Massacre à la tronçonneuse pour cultures intensives, un désastre planétaire

La Terre a perdu près de la moitié de ses arbres depuis l'apparition de l'homme. La déforestation était déjà grave il y a 10/15 ans ans, mais désormais on a atteint un tel niveau que c’est une urgence planétaire de stopper ce processus. Les forêts fournissent notre oxygène, protègent le climat et abritent 80% de la vie terrestre.

15 milliards d'arbres sont abattus chaque année

15 milliards d'arbres détruits par an. Pour parvenir à ce décompte, en 2015 les scientifiques ont combiné les images prises par satellite, plus de 400 000 relevés de terrain récupérés auprès d'organisme nationaux ou dans la littérature scientifique.  Aujourd’hui, le nombre d'arbres détruit semble encore plus important que prévu, avec des pertes plus élevées dans les régions tropicales, où vivent une partie des plus anciens et des plus grands arbres.

Il y a environ 3 mille milliards d'arbres sur Terre, soit la moitié moins depuis l’apparition de l’homme

une équipe internationale de chercheurs, emmenée par l'université de Yale, a égalent tenté en 2015 de répondre dans la revue Nature. Leur réponse tient en un chiffre, assez long: 3.041.173.150.000. Autrement dit, un poil plus de trois billions. Soit trois mille milliards et des poussières (41 milliards de poussières pour être précis). ( https://www.nature.com/news/global-count-reaches-3-trillion-trees-1.18287 ).

A très cours terme, avec 8 Milliards d’habitants, cela ferait 385 arbres par habitants. Mais Il convient toutefois de nuancer ces chiffres suivant la région du monde où l’on se trouve, en regard de la superficie arborée et la densité de la population. Il convient aussi de souligner que depuis l’apparition de l’Homme, la moitié des forêts de la Terre a aujourd’hui disparu.

 Pression toutefois sur l’environnement très différente entre pays riches et pays pauvres

Aujourd’hui, un Africain subsaharien exerce un impact sur l’environnement environ 15 fois inférieur à celui d’un Européen ou d’un Américain, sans compter les Asiatiques. Mais si sa population augmentait avec un accroissement des biens de consommation correspondant, ce qui serait légitime, cela aggraverait globalement et très considérablement les impacts sur le climat et l’environnement. Mais il faut se rendre à l’évidence, physiquement ce sera impossible pour ces populations. Les besoins alimentaires minimum qui sont nécessaires, même sans forte croissance démographique avec les superficies de terres arables indispensables, vu la situation des sols et du climat, dont leur immensité est impropre à toute culture justifient cette impossibilité. Pour ces populations, on peut imaginer la suite, avec des migrations climatiques et les conflits qui en découleront...

Déboisement et déforestation abusive pour la production de céréales

L’exploitation forestière constitue la plus ancienne cause de déforestation. Quelle que soit la forme de coupe, elle entraîne de nombreux gaspillages et prive la forêt de son équilibre naturel. Seul 30% du bois coupé est commercialisé. Mais ce sont les cultures de type intensif à fort usage d’intrants chimiques qui est la principale cause directe de déforestation.

Alors qu’historiquement la forêt a tout d’abord disparu dans les pays du nord c’est maintenant principalement les forêts tropicales qui sont menacées. Mais un peu partout dans le monde et la France n’y échappe pas, avec des systèmes agricoles intensifs et des terres dégradées qui vont de moins en moins se révéler peu rentables, voire même infertiles, ainsi ce sera toujours plus les zones boisées et les forêts qui en feront les frais…

Excepté les agriculteurs bio ou ceux qui se plient aux règles de l’agroécologie, les méthodes d’exploitation des terres agricoles par les agriculteurs conjuguent trop souvent intensif avec usage de phytosanitaires et déboisement, ce qui est contraire à la sauvegarde des équilibres des Biotopes auxquels nous sommes tous très sensibles.

Incendies gigantesques avec 20 % des émissions de CO2 et déforestation de l’Amazonie pour la production de soja OGM importée du Brésil, cet autre cancer de la planète

Episodiquement de gigantesques incendies ravagent des régions du monde (Australie, Californie, forêts Sibériennes russes) provoquant des dégâts irréversibles, car ces feux attisent le dérèglement climatique en relâchant dans l’atmosphère des centaines de millions de tonnes de gaz à effet de serre. Avec l’apparition des incendies des forêt Sibériennes russes, ils accélèrent la fonte du permafrost. Par rejet de méthane en grande quantité, cela a des effets catastrophiques pour la couche d’ozone et le climat.

Mais c’est surtout l’Amazonie qui en est la principale victime (53 % de la déforestation mondiale) où L’agriculture intensive est un facteur majeur de déforestation. Avec la disparition de 4.251.000 hectares de couvert forestier par an, soit 1.350 m2 à chaque seconde, ce qui correspond à la surface d’un terrain de football toutes les 7 secondes. Sur cette base, si on ne stoppe pas cette dérive, on prévoit la disparition totale de l’Amazonie vers les années 2150. Et là, on peut imaginer que ce serait l’apocalypse climatique sur la planète. 17% de sa surface a d’ailleurs déjà été détruite, essentiellement ces 35 dernières années.

La culture dominante est le soja qui se développe principalement au détriment de la zone de forêt tropicale du Cerrado au Brésil. Au Brésil les changements d’affectation des sols, c’est-à-dire convertir par exemple une forêt en une culture de soja ou une prairie pour l’élevage constitue près de 2/3 des émissions de gaz à effet de serre du pays.

Les importations en France de produits agricoles mobilisent également de grandes surfaces dans le monde

d’un coté, la France exporte ses excédents agricoles, mais l’inverse est tout aussi vrai, mais dans des proportions inégales. Les importations de produits agricoles mobilisent 14,8 millions d’hectares dans le monde. C’est le quart de la surface de l’Hexagone, la moitié de sa surface agricole utile (SAU). En épluchant les déclarations douanières, en évaluant la situation des forêts dans les pays exportateurs et en considérant l’encadrement de la production agricole de ces pays, le WWF estime ainsi que 5,1 millions d’hectares de forêts ont été rasés pour laisser place à des récoltes qui répondent à nos besoins annuels. En tête des produits responsables, figure sans surprise l’huile de palme, mais deux autres cultures ont une responsabilité moins connue et médiatisée : le soja et le cacao.

La responsabilité des champs d’huile de palme dans la destruction des milieux naturels d’Indonésie et de Papouasie-Nouvelle Guinée est bien documentée et fait l’objet d’une mobilisation internationale d’industriels et d’Etats pour imposer l’arrêt de la déforestation. Cependant, la situation sur le terrain n’est toujours pas maîtrisée du fait d’un nombre important de petits planteurs et de la difficulté de construire un cadastre fiable. Aussi 84% du million de tonnes importées annuellement présentent un risque élevé de provenir de zones déforestées.

L’huile de palme, dont la consommation a explosé pour les agrocarburants cause importante de déforestation

L’huile de palme est responsable de 61 % de la déforestation en Indonésie. Si le consommateur a permis de réduire l’usage de l’huile de palme alimentaire de 25 % entre 2010 et 2018, pourtant, dans le même temps, l’usage d’huile de palme non alimentaire a explosé en France, dont la consommation totale a augmenté de 325 % à cause de sa présence dans les carburants. L’usage des agrocarburants est imposé par une directive européenne, et l’huile de palme est le premier des produits utilisé dans sa composition.

Emmanuel Macron prétend protéger les forêts et la biodiversité, or malgré l’accord de Paris sur le climat, la fin annoncée des avantages fiscaux aux carburants issus de l’huile de palme et leur interdiction d’ici 2030 par l’Union européenne, le gouvernement a autorisé TOTAL à ouvrir une raffinerie d’agrocarburants à La Mède, près de Marseille, pour y importer jusqu’à 650 000 tonnes d’huile de palme par an. Alors que le même gouvernement avait promis un grand plan de lutte contre la déforestation importée, contrairement à ses « dires » avec le « faire », n’est-ce pas participer à un désastre supplémentaire pour les forêts et pour le climat ?

Culture également intensive de l’hévéa pour les pneus, industrie mondialisée du cuir et production de papier, autres causes de déforestation

Pour les autres matières premières aussi, les décideurs nous imposent leurs choix. Alors que nous sommes en mesure, techniquement, de rechaper les pneus, il est désormais moins cher d’acheter un pneu bas de gamme pour les remplacer. Et qu’utilisons-nous dans ces cas-là ? Du caoutchouc issu du boom de l’hévéa, dont la surface de plantation explose aux dépens des forêts de l’Asie du Sud-Est.

Pour le cuir, alors que l’on pourrait utiliser le cuir français, les circuits courts sont impossibles dans cette industrie mondialisée qui préfère le cuir d’importation pouvant provenir d’élevages d’Amérique du Sud.

Concernant le papier, la récolte mondiale de bois est consacrée à 14 % à la création de papier. On peut logiquement se demander s’il vaut vraiment la peine de sacrifier de façon irraisonnée des arbres et s’il n’existe pas des moyens efficaces pour les préserver ?  Outre le développement du papier recyclé, à l’heure où le commerce électronique et l’économie numérique ne cessent de croître, la tendance est donc à la réduction de la consommation de papier, mais le chemin est encore long avant de se débarrasser totalement de cette dépendance.

Quand une organisation de l’écologie s’adresse à un député pour évoquer la reconstitution locale d’une zone forestière, pas de réponse !

A l’évidence, les problèmes de déboisement excessifs dans certaines de nos communes ne semblent guère préoccuper nos responsables élu(e)s. Nous avons ici l’exemple d’une ville de 20 000 habitants au sud de la métropole de Lyon où les écologistes du MEI (mouvement Ecologiste Indépendant) interpellent le député LREM de la circonscription, par rapport à la nécessité de reconstituer une zone forestière, courrier qui est resté sans réponse à ce jour ! ce qui semble justifier le peu d’intérêt accordé à ce problème de sa part. voici quelques extraits de ce courrier :  ...« Il s’avère toutefois que les méthodes d’exploitation des terres agricoles par certains agriculteurs conjuguent intensif et déboisement, ce qui est contraire à la sauvegarde des équilibres des Biotopes auxquels nous sommes tous très sensibles.    A cet effet, nous avons un exemple sur les hauteurs de Givors dans la zone qui s’étend au-delà du « Drevet » sur le plateau.  Une forme d’agriculture de production de céréales avec usage de phytosanitaires a entraîné un déboisement excessif de cette zone. Autrefois riche en châtaigniers, aujourd’hui tous disparaissent ou ont disparu, ainsi que les prairies naturelles.    La situation écologique de ce secteur est pour le moins particulièrement inquiétante dans la mesure où, en absence de prairies naturelles et de zones boisées suffisantes, l’on déplore une absence d’insectes pollinisateurs, mais aussi d’oiseaux, voire des lapins de Garenne.     Cette situation complique particulièrement la vie professionnelle d’un apiculteur qui se trouve sur ces hauteurs, dont les abeilles occupant les ruches qu’il possède sur ce secteur ont beaucoup de mal à se nourrir faute de floraison.    En l’absence de zones boisées suffisantes sur ces hauteurs en plateau légèrement vallonné, lors de fortes pluies, il se traduit inévitablement un phénomène collinéen qui va entraîné vers le bas, via le «  Merdary », un véritable torrent d’eau avec les effets récurrents que l’on connaît dans le secteur des étoiles en centre ville. Ce ne sont pas les coûteux travaux de rétention des eaux qui ont été réalisés sur le « Merdary » qui peuvent stopper un tel violent torrent d’eau.      Ne pensez vous pas Monsieur le Député, qu’en liaison avec les organisations professionnelles et syndicales paysannes, mais aussi avec les maires et les agriculteurs du bassin de vie Givordins, qu’ une mise en garde soit nécessaire pour contraindre les agriculteurs à veiller au respect de quelques règles de sauvegarde minimales des haies, prairies naturelles et zones boisées sur les secteurs où ils exercent leurs activités paysannes. L’exemple de maraîchers, dont la sauvegarde des haies avec les insectes auxiliaires qui leur évite l’usage de phytosanitaires, est à retenir »...

Alors qu’il est urgent de réagir de façon objective sur le réchauffement climatique, il est indispensable de reconstituer de véritables zones forestières là où progressivement elles ont disparu, à cause un certain type d’agriculture à fort intrants chimiques. Des mesures doivent être prises pour encourager la reconversion des agriculteurs vers une agriculture paysanne et bio. Plutôt que d’autoriser des systèmes concentrationnaire de bâtiments à 1000 vaches et plus en déforestant pour cultiver des céréales pour leur alimentation, le maintien des prairies naturelles et un élevage bien maîtrisé,cela ne peut que contribuer à reconstituer et préserver une biodiversité, aujourd’hui disparue.

Si l’urgence climatique impose de stopper toute forme de déforestation, tant que ne sera pas évoqué et résolu le problème DEMOGRAPHIQUE ce sera mission impossible ?

Quelques rappels : Il nous a fallu 200 000 ans pour atteindre 1 milliard d’humains (1800 ans de notre ère). Puis à peine plus de 200 ans seulement pour arriver à 7,7 milliards.

En 2009 nous étions 6,7 milliards, en 2019 (10 ans plus loin) nous sommes 7,7 milliards et sauf grave pandémie, ou celle du Covid-19 qui perdurerait, accident nucléaire majeur ou télescopage avec un astéroïde, les 8 milliards seront atteints en début 2021, soit une augmentation d’un milliard d’habitants en une décennies. Si ce rythme se poursuivait ainsi, en 2050 il y aurait 11 milliards d’habitants… Et 16 milliards en 2100 soit une augmentation de 10 milliards en un siècle. (6 milliards en 2000)... Si on y ajoute la perte annuelle moyenne de 100 000 km² de terres arables, qui correspond à l’étude de B. SUNDQUIST de l’institut du Minesota, étude un peu ancienne, mais toujours d’actualité et nullement contestée par les experts du climat. C’est, par exemple, la superficie totale de la France qui disparaît tous les 5 ans… Et en 40 ans, c’est presque la totalité de la superficie des 27 pays actuels de l’UE, plus la Grande Bretagne qui en est sortie…Ces chiffres démontrent que sans une décroissance démographique, choisie et équitablement répartie, tous les efforts en faveur de la reforestation seront insuffisants.

Pour conclure

On ne peut évoquer l’urgence écologique ou la lutte contre le dérèglement climatique et envisager des mesures efficaces, si l’on ne stoppe par les déboisements et la déforestation par des mesures à la fois d’encouragement sur le plan financier, mais aussi coercitives lorsque cela s’avère indispensable, rien ne changera. La question démographique, dans toute sa complexité, ne saurait également être éludée, car elle constitue la clé essentielle du problème.

 

 

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