Aux élections municipales, la France s’est-elle réellement mise au « Verts » ?

Grâce à ses alliances avec les partis de gauche, FI, PC, PS, autres divers, EELV a raflé la mise lors des élections municipales marquées par un tsunami abstentionniste. Et voilà que suit un profond remaniement ministériel. Probablement justifié, plus par la défaite de LREM que la victoire des Verts.

Et si les Français, plutôt que d’exprimer une adhésion « écologiste » aux élections municipales, avaient plutôt choisi de dépoussiérer la gauche ?

Il est évident que seul, EELV, y compris en rassemblant toutes les organisations écologistes politiques non Verts, n’aurait pu faire tomber les grandes villes conquises le 28 Juin 2020. L’exemple le plus frappant est celui de Marseille. Michèle Rubirola, aujourd’hui Maire, avait été exclue d’EELV pour s’être associée au premier tour des municipales au mouvement d’union de la gauche le « Printemps marseillais », dont elle pris la tête de liste. Dès lors, EELV avait soutenu un candidat qui n’a pas pu se qualifier pour le second tour (8,94 % des suffrages) et s’est résolu au second tour à faire reporter ses voix sur Michèle Rubirola, laquelle avait fait le plein des voix de gauche.

Ceux qui à EELV penchaient encore pour une écologie comme force politique indépendante se situant au delà de la gauche et de la droite, tel que, parfois Yannick Jadot (ex candidat aux présidentielles de 2017), probablement plus par ambition personnelle Présidentielle que réelle conviction écologique, ont été laminés par Ceux qui ne juraient que par une alliance toute à gauche, tel Julien Bayou désormais numéro un des Verts.

Dans des communes de moindre importance démographique, les candidats Verts se sont souvent associés dès le premier tour à divers mouvements citoyens de gauche, voire très à gauche comme le parti de Benoît Hamon : Génération/s, le Parti communiste, la France insoumise. Après leur victoire, nul doute que ces professionnels de la politique exigeront leur tribu, alors qu’idéologiquement, très généralement ils sont productivistes, pro- natalistes, pro-croissance, pro- nucléaires qui sont les antithèses de l’écologie…Mais il est vrai que les « Verts » se sont rendus compatibles avec l’idéologie de ces organisations politiques depuis longtemps, notamment sur la croissance qu’ils veulent » sélective », mais croissance quand même, et la question démographique

Mais peut-on faire toutefois abstraction du fait que EELV a souvent devancé ses partenaires de gauche au premier tour ?

On ne peut contester le fait que très souvent c’est EELV qui est arrivé en tête dès le premier tour des élections, devançant parfois très largement leurs partenaires de gauche, comme à lyon. Ceci s’explique avant tout par la mobilisation de l’électorat « Verts » qui est un électorat plus militant, du moins beaucoup plus sensible aux questions d’environnement avec l’impact de certaines activités humaines et qui se déplace plus facilement au bureau de vote, contrairement aux autres électorats de partis souvent divisés qui y sont moins sensibles et se sont donc moins mobilisés. Au premier et au second tour de cette élection municipale c’est plus un électorat populaire qui vote traditionnellement à gauche ou à droite qui a fait défaut, soit par crainte de l’épidémie Covid-19, ou considérant qu’il y aurait forcément un second tour, et au second tour parce que ceux qui restaient ou les fusions ne leur convenaient pas, voire pour d’autres raisonsMais à cette élection municipale on ne ne nier que pour l’électorat qui s’est déplacé vers les urnes, la question environnementale a bien été l’une des préoccupation dominante.

Concernant le vote lui même, l’équation est simple : pour un potentiel électoral constant, ce qui est le cas généralement pour EELV, par exemple : avec 1000 électrices et électeurs inscrits, un parti politique qui a un électorat constant de 100 voix cela représentera 10 %. s’il n’y a que 45 % de votants soit 450 électrices, électeurs, si toujours 100 voix cela fera 22 % des inscrits… Ainsi un parti ou mouvement politique qui un électorat de base constant qui se mobilise, plus il y a d’abstention, plus cela le favorise en pourcentage des voix.

La "vague verte" toutefois submergée par le tsunami abstentionniste

Jamais dans l’histoire de la 5e république, lors d’une élection municipale, un tel taux d’abstention ne fut atteint. Il faut constater que depuis 1983, où le taux de participation était de 78,42 % au premier tour et 79,68 % au second, les Français se sont très progressivement désintéressé de cette élection jugée cependant comme « l'élection des élus préférés des Français ». Toutefois, jusqu’en 2014 où le taux de participation était de 62,13 % au premier tour et 63,55 % au second, c’était une large majorité de l’électorat qui se déplaçait, alors qu’en 2020, du jamais vu, à peine plus du tiers de l’électorat s’est déplacé au premier tour : 36,67 % et avec 44,66 % au second tour on est encore assez éloigné de la majorité. Il est vrai que l’épidémie du Covid-19 a sa part de responsabilité dans ces défections, avec un premier tour de tous les risques sanitaires et un second tour trois mois après le premier, ce qui pouvait poser un problème de Droit.

Une légitimité des nouveaux élu(e)s du second tour des élections municipales pour le moins controversée

Après un premier tour effectué en de telles circonstances, de nouvelles élections avec abrogation des résultats du premier tour pour les communes n’ayant pas élu leur Conseil municipaux reportées à l’automne eu été plus réaliste. Aujourd’hui si la légalité de l’élection des nouveaux Maires, n’est pas contestable, car la loi ne prévoit pas de « quorum » pour valider une élection municipale, c’est-à-dire un nombre minimum de votants en rapport avec le nombre d’inscrits, on ne peut pas en dire autant concernant leur légitimité , pour le moins très controversée... Dans les faits, la question de la légitimité par rapport au taux de participation ne se pose pas dans notre Droit, même si on peut considérer que c’est un vide juridique qu’il faudrait combler. Mais jusqu’à présent cette question ne s’est jamais véritablement posée depuis que le vote, pour les modes de scrutin universel, est considéré comme un droit ( l’on en use ou pas) et non d’une obligationcomme dans certains pays voisins.

Hors la «  vague verte », un certain immobilisme caractérise cette élection municipale

Si la « vague verte» à l'issue des élections municipales a été beaucoup remarquée, le scrutin 2020 se caractérise surtout par un fort immobilisme. Dans les villes de plus de 3500 habitants, les deux tiers des maires élu(e)s sont des sortants.

La crise de vocation, un temps évoquée à l’approche de la campagne électorale, n’a pas eu lieu. Les trois quarts des maires (villes de plus de 3 500 habitants) se sont représentés lors du dernier scrutin municipal.Globalement c’est 8 maires sortants sur 10 réélus, dont la moitié dès le premier tour.

Le conservatisme est particulièrement marqué dans les « villes moyennes », celles comptant entre 20 000 et 100 000 habitants. Près des trois quarts des maires élu(e)s sont des maires sortants, contre seulement 60% dans les villes de moins de 10 000 habitants. Le contexte d'inquiétude du premier tour, tenu en pleine pandémie et à la veille du confinement, n’explique pas à lui seul cette «prime au sortant» puisque la moitié de ces villes moyennes a connu un second tour dimanche. Les électeurs ont pu à cette occasion récompenser leur maire, dont ils estimaient sa bonne gestion de la crise sanitaire.

La prime au sortant fonctionne, que le maire soit de droite ou de gauche. Les deux bords politiques affichent peu ou prou les mêmes statistiques de réélection. 82,5% des maires de droite qui se représentaient en 2020 ont retrouvé leur siège pour 84,1% des élus de gauche. Fort de quelques bastions encore tenaces, la gauche radicale (PC, FI) affiche le score le plus élevé, avec 22 de ses 24 maires sortants réélu(e)s.

Par contre, l’électorat a fait preuve d’une certaine défiance envers l’exécutif gouvernemental, il a toutefois été beaucoup moins tendres avec les maires sortants étiquetés au centre sous couvert LREM. Seuls deux tiers d’entre eux peuvent se targuer d’une réélection.

Qu’est-ce qui pourrait toutefois caractériser la gestion municipale d’un maire « Verts »

Si en règle générale, au-delà des compétences d’un maire qui sont définies par la loi, tous les maires affirment que leur politique permettra à leur commune d’être économe, accueillante, mêlant harmonieusement activités économiques, agricoles, logements, commerces, circulation douce, espaces verts et une commune plus arborée, des services avec en priorité sports, culture etc. Mais dans la réalité, les décisions qu’ils prennent sont parfois contradictoires avec ces projections et souvent incompatible avec l’urgence écologique et climatique… Et quand même leur politique municipales s’inscriraient dans ces perspectives, elles peuvent apparaître bien insuffisantes, voire gadget en regard de la gravité de la situation écologique planétaire.

Toutefois, faute de pouvoir inverser une situation qui a bien des égards est irréversible, à minima pour retarder des échéances, il y a quelques principe de gestion au niveau communal qu’un maire « Verts » devrait avoir à l’esprit, bien qu’aujourd’hui les maires aient perdu une part de leur autonomie de gestion au profit de l’intercommunalité (communauté de commune, d’agglomérations, métropoles ).

- Tout développement économique local doit privilégier une économie durable et circulaire qui soit peu énergivore et la moins polluante possible en rejet de gaz à effet de serre. Il faut s’efforcer d’encourager les circuits courts et tendre vers une certaine autosuffisance alimentaire sans intrants chimiques. Cela passe aussi par le développement de jardin partagées, en particulier dans les communes urbaines.

- Il ne faut pas cesser d’innover, d’être à l’avant-garde sans que cela coûte plus cher à la planète et aux contribuables. Sil n’existe pas, il faut élaborer un plan local climat avec tous les acteurs économiques et associatifs, notamment pour mettre en place des dispositifs de réduction des mobilités domicile -travail, mais aussi mieux partager la chaussée pour des déplacements doux.

S’il convient de développer toujours plus les modes de déplacements doux et de les sécuriser, ainsi que privilégier les transports en commun, par contre il faut éviter de tomber dans le piège de la voiture électrique et des dépenses très élevées de mise en place de bornes de rechargement. Contrairement à ce que croient la plupart des gens, soumis à une propagande continuelle des politiques et des industriels, la voiture électrique n’est pas plus vertueuse pour le climat que la voiture thermique, essence ou diesel.

- Réduire les mobilités domicile-travail, c’est aussi adapter les avantages qu’offre la nouvelle révolution numérique des « intelligences artificielles » par le travail à distance (télé-travail). Mais encore faut-il encourager et aider à mettre en place des locaux avec des hubs-s de télétravail. Chaque bassin de vie économique devrait créer un pole coworking permettant de regrouper dans le confort tous les salariés d’un secteur géographique donné qui exercent cette activité à distance. Outre le fait de leur éviter des trajets quotidiens contraignants, cela permet de préserver un espace de socialisation pour ces personne, contrairement lorsqu’ils travailleraient isolés à leurs domicile.

S’il convient de développer toujours plus les modes de déplacements doux et de les sécuriser, ainsi que privilégier les transports en commun, par contre il faut éviter de tomber dans le piège de la voiture électrique qui implique des dépenses très élevées de mise en place de bornes de rechargement, mais aussi des besoins en électricité, sans cesse croissant avec du nucléaire à la clé.

Contrairement à ce que croient la plupart des gens, soumis à une propagande continuelle des politiques et des industriels, la voiture électrique n’est pas plus vertueuse pour le climat que la voiture thermique, essence ou diesel.

- La question démographique par le nombre et le minimum d’espace indispensable, permettant un vécu quotidien agréable pour chacun et un meilleur vivre ensemble est essentielle. Cela signifie qu’il faut rechercher une maîtrise et répartition équitable des populations en évitant des densifications d’habitat dans certains quartiers urbains qui vont conduire à un étalement péri – urbain. Rejetant ainsi des populations les plus modestes loin des centres de vie et d’activités économiques, ce qui va les obliger à des déplacements coûteux, avec les effets que l’on sait : impact énergétique et rejet de GES... Lorsqu’un seuil du nombre d’habitants compatible avec le nombre et l’espace disponible est sur le point d’être atteint, il faut stopper toute nouvelle construction sur la commune.

- En terme d’occupation de l’espace territorial, la notion de « MENAGEMENT » du territoire doit se substituer à celle « d’aménagement du territoire » trop souvent anarchique et synonyme de développement d’urbanisation commerciale, industrielle ou de zone d’habitats au détriment de la préservation des terres arables ou des zones boisées. Dans les faits, outre que cela doit servir à la philosophie des PLU (plans locaux d’urbanisme) dans leur élaboration, il convient donc de privilégier les rénovations de bâtiments. Concernant ceux à caractère économique, industriel ou commercial qui sont désaffectés, suite à une cessation d’activités professionnelles, une préemption éventuelle pour une réaffectation doit être étudier en priorité.

Pour une urbanisation maîtrisée et valorisée. Si l’on ne doit pas abandonner le logement social, au contraire. Ceux existants peuvent être mieux réhabilités et rénovés avec agrandissement des espaces de vie, en particulier pour les HLM plus anciens. Il faut exiger des propriétaires que sont les bailleurs sociaux d’être à l’écoute de leurs locataires et dans certains cas, par des conditions attractives leur permettre de devenir propriétaire du logement.

Eprouver de l’empathie à l’égard des animaux est indissociable de celle que l’on peut avoir à l’égard des être humains, toute politique municipale doit l’intégrer.

Penser également aux effets de la nouvelle révolution numérique

Nous sommes entrés dans une ère post-croissance avec une nouvelle révolution numérique, où les nouvelles « intelligences artificielles » mégas données ou « Big data » font que les robots changent de statut, contribuant ainsi à nouvelle mutation anthropologique...

La nouvelle révolution numérique qui se traduit par un système interconnecté reliant machines et méthode de gestion par des robots avec une nouvelle forme «  d’intelligence artificielle » qui leur permet de fonctionner sans très peu de personnel. Certaines entreprises de la grande distribution ont déjà inauguré ( à titre expérimental) ce type d’organisation « 4.0 ». D’ailleurs, il n’y a pas que les entreprises de la grande distribution qui peuvent adopter la formule de « gestion et de production 4.0 »… Demain avec la 5 G qui sera imposée, nous passerons à un autre niveau d’interconnexion et de fonctionnement sans intervention humaine, tant pour la production, la distribution que la gestion.

Faute d’avoir préalablement anticipé une réflexion et pris de mesures adaptées, dans les communes on peut se trouver avec un taux très élevé de chômage à terme et qui ne pourra être adouci par les dispositions du « chômage partiel » « ( les experts du forum économique de Davos ne prévoient-ils pas 5 millions de chômeurs à l’horizon 2005). Certes de nouvelles activités que l’on ne peut imaginer aujourd’hui verront le jour, comme, par exemple les plateformes numériques d’aujourd’hui que l’on ne pouvait imaginer dans les année 80 début 90. Il va de soit qu’il va falloir que les maires et les présidents d’intercommunalités s’attellent à la tâche et là encore mobiliser toutes les énergies pour s’orienter vers les activités indispensables et conformes aux défis à relever par rapport à la transition écologique.

Si les nouvelles intelligence artificielles peuvent intervenir pour remplacer certaines taches, par exemple dans la médecine, la justice ou permettre de réduire les mobilités par le travail à distance dans les secteurs de bureautique, il faut penser aux conséquences. Les métaux rares indispensables, issues des terres rares (toutes ne le sont pas) sont une ressource fossile et à ce titre elle n’est pas inépuisable. Leur extraction a par ailleurs un coût très élevé sur le plan environnemental et énergétique, mais aussi pour la santé des travailleurs et des populations riveraines. Cela signifie qu'il faut amplifier considérablement le traitement et la valorisation des déchets du numérique, c'est une activité économique créatrice d'emploi.

Pour conclure

Cette élection municipale qui s’est déroulée dans une situation inédite pour des raison sanitaire liées à l’épidémie du Covid-19 a été marqué par un taux d’abstention jamais atteint dans l’histoire de la 5e république. Les conseils municipaux et les maires sont légalement élu(e)s, même si leur légitimité est quelque peu écornée et bien que l’on puisse relativiser la prise de conscience écologique de la population, avec l’abstention, la conquête de nombreuses communes, dont des grandes villes par les « Verts » est aussi l’autre particularité de ce scrutin.

 

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