traité évoquent systématiquement les mêmes arguments qui s'articulent essentiellement autour du seul aspect économique, dont les populations seraient les grandes bénéficiaires... Curieusement à aucun moment ne sont évoqués les aspects démographiques, parfois très inégaux, ou les déséquilibres de superficie territoriale.

Concernant le CETA, lorsque le Président de la république Emmanuel MACRON déclarait : "“Après presque deux ans de mise en oeuvre provisoire, le bilan du CETA est positif, la déstabilisation économique qui avait été crainte par certaines filières agricoles sensibles n’a pas eu lieu, en particulier les importations de viande bovine. Une application définitive du CETA peut se faire en totale cohérence avec les exigences nationales en matière de santé et d’environnement”... Il semble oublier que le Canada compte 37 millions d'habitants pour une superficie de près de 10 millions de km2 quand la France en a 66 millions et pour l'ensemble de l'UE c'est 515 millions, donc autant de consommateurs, mais avec 4,5 millions de km2 ( la moitié moins).

Le CETA qui doit être ratifié par les parlements, c'est l'exemple même qu'avec un tel déséquilibre démographique et territorial cela ne peut que favoriser à terme les seuls intérêts économiques du Canada, relayant de fait ceux des multinationales Américaines, en particulier agroalimentaires. A cause de règles plus sévères au sein de l'UE, notamment, par rapport à l'usage d'intrants chimiques, c'est bien au détriment d'une agriculture plus saine, donc de la santé et l'environnement des populations de notre "vieille Europe" que ce feront les "échanges économiques". Mais voila, ici, on peut s'interroger, les échanges économiques ne porteraient -elles pas que sur des dizaines de milliers de tonnes de viande bovine de qualité moindre en provenance de l'autre coté de l'Atlantique contre des extractions de pétrole de schiste par TOTAL dans la province Canadienne de l'Alberta ?... Sombres perspectives !

265 millions d'habitants sur 11 878 228 km2 d'un coté et 515 millions d'habitants sur 4,4 millions de km2 de l'autre... Et importation massive accrue de soja et maïs OGM en UE

Les Etats-Unis sont le 1er producteur et exportateur mondial de soja mais les 2 géants agricoles sud-américains, le Brésil et l'Argentine, les ont rejoints en tête du marché du soja. Ils représentent maintenant à eux deux la moitié de la production mondiale.

 Cette explosion de la production a fortement profité aux plantations d'organismes génétiquement modifiés (OGM). Largement adoptée aux Etats-Unis et en Argentine, la culture du soja transgénique se développe à présent très rapidement au Brésil. Ces variétés sont le plus souvent résistantes aux herbicides. https://www.planetoscope.com/cereales/200-production-mondiale-de-soja.html

Avec 209 millions d'habitants pour une superficie de 8 514 876 km2 ( près du double de la superficie des pays de l'UE) Le Brésil est le plus grand des pays de l'Amérique latine et selon la Compagnie nationale d'approvisionnement (CONAB), la production de soja pour l'année 2018/2019 est estimée 115,3 millions de tonnes, (une baisse de 3,3 % par rapport à la période précédente qui était de 119,3 millions de tonnes).

L'organisme gouvernemental explique ces résultats par « des adversités climatiques sévères dans certains États » depuis décembre. Dans le Mato Grosso do Sul, la CONAB a observé un « manque de pluie ces deux derniers mois, associé à de hautes températures et une faible humidité », ce qui limite la croissance et le développement des plants. Dans cet État, ainsi que dans celui du Paraná, elle prévoit une chute de la productivité supérieure à 10 %.

La production totale de maïs devrait quant à elle augmenter, à hauteur de 13,6 % par rapport à l'année dernière, et atteindre 91,7 millions de tonnes, dépassant légèrement les prévisions de janvier (91,2 millions de tonnes), notamment grâce à de bonnes perspectives pour la seconde récolte.

Au total, la production de céréales et oléagineux au Brésil devrait atteindre 234,1 millions de tonnes, en hausse de 2,8 % par rapport à la précédente récolte. Le Brésil est le deuxième producteur de soja et le troisième producteur de maïs au monde.

L'Argentine avec 45 millions d'habitants pour une superficie de 2 780 400 km2 est forte d'une surface agricole cinq fois supérieure à celle de la France et disposant de conditions très favorables, l'Argentine est un géant agricole à fort potentiel, elle est l'un des principaux producteurs mondiaux de soja, de viande bovine et de céréales. En 2018 avec une récolte de 47 millions de tonnes de soja, toutefois en baisse par rapport à la prévision initiale de 51 millions, et de 40 contre 35 pour le maïs. La production argentine reste relativement diversifiée et selon les autorités, elle produit de quoi nourrir 441 millions de personnes actuellement et devrait pouvoir en nourrir 632 millions en 2020, mais avec un fort recours l'intensif avec de fortes doses d'intrants chimiques et les OGM. Ce qui a de quoi confirmer les craintes des agriculteurs et des écologistes de l'UE...

Le Paraguay avec 7 millions d'habitants pour une superficie de 406 752 km2 est le troisième producteur mondial de soja. En 2018 les exportations atteignaient 6,5 millions de tonnes. Pour sa part la France a importé 3,9 millions de tonnes de produits à base de soja en 2016. L’Europe dans sa globalité est un grand consommateur de soja et n’en produit que très peu.

Avec le temps, la forêt est détruite pour laisser la place à de grandes exploitations agricoles. En 2013, selon l’ancien ministre de l’Environnement José Luis CASACCIA, seul 13 % de la forêt originelle subsistait et il craignait une disparition totale de cette forêt d’ici 30 ans, menaçant la survie de 8 000 espèces présentes au Paraguay, dont 15 % de plantes médicinales toujours utilisées par la population.

A défaut d’être cultivés dans des pays de l'UE, dont la France, de nombreux OGM sont cependant importés, et de façon massive. En 2017, une soixantaine y étaient commercialisés, majoritairement pour l’alimentation animale (tourteaux de soja), mais aussi pour l’industrie textile (coton), les biocarburants (colza, maïs) et, dans une faible proportion, l’alimentation humaine. Selon la Commission de Bruxelles, plus de 30 millions de tonnes de soja transgénique ont été importées en Europe sur la période 2013-2015 (soit 85 % du total du soja importé), ainsi que de 0,5 à 3 millions de tonnes de maïs et près de 0,5 million de tonnes de colza transgénique.

Selon l'association Inf 'OGM nous en trouvons dans nos assiettes, certes Ils sont présents dans un petit nombre de denrées, telles que les pâtes à tartiner ou des produits transformés contenant de l’huile, de la farine, du sirop ou de l’amidon provenant de soja, de colza ou de maïs transgéniques. Ces aliments sont toutefois soumis à une obligation d’étiquetage dès lors qu’ils incorporent plus de 0,9 % d’OGM. Ce qui incite les industriels à écarter ces ingrédients de leurs gammes, pour ne pas effaroucher les consommateurs.

la règlementation Européenne exige que soit mentionnée la présence d’OGM à partir d’une teneur de 0,9%. Mais comme Greenpeace n’a pas manqué de le souligner il y a parfois l’hypocrisie de cette situation par confusion en rappelant que les labels rouges et appellations d’origine contrôlée (AOC) ne garantissent pas la non utilisation d’ingrédients transgéniques. En revanche,tous les produits BIO labellisés AB sont effectivement garantis «sans OGM».

Pour conclure

On ne peut à la fois vouloir une politique qui favorise une agriculture de qualité, soucieuse de l'environnement, des ressources et du bien être animal, qui encourage la reconversion vers le bio ou des formes de culture, telle l'agro- écologie qui excluent les intrants chimiques et les OGM, et accepter la ratification des traités comme le CETA ou celui "UE-pays du Mercosur". Il faut que les chefs d'Etat, mais aussi les parlementaires Européens qui clament haut et fort des mesures pour l'urgence climatiques se ressaisissent et refusent de ratifier ces traités aux effets destructeurs pour la planète.

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.