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Billet de blog 10 févr. 2022

L’identité nationale de la France qui nourrit des nationalismes, existe t-elle ?

Si l’on considère que « l’identité nationale » est une donnée ou un ensemble de données pour mesurer l’homogénéité ethnique et culturelle d’une population sur un territoire précis, on peut affirmer que l’identité nationale de la France c’est de ne pas en avoir.

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Par sa situation géopolitique, la France fut depuis l’antiquité une territoire de migration

Pour rappel : sa position géopolitique de Finistère à l’ouest de l’Eurasie, avec autant de frontières terrestres et celles ouvertes sur les mers et les océans, si l’on y intègre également les DOM TOM, la France, aussi loin que l’on remonte dans le temps, est ouverte et n’a cessé d’accueillir des migrations de populations.

Depuis la préhistoire on a un pays composite ethniquement et culturellement, avec successivement des Celtes, des latins, des Germains, et leurs mixtes (Gallo-Romains) mais aussi des Vikings sans compter les traces laissées par les incursions des Huns et des arabes. Toutes ces populations n’ont cessé de se mélanger et de se fondre dans cet immense et bouillonnant creuset que fût et que reste notre pays. Notre pays a su toutefois préserver les éléments enrichissants de ces diversités culturelle qui se sont conjuguées intelligemment, bien que très souvent cela ne se soit pas fait de façon indolore, ce qui faisait dire à Mirabeau en 1789 : ...« la France n’est qu’un agrégat de peuples désunis »... C’est encore vrai aujourd’hui avec les immigrations récentes et en cours, issues pour la plupart des anciennes colonies.

Les candidat(e)s aspirant(e)s présidentiables de droite extrême(Mme. Le Pen) et d’extrême droite (Mr. Zemmour), et celles ou ceux qui « leur emboîtent le pas », devraient s’attarder sur l’histoire de ce pays qui a accueilli tant de populations culturelles différentes qui font, qu’on le veuille ou non, que la France est et restera encore longtemps un pays multiculturel.

Certain(e)s aspirant(e) présidentiables devraient éviter d’ouvrir « la boite à Pandore »...

Attention ! à force de jouer sur les mots et les formules telles que celles se référant à l’identité nationale de la France pour s’attirer les grâces d’un certain électorat, il y a un risque évident de régénérer les vieux et pires démons du nationalisme, ainsi que ses thèses raciales dont on a pu mesurer les effets dévastateurs depuis la fin du 19° siècle… Lorsqu’en 1853 et 1855 le comte Arthur de Gobineau, écrivain et homme politique, publiait un essai « sur l’inégalité des races humaines «, probablement sous l'influence des milieux wagnériens, et notamment de celle du penseur eugéniste Houston Chamberlain, principal inspirateur d'Hitler, avec les nazis, on a pu que constater et subir les effets dévastateurs et criminels de son interprétation... A noter toutefois que la distinction primordiale qu'établit Gobineau entre les races n'est pas tant quantitative que qualitative, et prétend témoigner d'aptitudes différentes plutôt que similaires et inégales. Il suffit de se référer à ses écrits pour constater que si le comte de Gobineau détestait la démocratie et le métissage, il n’était pas pour autant antisémite et son racisme se bornait plus, comme le font à tort aujourd’hui, certain(e)s politiques à opérer des classifications entre différentes populations, toutefois les définir par des notions de races est une grossière erreur puisque sur le plan scientifique il n’y a qu’une seule race humaine de l’espèce des hominidés dont nous sommes les seuls représentants.

Malgré sa suppression votée par le parlement, le mot race reste toutefois inscrit dans la Constitution , ce qui est un non sens

En constitutionnalisant la notion de « race », cela participe à reconnaître et légaliser une notion récusée par les scientifiques qui n'existe pas. Cela implique aussi des risques de théorisation, sous entendu, entre les supérieures et les inférieures, avec les effets que cela produisit, de sinistre mémoire.

Malgré sa suppression de la Constitution de 1958, le mot « race » reste bien présent dans notre législation. La raison de cette non-révision est en fait d’un autre ordre. le terme reste (et restera) inscrit, à deux reprises, dans un autre texte à valeur constitutionnelle, le préambule de la Constitution de 1946 (https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/preambule-de-la-constitution-du-27-octobre-1946 ) . Au premier alinéa : « … le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés » et au 16e alinéa :« La France forme avec les peuples d’outre-mer une Union fondée sur l’égalité des droits et des devoirs, sans distinction de race ni de religion ». Selon le Palais Bourbon, « il n’est pas envisagé de modifier en ce sens le Préambule de 1946, car il s’agit d’un texte « historique », au même titre que la déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) de 1789, dont les termes n’ont donc pas vocation à être révisés. La Constitution de 1958, en revanche, reste un texte « vivant », susceptible d’évolutions »… Cet argument est pour le moins très controversé et ne devrait pas résister à une volonté politique de supprimer le mot »race » de la Constitution, mais cette volonté politique existe t-elle ? A noter que le mot « race » ne fut inscrit pour la première fois dans une Constitution, seulement en 1946 sous la 4e république, ensuite repris dans la 5e en 1958, mais jamais dans les précédentes.

De nouvelles immigrations massives sont-elles possibles ?

Une population mondiale qui augmente de près d’un milliard d’habitants par décennies (6,8 milliards en 2010, 7,7 milliards 2020, soit 2,7 en Millions d’habitants par semaine, alors que les surfaces fertiles régressent à cause du changement climatique et du pillage des terres des plus pauvres par les plus riches pour des cultures à OGM. Ces cultures OGM, outre l’alimentation du bétail, elle servent souvent pour produire des agro-carburants, générant des populations affamées toujours plus nombreuses. Epuisement des ressources naturelles, des énergies fossiles, de l’eau, souffrance des animaux dans les élevages intensifs ou les abattoirs, utilisés et traités comme de vulgaires objets et marchandises, pollutions diverses liées à l’activité industrielle avec les problèmes récurrents de santé qui en découlent ainsi que la mal bouffe ou la désintégration du tissu social etc. ne semble guère préoccuper nos aspirant(e)s présidentiables de droite extrême et d’extrême droite. Ils préfèrent s’enfermer dans un débat se fondant sur l’identité nationale de la France qui serait par ailleurs menacée par un « grand remplacement », du à l’invasion de populations en provenance du continent Africain ou d’autres parties du monde.

Il est toutefois évident que si l’explosion démographique des dernières décennies se poursuivait, il y aurait de réels problèmes d’immigration massive et comme à certaines périodes de notre histoire, les rapports avec les nouveaux arrivants ne serait guère indolore.

Entre 1972 et 2022 la population mondiale est passée de 3, 8 milliards d’habitants à 7,9 milliards soit plus que du double en 50 ans, du jamais vu dans l’histoire de l’humanité. Si on y ajoute la disparition d’environ 100 000 km² de terres arables par an ( soit en 50 ans 5 millions de km² ou la superficie des pays de l’UE plus ses pays frontaliers), l’épuisement des ressources naturelles et de l’eau, dont le continent Africain est déjà et sera encore le plus affecté, alors oui il y aura effectivement un risque d’immigration massive, avec des affrontements supposés. Mais ce ne sont pas les thèses nationalistes de l’identité de la France, génératrices de violence, qui peuvent être une réponse préventive pour éviter cette situation conflictuelle.

Dans moins de 15 ans, 47% de la population vivra dans des régions déjà soumises à un fort stress hydrique. En Afrique, entre 75 et 250 millions de personnes seront confrontées en 2020 à des pénuries croissantes liées au changement climatique. La pénurie que connaîtront certaines régions arides et semi-arides aura un impact décisif sur les migrations. On estime de 24 à 700 millions de personnes qui pourraient être forcées de migrer pour des raisons uniquement liées à l’eau.

Pour conclure

S’il est démontré que l’identité nationale de la France n’existe pas, faut-il rappeler aussi que toute vérité sociologique veut que ce sont toujours les derniers arrivés parvenus dans un groupe social ou un pays qui veulent fermer la porte derrière eux, ce qui ne peut que générer des situations conflictuelles qui risque dans un futur proche d’être violentes avec les nouveaux arrivants...

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