Ecologie: Entre valses d'hésitations et nouvelles difficultés du numérique à venir

Il y a 5 mois, Nicolas HULOT, avait annoncé à la surprise générale sa démission du Gouvernement au micro de France Inter. La semaine dernière c'est l'un de ses proche, le Député Mathieu ORPHELIN élu du Maine et Loire qui claquait la porte du groupe parlementaire majoritaire LREM. Mais l'essentiel des difficultés à venir, dues à la révolution du numérique avaient-elles été appréhendées ?

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs »

déclarait Jacques CHIRAC le 2 septembre 2002 lors du sommet mondial du développement durable à Johannesburg en Afrique du sud.

Cette déclaration de Jacques CHIRAC lui fut suggérée par Nicolas HULOT. Lorsqu'il avait annon sa démission au micro de France Inter, plein d'amertume, il indiquait, notamment, qu'il refusait de «se résigner tous les jours à s’accommoder de petits pas sur le terrain écologique" et ajoutait: «je ne veux plus me mentir»...

D'une démission à une autre

La semaine dernière, lorsque le Député Mathieu ORPHELIN élu du Maine et Loire claquait la porte du groupe parlementaire majoritaire LREM, Il expliquait sa «décision lourde de sens». «Je pars après avoir fait tout mon possible», sans pour autant «mésestimer les avancées obtenues depuis vingt mois». «Mais il est impossible pour moi de ne pas mesurer l’écart qu’il nous reste à combler pour être à la hauteur des enjeux climatiques, écologiques et sociaux. Nous ne sommes malheureusement au bon rythme sur aucun des grands chantiers de la transition».

Cet ex d'Europe écologie les Verts (EELV) avait rejoint Emmanuel MACRON en 2017 et contribué à son programme en planchant sur les dossiers ayant trait aux questions en rapport avec l'écologie, notamment, sa partie sociétale et environnementale. Plaidant pour : "accélérer la lutte pour le climat, la lutte pour la biodiversité, pour le basculement des mobilités propre" Il avait ainsi tenté de pousser, avant le débat budgétaire de l’automne, des propositions pour accompagner les ménages les plus modestes et des zones rurales et rendre acceptable l’augmentation de la taxe carbone, appelant à «entendre les inquiétudes» de ces derniers. «Certaines ont été entendues, d’autres, pourtant essentielles, non», rappelle-t-il ce mercredi, assénant que «la transition écologique doit être juste, et ne pas être invoquée uniquement quand elle permet des rentrées fiscales». Très bien, mais si pour l'essentiel des difficultés à venir, Mathieu ORPHELIN, comme d'autres responsables politiques, ne les percevait pas ou refusait par confort intellectuel de les appréhender.

 Cela pourrait fort bien illustrer le vide politique actuel qui caractérise de très nombreux responsables politiques par rapport aux effets de la nouvelle révolution du numérique. Cette révolution des nouvelles intelligences artificielles va totalement impacter nos sociétés Occidentales, avec des effets aujourd’hui difficile, sinon impossible d’apprécier.

La nouvelle révolution des intelligences artificielles ne sera pas un long fleuve tranquille…

Depuis 2010, avec la nouvelle révolution des intelligences artificielles, les experts du forum économique mondial de Davos considèrent que nous sommes en train de nous extraire de la 3eme révolution industrielle qui a débuté dans les années 1970 et marquait le départ de la production automatisée, de l’informatique industrielle, du développement de l’électronique puis de la communication interpersonnelle via l’Internet et de la délocalisation des unités de production. La nouvelle révolution des intelligences artificielles (ou quatrième révolution industrielle), fondée sur le transfert de l’intelligence humaine aux robots avec le couplage des technologies de l’Internet et des énergies nouvelles, malgré les espoirs qu’elle peut susciter, implique que si nous ne savons pas anticiper par des mesures adaptées, l’avenir risque de se dessiner par de sombres perspectives…

Lorsque Jeremy RIFKIN, spécialiste de  prospective économique et scientifique, conseiller de diverses personnalités politiques constate que : « Notre civilisation industrielle est à un tournant. Le pétrole et les autres énergies fossiles touchent à leur fin, tandis que les technologies issues de ces énergies ou alimentées par ces dernières sont devenues obsolètes. Toute l’infrastructure industrielle fondée sur ces énergies fossiles est dans un état d’obsolescence avancée »… Il s’agit d’une évidence que l’on ne peut que partager, par contre quand il affirme : «  il faut se projeter dans une Troisième révolution industrielle, fondée sur le couplage des technologies de l’Internet et des énergies nouvelles ».

Or, il ne s’agit pas d’une simple évolution de la troisième révolution industrielle, vers plus d’informatisation et d’automatisation, mais depuis le début de la décennie 2010 c’est vraiment une nouvelle révolution en tant que telle. Cette nouvelle révolution du numérique sera une grosse consommatrice de terres rares, nouvel «or noir» du XXIe, siècle. Faut-il rappeler que les métaux issus de ces terres rares sont indispensables au couplage des technologies de l’Internet et des énergies nouvelles (solaire, éolien) cher à Mr. RIFKING. Mais également d’électricité, pour laquelle, vu l'explosion de la croissance démographique ( plus d'un milliard d'habitant entre 2008 et 2018, de 6,7 à 7,7), les énergies nouvelles ne pourront compenser les énergies fossiles nécessaire à sa production (Gaz, Pétrole, charbon, uranium…) En une quarantaine d’année, avec près d’un doublement de la population mondiale, la consommation d’électricité par habitant à triplé. De 1199,775 KWH par habitant en 1971 nous sommes passé à 3126,326 KWH par habitant en 2014 et elle ne cesse d’augmenter annuellement depuis ( https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/EG.USE.ELEC.KH.PC ).

Mutation anthropologique entre espoirs et craintes

Avec la nouvelle révolution des intelligences artificielles (ou 4e révolution industrielle) ce sera encore une nouvelle mutation anthropologique qui va profondément affecter les sociétés modernes, avec un risque accru de creuser l’écart entres pays riches et pays pauvres. Si en plus des difficultés à venir en production d’électricité et en approvisionnement des terres rares, on y ajoute, outre les bouleversements climatiques, les conflits inter- culturels d’ordre cultuel qui s’accompagne d’une sixième extinction des espèces et d’une nouvelle série d’explosion de la bombe démographique génératrice de vagues migratoires, on ne peut que s’inquiéter des effets du cocktail explosif que nous léguons à la prochaine génération. D’autant plus que les pouvoir politiques ne s’attardent généralement que sur l’aspect global de ce qu’ils considèrent comme positif des nouvelles intelligences artificielles pour certains intérêts économiques de court terme, laissant seule « maître à bord » la techno-science du numérique tout réguler… 

Actuellement les nouvelles intelligences Artificielles (I.A.) « trans-humaniste » restent somme toute très rustique à coté des développements des I.A. à venir… Dans tous les domaines : entreprises, services, santé, hôpitaux, enseignement, transports, militaires etc. désormais l’I.A. va s’installer partout avec des applications de substitution totale de l’intervention humaine aux robots par phases successives. Nul doute qu’elle va susciter des espoirs, parfois surréalistes, mais aussi des craintes apocalyptiques, dont certaines peuvent être justifiées, compte tenu de notre culture actuelle et du recours trop réactif à la violence.

La nouvelle révolution des intelligences artificielles est marquée par le changement de statut des robots

La troisième révolution industrielle qui a commencé au cours des années 1970 avec l’informatique allait permettre de remplacer l’Homme par des robots dans des taches répétitives, sales et souvent dangereuses. Au fond, le robot, même s’il convient de distinguer celui qui fait seul aujourd’hui le travail qu’accomplissait hier une myriade d’ouvriers, par exemple sur une chaîne de montage automobile dans les années 1960 ou celui qui tond la pelouse, ou encore celui qui va vous réveiller le matin ou celui qui va faire le café, ils ont en commun la nécessité de l’intervention Humaine pour la programmation, la mise en route, l’arrêt ou la surveillance.

Avec la nouvelle "révolution numérique" ou 4e révolution industrielle, ainsi définie par les experts du forum économique mondial de Davos, dans laquelle nous entrons à marche forcée depuis le début des années 2010 les robots changent de statut. De simples esclaves mécaniques, outils au service de l’Homme, grâce aux nouvelles intelligences artificielles et à l’interconnexion entre eux, les robots peuvent désormais, pour des taches intellectuelles ou nécessitant une dextérité des gestes, se substituer à l’homme avec une plus grande efficacité. 

Aujourd’hui on est en mesure de confier des taches sélectives de décision, notamment, pour la justice, la médecine, l’enseignement, mais aussi faire déplacer des véhicules sans chauffeur ou des drones-taxis sans pilote, y compris faire fonctionner des usines sans aucune intervention humaine grâce aux interconnexions de l’intelligence numérique entre les machines, avec toutes les conséquences d’éthique que cela suppose. Par exemple, s’agissant de la justice pour désengorger les tribunaux, lorsque cela ne relève pas de décisions concernant des jugements dans des situations complexes, où elles doivent être prises en « son âme et conscience », les robots peuvent très bien suppléer les magistrats pour prononcer des sanctions en fonction de critères très précis.

Entre la confiance dans l’intelligence artificielle et la peur du grand remplacement par les robots dans les emplois

Selon les sondages, les Français se déclarent plutôt confiants dans l’Intelligence artificielle, ils reconnaissent son apport pour faciliter la vie quotidienne. En revanche, ils sont réellement inquiets sur les conséquences de ces technologies sur les questions d’emplois. Une sorte de peur du grand remplacement par les robots rôde dans l’opinion

Passons sur la voiture sans chauffeur ou le drone taxi, les robots joueurs ou tueurs pour l’armée, la nouvelle révolution des intelligences artificielles avec une « robotisation intelligente» totale des entreprises, c'est-à-dire sans une intervention humaine, selon certains experts, entraînerait la perte de plus de 5 millions d'emplois d’ici à 2025. Mais pour d’autres, grâce à de nouvelles activités que l’on ne peut imaginer aujourd’hui, comme en 1980 nous ne pouvions imaginer les activités résultant, par exemple des plateformes numériques, ce ne sera pas pour autant la fin du travail, avec des millions de nouveaux emplois créés.

Au-delà de ces prospectives d’experts, parfois contradictoires, ne retenir que les seuls rapports entre l’homme et les robots dans la redéfinition du rapport au travail, bien que ce fût absolument nécessaire, serait insuffisant si l’on n’aborde pas les problématiques démographiques avec les besoins exponentiels inhérents en électricité et les approvisionnements en terres rares.

En ne visant que l’aspect positif n’oublie-t-on pas de s’attarder sur les effets négatifs ?

Le problème, c'est que ni la problématique démographique, ni les besoins en électricité qui vont croître démesurément ou les Terres Rares qui sont aussi une énergie tarissable venant du sous-sol ne semble pas être la première préoccupation de nombreux responsables politiques, espérant probablement que les futurs robots apporteront une réponse ?… Sans terres rares, pas d’intelligence artificielle (IA), pas de robots « intelligents », pas d'Ipad, pas d'écrans plasma ni LCD. Impossible de produire une voiture hybride ou à pile à combustible, pas d'ampoules LED basse consommation. Dans une technologie donnée où elles sont utilisées, les Terres Rares sont difficilement substituables, ou alors au détriment de la qualité et des performances. Il peut en revanche y avoir des basculements de technologies, or, aujourd'hui, la situation est alarmante. En effet, la demande de terres rares est explosive, notre dépendance totale et l'offre est sur le point de s'assécher violemment. Il n´existe peu de matières premières, dont la demande, a été multiplié par 30 fois en 50 ans.

Les terres rares, enjeu majeur de la nouvelle révolution du numérique

Rappel : Les Terres Rares (TR) sont un ensemble de 16 à 17 éléments métalliques du tableau périodique de Mendeleïev, aux propriétés chimiques très voisines, qui se trouvent pratiquement toujours associés dans leurs gisements et qui comprend classiquement l'ensemble des 15 lanthanides. C'est-à-dire les 15 éléments portant les numéros atomiques successifs 57 à 71 : lanthane (La), cérium (Ce), praséodyme (Pr), néodyme (Nd), prométhium (Pm), samarium (Sm), europium(Eu), gadolinium (Gd), terbium (Tb), dysprosium (Dy), holmium (Ho), erbium (Er), thulium (Tm), ytterbium (Yb) et lutétium (Lu) dont seuls 14 existent dans la nature, le prométhium n'ayant pas d'isotopes stables et l’yttrium (Y), de numéro atomique 39, qui n’est pas un lanthanide, mais dont les propriétés atomiques et chimiques et le rayon ionique sont si proches de ceux des lanthanides qu’il s'y trouve toujours associé dans leurs différents gisements. Certains rattachent aussi au groupe des Terres Rares le scandium (Sc), de numéro atomique 21. Mais le scandium ne se concentre pas dans les mêmes gisements, sa problématique d'approvisionnement est distincte de celle des autres Terres Rares. L'yttrium, bien que plus léger que tous les lanthanides, est généralement classé parmi les Terres Rares lourdes du fait qu'il y est préférentiellement associé dans ses gisements.

La demande des terres rares ne cesse d’augmenter très rapidement…

C´est le cas notamment dans les technologies militaires, de l’énergie verte (solaire, éolien), smart-phones, tablettes, ordinateurs etc. et les risques d’approvisionnement demeurent. Avec les nouvelles applications d’intelligences artificielles, on peut imaginer l’explosion de la consommation et de la production accrue par l’explosion démographique et ses besoins correspondant… Quelques exemples de production depuis 1965 : en 1965: 5 000 tonnes, 1975: 20 000t,  1985:  30 000t,  1995: 55 000t,   2005: 110 000t,   2015: 145 000t.

Il faut rappeler que l’extraction des terres rares et son raffinage ont un coût considérable pour l’environnement, ainsi que pour la santé des habitants riverains et des ouvriers sur place qui se plaignent de problèmes de santé avec des taux de cancer importants et des difficultés respiratoires. En cause les poussières, l’utilisation de produits chimiques en grande quantité et même radioactivité pour ce qui est du thorium.

Près de 4 kilos de terres rares sont produits chaque seconde, soit près de 126 000 tonnes de terres rares produits dans le monde, dont 97% en Chine. Dans les années 1980, c'était les États-Unis qui fournissaient environ la moitié de la production mondiale.

La Chine est désormais devenue leader dans la transformation métallurgique de métaux issus de ces terres rares et elle importera bientôt des terres rares de Suède ou du Groenland pour nous les restituer sous la forme de produits finis. La demande chinoise de terres rares par exemple serait susceptible d´augmenter de plus de 50% dans les cinq prochaines années. Le vice-secrétaire général de la Chambre d´industrie des Terres rares Chinoises, prévoit une augmentation de la consommation intérieure de près de 9% cette année, passant à 97 700 tonnes, et pourrait atteindre près de 150 000 tonnes à la fin de la décennie, contre 90 000 tonnes consommées en 2014. http://www.reuters.com/article/china-rareearths-idUSL4N11N0PB20150917

Avec les terres rares, la Chine tient les rênes, ce qui peut se révéler problématique, voire conflictuel à terme

La Chine, c'est 90 à 95% de la production mondiale (2013) des terres rares : elle alimente à elle seule toute la planète en terres rares. En 10 ans, elle a éradiqué la quasi-totalité de ses concurrents occidentaux par une guerre de prix destructive, à laquelle très peu ont survécu. Elle est devenue totalement « maître du jeu ». Alors qu'elle n'abrite sur son sol que 23% des réserves mondiales de ces ressources et ne détient que 37 % des réserves mondiales, elle contrôle 90 à 97 % de leur exploitation et réduit chaque année les quotas d’exportation.

Déjà des tensions autour de la Chine

En 2011, la Chine avait établi des quotas d'exportation sur ses terres rares, afin de " protéger ses ressources naturelles ". Elle a eu tort de le faire, a estimé un groupe d'experts de l'OMC, qui donne ainsi raison aux Etats Unis, au Japon et à l'Union européenne. Les Etats Unis, l'Union européenne et le Japon s'étaient sentis discriminés par les mesures de quotas et avaient porté plainte devant l'OMC, qui avait mis en place en 2012 un panel chargé de trancher le litige.  Un groupe d'experts rassemblés par l'OMC a estimé en mars 2014 que les quotas chinois concernant l'exportation des terres rares n'avaient pas lieu d'être. Le problème c’est que pour nous, notre industrie technologique et stratégique est totalement dépendante des approvisionnements chinois. La demande en terres augmente de 10% à 20% l'an et elle a doublé en sept ans. Et ce rythme de hausse est en train de devenir exponentiel. 

Pour conclure

Entre les tribulations ministérielles ou parlementaires de certaines personnalités de sensibilité écologique et au-delà des prospectives d’experts, parfois contradictoires, il y a les besoins liés à une croissance démographique non maîtrisée et aux robots, dont les ressources fossiles indispensables à leur fonctionnement ne sont pas inépuisables. Après les guerres pour le pétrole, les guerres pour les terres rares, le nouvel « or noir » du 21e siècle de tous les dangers…Si on y ajoute les bouleversements climatiques, les problèmes de l'eau et la somme des conflits violents de ci et de là, avec la tentation du recours à l'arme nucléaire... Un millénaire qui risque fort de ne durer que quelques décennies




 

 

 

 

 

 

 

 

 

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