Collapsologie et créationnisme, mêmes perspectives finales?

La collapsologie est un courant de pensée annonçant un effondrement planétaire et systémique imminent de la civilisation industrielle qui fait de plus en plus d'adeptes. Le créationnisme, très développée aux USA, est la pensée religieuse qui considère que la vie et l'univers, mais aussi une fin des temps proche sont la création de Dieu.

Quel rapport Entre les deux ?

La collapsologie désigne l’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle qui devrait aboutir à la disparition pure et simple des populations concernées (soit plusieurs milliards d’individus). celles-ci étant incapables de s’adapter à un monde où les « structures artificielles » dont elles dépendaient n’ont plus cours. Tout resterait donc à réinventer à partir de zéro pour les survivants. Une hypothèse qui rappelle, sous une autre forme, la perspective évoquée par ces « fous de Dieu » que sont les créationnistes.

La collapsologie sorte de « Millénarisme laïc » avec la fin de notre civilisation comme objet d’étude

En 1992, Francis Fukuyama croyait voir dans l’effondrement du bloc soviétique les prémisses d’une « fin de l’histoire ». Aujourd'hui, les illusions de Mr. Fukuyama ont fait long feu. Mais trente ans plus tard, la collapsologie est-elle devenue un nouvel avatar des philosophies de l'histoire ?

Le terme a été forgé par les chercheurs Pablo Servigne et Raphaël Stevens et apparaît dans l’essai qu’ils ont publié en 2015 aux Éditions du Seuil, intitulé Comment tout peut s’effondrer – Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes. L’idée d’effondrement de la civilisation industrielle est cependant plus ancienne. Elle a été notamment développée dans l’ouvrage The Limits To Growth, plus connu sous le nom de Rapport Meadows, écrit en 1972 par des chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology) pour le Club de Rome, et dont Servigne et Stevens se sont largement inspirés ainsi que d’autres études sur les mêmes thématiques.

Yves Cochet, ancien Ministre et Député des Verts, converti à la collapsologie, est formel : « le monde tel que nous le connaissons se sera effondré d'ici à 2030, entraînant la mort brutale de la moitié de la population mondiale ». Un scénario qu'il juge regrettable, mais parfaitement « rationnel ». Contrairement à d'autres écologistes, cet ancien mathématicien mène une vie conforme à ses idées, où il s'apprête à s'essayer à la permaculture, il n'a plus fréquenté d'avion depuis le sommet de Copenhague de 2009 sur le climat. D’après lui, pour survivre à cet effondrement, la solution n'est pas nationale ni internationale, elle est locale. Car l'effondrement marquera la fin de l'État central qui détient le monopole de la violence physique légitime. C'est avec nos voisins géographiques qu'il faudra créer des réseaux de solidarité. Il n'y aura pas le choix : il faudra s'entraider ou s'entre-tuer. Il faut donc créer des bio- régions, des éco -lieux, des biotopes de guérison humaine.

Le problème, si on suit de façon caricaturale, la théorie des collapsologues, parfaitement illustrée par Yves Cochet, les gouvernements, les partis politiques, les associations, notamment celles qui s’attachent à la problématique démographique alors que l’homme, par son nombre et son impact économique est devenue une force géologique destructrice ( l’anthropocène) qu’il faut maîtriser, les responsables politique ne pourraient plus rien pour stopper l’effondrement. La seule façon pour survivre c’est par le partage et l’entraide locale après que les trois quarts de l’humanité aient disparu…

Le créationnisme un « Milléanarisme » à référence exclusivement biblique...

Le créationnisme développe l’idée d’un monde créé exactement tel qu'il est décrit dans la Genèse, c’est à dire que la terre et les êtres vivants qui s'y trouvent ont été créés en l'espace de six jours il y a environ 6.000 ans par Dieu. Ils considèrent une prophétie décrivant les grandes lignes des surprenants événements des temps de la fin et qui est une révélation des terribles événements qui affecteront le monde entier. Selon eux, en se référant à certains passage de la bible  qui annoncent le pire, la fin du monde étant proche, car il est caractérisé par ce qui arrive aujourd’hui avec les conflits régionaux, les guerres, le terrorisme, les tremblements de terre, les inondations, les sécheresses, les incendies, les famines, les épidémies les catastrophes climatiques etc. etc. il faut donc s’y préparer, d’où, par exemple, la construction « d’arches de Noé » pour faire face au cataclysme des inondations qui affecteront la planète

Les créationnistes tentent parfois de donner une apparence scientifique à la Genèse, en rassemblant tous les faits, archéologiques, paléontologiques, qui peuvent, selon eux, accréditer certaines phrases de ce livre. Leur problème est de faire de la Genèse un texte descriptif. Les faits qu’ils évoquent n’ont aucun lien entre eux, si ce n’est justement d’être présentés comme faits. Mais ce n’est en aucune façon une démarche véritablement scientifique, les créationnistes mettant simplement en relation des fragments de texte avec quelques faits ou hypothèses archéologiques ou paléontologiques traitées comme faits. En second lieu, ils cherchent à montrer que le texte de Darwin sur l’évolution n’est pas une théorie scientifique, mais une théorie philosophique.

Le créationnisme, inquiétant développement aux USA et au plus haut niveau de l’État

Aux USA, en Pennsylvanie, Kansas, Géorgie, Texas... La liste s'allonge. Depuis quelques mois, les créationnistes y lancent une inquiétante offensive, avec des campagnes où les initiatives se multiplient pour introduire le doute sur la théorie de l'évolution. L'offensive actuelle s'exerce surtout au niveau des programmes scolaires. Aux Etats-Unis, les écoles publiques dépendent de conseils d'administration qui sont élus à l'échelon des comtés. Il suffit d'une majorité au « school board » pour modifier les programmes. Dans une vingtaine d'Etats, les militants ont introduit des mesures pour affirmer que Darwin n'est pas infaillible. Les conseils scolaires sont relayés à l'échelon politique local. En janvier, un sénateur du Mississippi a introduit une proposition de loi visant à assurer"un traitement égal"  pour les deux théories. Mais peut-il en être autrement quand le Vice-Président Mike Pence, lui, est un pur et dur, un soldat de la droite chrétienne ultra. Proche du Tea Party, qu’il juge parfois un peu trop mou, est aussi un créationniste et un "born again", c’est-à-dire un homme qui a retrouvé sa foi sur le tard et qui en devient un prosélyte zélé. A coté, Trump fait figure de démocrate laïc et Athé …

Points communs entre la collapsologie et le créationnisme

la collapsologie n’est pas une science puisqu’elle ne développe pas de conclusion objectives, vérifiables et reproductibles sur son objet d’étude. La collapsologie procède par intuition et déduction pour tenter d’anticiper et de prévoir les dynamiques des systèmes humains qui devraient mener à son effondrement. Néanmoins, en tant que discipline, la collapsologie fonde ses analyses sur les conclusions d’autres disciplines scientifiques, telles que la climatologie, l’écologie scientifique, l’économie ou encore la géologie.

De même, le créationnisme correspond à une hypothèse non scientifique (voire pseudoscientifique) même si une partie de ses adeptes peuvent le qualifier de « scientifique », quand ils tentent de justifier ses positions à l'aide d'un argumentaire qui se veut scientifique, dés lors qu’ils reconnaissent l'idée d'évolution et adoptent une position plus proche de la vision scientifique des événements. Mais, ils considèrent malgré tout que celle-ci est soumise aux plans, ou aux desseins, d'un « architecte » c’est à dire Dieu qui contrôlerait tout le processus. Ce qu'aucun élément scientifique ne permet d'étayer cette hypothèse, car là on est dans le délire pur et simple.

La théorie des collapsologues, où selon eux l’effondrement rapide et la disparition de la moitié de la population terrestre est inévitable et rien ni personne ne peut le stopper et les seuls qui au fond survivront ce sont ceux qui auront anticiper par des mesures locales de solidarité et d’échange ne rejoint -elle pas celle des créationnistes qui prétendent que conformément aux souhaits exprimés par «  l’architecte céleste » (Dieu), on ne peut rien faire contre la fin des temps, tout au plus préparer quelques « arches de Noé  pour être sauver des eaux »… Ces deux perspectives de fin et les moyens proposés pour que « quelques uns s’en sortent » relève d’un égoïsme incroyable et stupide, car en aucun cas, ni les collapsologues, ni les créationnistes ne se posent la question de la survie des autres et de leurs prochaines générations.

Entre bombe démographique, disparition des terres arables et épuisement des ressources, ne rien faire aujourd’hui c’est à court terme confirmer les thèses « Millénaristes » laïques des collapsologues et religieuses des créationnistes 

Ne pas stopper une croissance démographique qui, si elle se poursuit à la vitesse d’un milliard d’habitants par décennie, comme ce fut le cas entre 2009 et 2019 ( 6,7 à 7,7 milliards) ce qui ferait 11 milliards de « bouches à nourrir » en 2050 (30 ans) et 16 milliards en 2100. Ce qui reviendrait à épuiser toutes les ressources naturelles, ainsi que toutes les énergies fossiles disponibles. Nul doute que les théories des collapsologues ou celle des créationnistes deviendront une certitude. En plus avec une perte annuelle moyenne de 100 000 km de terres arables, la boucle est bouclée.

Pour le pétrole, la théorie du pic pétrolier, aussi appelée Pic de Hubbert, énonce que toute ressource finie connaît un début, un milieu et une fin d’exploitation et que cette ressource atteindra tôt ou tard un niveau de production maximal qui marquera le début de son déclin. Cela veut dire qu’une fois le pic d’exploitation atteint et dépassé, le pétrole devient plus difficile et plus coûteux à extraire. Il devient donc plus rare. Le pétrole étant devenu le sang de l’économie mondiale, il est aisé de se figurer la crise cardiaque qui résultera de sa raréfaction et de sa disparition. Aujourd’hui, nous consommons 4 fois plus de pétrole que nous n’en découvrons.

Pour rappel : En 1956, le géophysicien Marion King Hubbert a prédit que la production de pétrole américain atteindrait son sommet à la fin des années 1960. Bien qu’il ait été lynché par ses pairs de l’industrie pétrolière suite à cette analyse, il avait raison. Il fut le premier à affirmer que la découverte de pétrole et son exploitation présenteraient systématiquement une courbe de vie en forme de cloche. Cette analyse est devenue célèbre et est maintenant connue sous le nom de Hubbert’s Peak. Pic de Hubbert, en bon français.

Comme l’exprimait Marion King Hubbert devant la chute toute tracée qu’il percevait pour nous du pétrole, « notre ignorance n’est rien à côté de notre impuissance à mettre à profit ce que nous savons . Si nous sommes impuissants face à l’imminence d’un pic pétrolier, nous pouvons en revanche nous préparer au mieux à ses conséquences ».

Au delà de la similitude sur la fin d’un monde, Il y a toutefois une différence de taille entre collapsologues et créationnistes

Pour les collapsologues, le constat est ferme et sans appel : l’écroulement de notre société industrielle est déjà en cours, il est irréversible et Les écosystèmes, tant au niveau local que planétaire, s’effondrent les uns après les autres, sonnant le glas d’une civilisation basée sur une croissance exponentielle dans un monde fini, donc aux ressources limitées. Ils procèdent ainsi à la compilation d’un grand nombre d’analyses et de méta-analyses sur des données clés (historiques et contemporaines) relatives à la démographie, aux ressources (énergie, alimentation, minerais et autres), au réchauffement climatique et toute autre thématique directement ou indirectement liée à l’activité humaine. Puis, dans un deuxième temps, ils en tirent des conclusions sur les effets induits, déjà effectifs et à venir.

Alors que les créationnistes, excepté la reconnaissance timide de l’évolution contrôlée par les mécanismes de sélection naturelle, mais qu’ils imputent aux plans, ou aux desseins, d'un « architecte » c’est à dire Dieu, il n’y a, ni ne peut y avoir pour eux de référence à des données scientifiques, tels que le font les collapsologues. Pour les créationnistes, les catastrophes, Les désastres qui se produisent à travers le monde ces dernières années et qui se sont aggravés, les tremblements de terre, les inondations, les sécheresses, les incendies, les famines et les épidémies qui surviennent fréquemment et se sont largement répandus, mais aussi la violence, les conflits régionaux et les attaques terroristes signent l’annonce de la fin des temps ;

Pour conclure

Malgré les différences d’analyses et de références pour les étayer, entre la fin d’un monde et l’effondrement démographique où seuls survivront celles et ceux qui auront su anticiper par des initiatives préventives telles qu’elles sont évoquées par les collapsologues et la fin du monde imputé aux plans, ou aux desseins, d'un « architecte céleste », c’est à dire Dieu, envisagée par les créationnistes, où seuls survivront celles et ceux qui auront su anticiper grâce notamment « aux arches de Noé », on ne peut donc que constater la similitude de perspectives finale entre ces deux « courants de pensée » très différents.

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