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Billet de blog 11 juin 2021

Peut-on réellement parler « d’identité nationale Française » ?

Si l’on considère que « l’identité nationale » est une donnée ou un ensemble de données pour mesurer l’homogénéité ethnique et culturelle d’une population sur un territoire précis, Vu l’histoire de notre pays et notre culture, on peut affirmer que l’identité nationale de la France c’est de ne pas en avoir, y compris sur fond confessionnel.

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Entre plusieurs frontières au nord, à l’est et au sud, avec l’ouverture sur des mers et des océans, la France fut et reste un territoire de migrations facile d’accès

Sa position géopolitique de Finistère à l’ouest de l’Eurasie, avec autant de frontières terrestres et celles ouvertes sur les mers et les océans, si l’on y intègre également les DOM TOM, la France, aussi loin que l’on remonte dans le temps, est ouverte et n’a cessé d’accueillir des migrations de populations. Certaines de ces migrations se firent parfois dans des affrontements guerriers violents, quand d’autres, plus récentes furent à l’initiative de notre pays pour des besoins économiques. Celles qui ont lieu en ce moment sont dues essentiellement à des situations de conflits ou de pauvreté qui ont contraint les immigrés de fuir leur pays d’origine, essentiellement du proche orient et de l’Afrique subsaharienne.

Depuis la préhistoire la France est un pays composite ethniquement et culturellement, avec successivement des Celtes, des latins, des Germains, et leurs mixtes (Gallo-Romains) mais aussi des Vikings sans compter les traces laissées par les incursions des Huns et des arabes. Toutes ces populations n’ont cessé de se mélanger et de se fondre dans cet immense et bouillonnant creuset que fût et que reste notre pays qui a su toutefois préserver les éléments enrichissants de ces diversités culturelles qui se sont conjuguées intelligemment, bien que très souvent cela ne se soit pas fait de façon indolore, ce qui faisait dire à Mirabeau en 1789 : la France n’est qu’un agrégat de peuples désunis... C’est encore vrai aujourd’hui avec les immigrations récentes et en cours, issues pour la plus part des anciennes colonies ou des zones de conflits du proche Orient. Ainsi cette diversité culturelle, souvent acceptée difficilement fait malgré tout que par cette diversité l’on ne saurait réduire la culture française aux couleurs d’un morceau de tissu ou à un hymne à couplet sur fond violent et racial illustré par la phrase « qu’un sang impur abreuve nos sillons « …

On ne peut faire l’impasse sur la question démographique qui est aussi l’une des causes essentielles des migrations vers l’Europe et la France

L’écologie science démontre que lorsque au sein d’une espèce, une population est trop importante, elle va dépasser inévitablement les limites de son écosystème. Très rapidement, c’est l’espèce la plus prolifique en surnombre, faute d’espace et de proies qui est menacée et à terme disparaît.

L’homme a toutefois créé une exception, seul animal culturel au sommet de la pyramide des espèces sans réel prédateur, il a reculé l’échéance finale en inventant l’agriculture il y a 10 00 ans, puis grâce aux ressources fossiles, il a dopé ses productions, tout en vidant progressivement de la vie à peu près de tous les écosystèmes planétaires, même les océans. Contrairement aux cinq précédentes extinctions des espèces, la sixième qui est en cours est la première qui soit de de la totale responsabilité de l’homme.

Grâce à la médecine, l’homme échappe désormais aux lois de la sélection naturelle et vit de plus en plus longtemps. Il constitue une espèce invasive tellement fertile qu’une femme peut avoir beaucoup plus de dix enfants et un homme peut procréer à des âges bien avancés. Des femmes qui avaient plus de dix enfants était très fréquent dans nos sociétés rurales agraires d’Europe avant l’ère des prestations sociales et de la mécanisation, mais aussi avec un taux élevé de morts infantiles, ce qui, avec les guerres, limitait les effets. Cette situation à fort taux de natalité est aujourd’hui récurrente chez les femmes, notamment, dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne. Mais, malgré les difficultés, la médecine limitant le nombre de morts infantiles, ces pays dont les écosystèmes sont en total déséquilibre, situation aggravée par le réchauffement climatique, fait qu’en état de surpopulation, cela contraint ces populations à migrer vers l’Europe, dont la France, et souvent mourir en Méditerranée…

Faute d’une régulation et baisse de la démographie, des migrations massives en perspective

Alors que selon les experts, à l’échelle de la planète on enregistre en moyenne une perte annuelle d’environ 100000 km² de terres arables ( en 5 ans c’est la superficie de la France et en 40 ans celle des 27 pays de l’UE), nous serons très bientôt bientôt 8 milliards... Et des migrations de populations de plus en plus nombreuses vers l’Europe et la France, avec des conflits en perspective, car les déficits d’espaces et les besoins alimentaires y contraindront forcément… Ce qui ne peut être durable, vu le poids du nombre d’humains sans cesse croissant et sa boulimie de consommation diverses, y compris spatiales.

Selon les projections, sans maîtrise de la population mondiale, elle va continuer de croître et avoisiner les 10 / 11 milliards d’habitants en 2050. A l’évidence des pandémies fussent-elles aussi graves que celle du Covid-19 n’ont que peu d’influence sur la baisse de la démographie. Toutefois, même si l’accroissement de la population marquait nettement le pas dans le reste du monde, le nombre d’habitants en Afrique subsaharienne devrait plus que doubler d’ici à 2050, pour atteindre et dépasser les 2,2 milliards d’habitants, voir beaucoup plus (soit dix fois plus qu’en 1960). 

La part du continent Africain dans la population mondiale devrait donc augmenter, pour s’établir selon les projections à 23 / 25 % de la population mondiale en 2050, contre 7 % seulement en 1960 et 14 % en 2018. Près d’un habitant sur quatre vivra en Afrique subsaharienne en 2050, alors que cette proportion était de un sur 13 en 1960. Vu la situation climatique et ses effets, les migrations de populations en provenance d’Afrique ne peuvent que se développer sur l’Europe, dont la France, avec des situations conflictuelles en perspective.

Pour rappel : en France, la population augmente en moyenne d’un peu plus de 200 000 habitants par an (l’équivalent de la ville de Montpellier), avec un rythme moyen annuel de perte des surfaces agricoles de 60 000 hectares (ou 600 km²). En 2019, selon le gouvernement, l’ADEME et le Ministère de la transition écologique, ces institutions ont estimé , par exemple que le bilan carbone d’un Français était de 12 tonnes d’équivalent CO2 par an. Soit un rejet en progression annuelle lié à l’augmentation de la population de plus de 2,4 millions de tonnes. Pour rappel, en théorie on ne devrait pas dépasser de 1,2 à 2 tonnes de CO2. Dès lors, on peut comprendre qu’une immigration importante viendrait compliquer la situation et serait difficilement absorbée par le tissu social.

Si l’on considère que « l’identité nationale « de la France c’est de ne pas en avoir, il est est de même pour une identité qui se définirait sur fond confessionnel, quel qu’il soit.

Parler d’identité chrétienne, musulmane, Juive, bouddhiste , ou autre de la France quand on évoque la notion d’identité nationale par référence à une confession, outre que cela n’a pas de sens en regard de notre histoire et de notre culture, cela n’a également aucun fondement légal en regard de nos institutions.

Au moment de l’affaire du burkini au cours de l’été 2019, on pouvait être surpris et s’étonner des déclarations de certaines de ces jeunes filles, lorsqu’à la télévision elles mettaient en avant « leur identité musulmane », ce qui est n’est pas acceptable !... Car, nous ne sommes pas dans un état confessionnel qui définirait la nationalité de ses citoyens par une identité religieuse, selon qu’ils seraient, musulmans, chrétiens, bouddhistes, juifs, etc. … Alors que pour les musulmans pratiquants, selon des théologiens, le port du « voile islamique » ne fait pas l’objet d’une prescription particulière par le coran. Mais alors pourquoi de plus en plus de femmes de confession musulmanes portent cet élément vestimentaire ? N’est-ce pas une obligation familiale née d’une tradition de soumission à une société patriarcale qui refuse la modernité  et ainsi se distinguer et affirmer volontairement « une identité musulmane » ? ce qui est totalement incompatible avec nos institutions.

Comme le déclarait Robert Badinter : « Mais qu’est-ce que cela veut dire ? La République ne distingue pas ses enfants de telle ou telle origine ». Ce qui est vrai, or parler « d’identité musulmane » ou d’identité « zinzin ou zonzon » n’a pas de sens au vu de nos institutions et donc de place dans notre pays. Pour celles et ceux qui souhaitent exprimer « leur identité musulmane », ce qui sous entend que la Charia ou loi islamique doit primer sur les lois de la République, la porte doit leur être grandement ouverte. Mais cela suppose aussi que tout entrant sur le territoire Français doit être informé qu’il ne pourra se référer à aucune notion d’identité d’ordre confessionnel ou autre et sera tenu de s’y soumettre.

Trop généreusement utilisées par des femmes et hommes politiques, Certaines formulations ne sont pas sans danger

« Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde. » du dramaturge Bertolt Brecht

Attention à force de jouer sur les mots et les formulations, telles que celle de « l’identité nationale Française » pour s’attirer les grâces d’un certain électorat, il y a un risque évident de régénérer les vieux démons du nationalisme et ses thèses raciales dont on a pu mesurer les effets dévastateurs depuis la fin du 19° siècle… Lorsqu’en 1853 le comte de Gobineau écrivit un essai sur l’inégalité des races humaines, on a vu l’interprétation et leurs applications que purent en faire certains notamment les Nazis et Hitler lui même, mais pas seulement. Dans des sociétés en crises multiples, telles que la France, qui pour des raisons diverses et par effet de surnombre avec un apport supplémentaire de migrants, vu des réactions d’hostilité de la part des autochtones, le pire n’est jamais à exclure...

Il suffit de se référer à ses écrits pour constater que si Le comte de Gobineau détestait la démocratie il n’était pas pour autant antisémite et son racisme se bornait plus, comme le font à tort aujourd’hui, semble-t-il, certains « scientifiques » à vouloir opérer des classifications entre différentes populations, toutefois les définir par des notions de races est une grossière erreur puisque sur le plan scientifique il n’y a qu’une seule race humaine de l’espèce des hominidés dont nous sommes les seuls représentants.

Pour conclure

Notre histoire et notre culture démontre à l’évidence que l’identité nationale de la France c’est de ne pas en avoir. D’autant qu’avec une population mondiale qui augmente de près de 1,9 millions d’habitants par semaine, alors que les surfaces fertiles régressent, si on y ajoute l’épuisement des ressources naturelles et des énergies fossiles, l’arrivée massive de nouveaux migrants en Europe et surtout en France à cause de sa situation géographique ne pourra être évitée. Une identité nationale Française n’est donc pas pour demain.

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