Gilets jaunes: piège de la démocratie directe « version Web.2.0 » ?

Malgré les annonces faites par le Président de la république, les gilets jaunes cesseront-ils tous leur « valse » des ronds points ? Sauf à y être contraints par la force, on peut en douter, car le type même d'organisation en démocratie directe « version Web 2.0 » qu'ils ont inauguré, en rejet des systèmes représentatifs, est un obstacle majeur pour la faire cesser.

« le cauchemar d'une démocratie électronique est désormais techniquement à portée de main » Giovanni SARTORI (1924 – 2017)

Avec le phénomène social « gilets jaunes », grâce au Web nous assistons désormais à un engouement particulier en faveur d'une démocratie directe sans structure organisationnelle, ni responsables qui dépasserait tous les clivages politiques traditionnels. Mais n'est-ce pas une illusion si l'on considère que dans le règne animal, dont nous faisons partie, il y a inévitablement une organisation sociale avec des rapports dominants dominés, et des conflits parfois violents pour être le dominant. Sauf que l'homme, seul animal culturel au sommet de la pyramide des espèces, a une double responsabilité : veiller à un équilibre le plus harmonieux possible avec et entre les autres espèces, ainsi qu'au sein de la sienne. Mais hélas l'Homme a rompu depuis longtemps ces équilibres et nous devons tous en subir les effets de plus en plus désastreux...La nouvelle économie et les nouveaux rapports Humaine basés sur « l'intelligence artificielle » peuvent -ils permettre de rétablir ces équilibres ou les aggraver ?

La « cyber – jacquerie « des gilets jaunes, sous couvert de revendications sociales, traduit plus un rejet des élites et des systèmes représentatifs que les fondements de la société.

La « cyber - jacquerie » des gilets jaunes, dont les comparaisons foireuses avec la révolution de 1789, la commune de Paris et Mr. THIERS, en encore Mai 68 semblent occulter que ces mouvement ou révoltes sociales de l'époque, qui ne rejetaient pas les structures représentatives, remettaient en cause les fondements de la société et proposaient un nouveau modèle. »nous avons tant cru à la révolution socialiste » écrivait COHN-BENDIT il y a quelques années à propos de Mai 68.

Le mouvement social initié par les gilets jaunes qui n'a d'ailleurs strictement rien d'homogène d'un point de vue revendicatif, bien qu'il critique le libéralisme, au-delà du classique pouvoir d'achat et de la contestation fiscale, il ne remet pas en cause les fondements actuels de la société sociale – libérale. Il exprime simplement une réelle crise de confiance à l'encontre des élites et porte surtout une critique du fonctionnement de nos systèmes représentatifs, notamment, de tous les représentants traditionnels (syndicats, associations, partis politiques...) qui ne seraient plus susceptibles de «parler et agir au nom du peuple»…Nul doute qu'avec le Web par les réseaux sociaux ils considèrent que ces systèmes représentatifs ne sont plus nécessaire, seul compte pour eux la démocratie directe via ce « support Web des réseaux sociaux ».

Cette forme de contestation n'est pas propre à la France, la Belgique commence également à inaugurer la formule Française des gilets jaunes. On peut d'ailleurs noter une convergence des revendications « fourre tout » formulées par les gilets jaunes avec celles qui ont émergé en Italie par le mouvement « 5 étoiles (M5S) ». On connaît la suite et leur arrivée au pouvoir en coalition avec l'organisation nationaliste et xénophobe la « Légua » (ex ligue du nord). De ce point de vue, en France, MELENCHON et LE PEN ne sont pas si éloignés que cela...

De la contestation de la démocratie représentative à la démocratie directe par le Web

Pour justifier leur mouvement qui ressemble plus à un rendez-vous d'ami(e)s au café du coin « chez Dudule » dont le phénomène est amplifié par les médias, outre des revendications sociales diverses, variées et contradictoires, voire des plus loufoques lorsque les uns demandent la suppression des d'impôts et des taxe, quand d'autres demandent un salaire unique et égal pour tous, sans compter le rituel « Macron démission », les gilets jaunes qui rejettent pour l'instant toute structure d'organisation avec des responsables élu(e)s, mais aussi celles des représentations existantes, notamment syndicales, ne sont, par ailleurs, pas à une contradiction près. D'un coté, tout en refusant les représentants sociaux traditionnels, ils acceptent le principe des relais institutionnels existants, Députés, maires avec des cahiers de doléances pour porter leurs revendications et être entendus au plus haut niveau de l’État, c'est à dire par le président de la république, dont ils estiment qu'il est le seul capable de leur donner satisfaction, alors qu'ils demandent sa démission…

Cette remise en cause très brouillonne de la démocratie représentative par les gilets jaunes et le fait qu'en se considérant comme la seule expression légitime du peuples, grâce à leur interconnexion revendicative via le Web, ils veulent aussi démontrer que seule la démocratie directe est la réponse

La méthode choisie par le candidat Emmanuel MACRON pour les élections Présidentielles et portée par les « Marcheurs » n'a t-elle pas ouvert la porte aux gilets jaunes ?

Pour la candidature d'Emmanuel MACRON aux présidentielles de 2017, les marcheurs qui allaient recueillir les doléances des citoyens par le porte à porte, ou via les réseaux sociaux, de façon démocratique directe pour élaborer le programme du candidat, hors des clivages politiques traditionnels, ne précédaient- ils pas sur le fond par des méthodes similaires de consultation directe « du peuple » les actuels gilets jaunes ? En procédant de façon directe et transversale au-delà du seul cercle du parti ou mouvement politique du candidat, dont l'élaboration du projet politique se fait par un petit groupe « d'experts » interne à ces partis, cette méthode de « porte à porte », conjuguée aux réseaux sociaux, médiatiques en plus de la consultation d'experts spécialistes pour diverses problématiques et soutiens financiers a ainsi permis l'élection du candidat des marcheurs LREM.

Il est évident que l'accumulation des affaires auxquelles un grand nombre d'élu(e)s locaux, parlementaires et Ministres de tous bords politiques furent confrontés, ainsi que le non respect chronique des contrats électoraux ont entraîné une cassure entre la population , les élites et les systèmes de représentation jugés peu crédible (le tous pourris).

Lors des Présidentielles, Emmanuel MACRON profitant de cet état de fait a également joué sur l'idée d'une disparition de la division fondatrice droite-gauche, « on prend les bonnes idées des uns et celles des autres » et on les applique. Problème, les « bonnes idées » pour les uns ne sont pas forcément bonnes pour les autres. Exemple avec la suppression de l'ISF ou la mise à contribution des retraités pour faciliter le travail en réduisant sa taxation, dès lors, après son élection avec les premières mesures prises, va s'installer l'idée d'un conflit inévitable entre le haut avec les élites, dont Emmanuel MACRON apparaît comme « un Président des riches » et le bas « ceux qui ne sont rien » c'est à dire le peuple. Même si ce n'est pas ce qui retient le plus l'attention dans l'immédiat la critique «anti politique» et « anti système représentatif » illustré par les gilets jaunes peut se révéler proprement fatale pour nos institutions si, à très court terme, une réponse adaptée n'est pas trouvée à la crise de la démocratie représentative qui se répand un peu partout en Occident.

Entre la méthode pour la campagne Présidentielle et celle pour l'exercice du pouvoir deux formules diamétralement opposées

En contradiction totale avec la méthode horizontale de la campagne électorale ayant permis son élection, une fois élu Le nouveau Président impose une façon de gouverner très verticale centralisée autour de sa personne ( une gouvernance dite « Jupitérienne « ). Les décisions qui vont être prises, concernant par exemple : la fiscalité, ou la transition écologique méritait un temps de large concertation, alors qu'ils furent décidées au sommet de façon unilatérale avec une pédagogie et des méthodes de communication pour le moins surprenante. Si de la suppression de la taxe d'habitation fut bien accueillie, l'absence de concertation préalable avec les Maires, la suppression de l'ISF au moment de l'annonce de la hausse de la CSG des retraités, suivi ultérieurement de la taxe carbone et d'autres augmentations, sur lesquelles il est aujourd'hui revenu, se révéla catastrophique en matière de communication. C'est incontestablement la cause essentielle de la « cyber - jacquerie » d'aujourd'hui qui s'est propagée via le Web et qui inaugure une nouvelle forme d'organisation de démocratie directe.

Démocratie directe via le Web, possible, mais est-elle souhaitable ?

«admirable pour choisir ceux à qui il doit confier quelque partie de son autorité, mais il n'est pas propre à gérer par lui-même» MONTESQUIEU.

Il faut prendre acte que la démocratie directe que pouvait pratiquer les anciens, via des agoras ne pouvait être compatible avec les grands États modernes. Mais l'irruption du Web 2.0 (réseaux sociaux) qui a contribué à l'émergence du mouvement La République en Marche (LREM), la victoire de son candidat aux Présidentielles et les législatives de 2017 en France, ou en Italie à celle du mouvement 5 étoiles (M5S) et servi également à l'émergence des «gilets jaunes», laisse penser que ce sont les fondements mêmes de nos systèmes de représentation qui se trouveraient remis en cause et qu'un retour à la démocratie directe serait aujourd'hui possible. Un texte bref d'explication sur le Web, puis un simple « clic » pour valider et le tour est joué.

Mais est-ce aussi simple ? Comment serait sélectionné telle ou telle proposition dans une masse hétérogène aussi variées, contradictoires, ou loufoques que certaines revendications actuelles des gilets jaunes et qui serait chargé de les traduire en droit, sachant que le Droit Européen prime sur le Droit Français et qui veillerait à son application ? On pourra toujours justifier que ces difficultés seraient résolues grâce au remplacement du parlement humain classique par des «parlements cyber- robots », où l'électeur Internet participerait directement sans problème au processus législatif. Mais attention, outre la problématique écologique en production et approvisionnement des terres rares, les risques de piratage ou de manipulation du système pourrait avoir des effets désastreux, aujourd'hui insoupçonnables … Imaginons la réaction de celles et ceux qui n'auraient pas pu faire passer une revendication, un projet ou une loi à cause du vote des voisins. Avec «l'effet de foule» du Web, et sa tragique «loi de Lynch», dont certains «gilets jaunes» font l'amère expérience, étant menacés de mort quand ils prétendent «parler au nom du peuple».

Possible certes, mais à l'évidence pas souhaitable

Avec le nouveau statut des robots, de simples esclaves mécaniques, outils au service de l’Homme, grâce aux nouvelles intelligences artificielles et à l’interconnexion entre eux, les robots peuvent désormais, pour des taches intellectuelles ou nécessitant une dextérité des gestes, se substituer à l’homme avec une plus grande efficacité. 

Aujourd’hui on est en mesure de confier des taches sélectives de décision, notamment, pour la justice, la médecine, l’enseignement, mais aussi faire déplacer des véhicules sans chauffeur ou des drones-taxis sans pilote, y compris faire fonctionner des usines sans aucune intervention humaine grâce aux interconnexions de l’intelligence numérique entre les machines, avec toutes les conséquences d’éthique que cela suppose pour certaines applications. Par exemple, s’agissant de la justice pour désengorger les tribunaux, lorsque cela ne relève pas de décisions concernant des jugements dans des situations complexes, où elles doivent être prises en « son âme et conscience », les robots peuvent très bien suppléer les magistrats pour prononcer des sanctions en fonction de critères très précis. Ce type d'exemple peut s'appliquer à divers autres secteurs de la société, notamment au niveau de l'expression démocratique directe...

Dans ces conditions il est aisé de penser que grâce à ce nouveau statut des robots par méga données ou « Big Data », la démocratie directe est possible et nous n'aurions plus besoin de structures représentatives. Il suffirait d'un « clic » sur l'ordinateur ou le smarphone pour que, dans le cadre d'une « cyber – agora » permanente par transmission de vos propositions à un « cyber-robot parlement » vous imposeriez ou rectifieriez à volonté les lois par une sorte de référendum permanent. Certes, si c'est possible en théorie, dans la pratique c'est un peu plus compliqué, car, outre des difficultés techniques,par qui et comment serait « choisi » les personnes chargées du fonctionnement de ce « cyber – robot parlement ou Président », ainsi que leur contrôle ? Le fait de les choisir et de les désigner n'est-ce pas aussi de la démocratie représentativeavec le risque permanent de contestation en légitimité et les affrontement violent qui peuvent en découler...

Le rejet de toute forme de structure représentation conduirait inévitablement à un pouvoir autoritaire. Dans une démocratie représentative il se dégage une majorité et une opposition qui peut avoir plus ou moins de droits, mais qui permet et garantit un minimum de liberté pour les citoyens. Dans une démocratie directe c'est le groupe dominant qui impose de façon perverse sa loi, toute opposition ou démarche différente est de fait museler, y compris par la violence. L'exemple récent chez les gilets jaunes menacés de mort par leurs collègues en est révélateur. Il est toutefois urgent de réformer la démocratie représentative Française pour l'améliorer, c'est possible et cela vaut mieux qu'une démocratie directe de type « Web 2.0 » style gilets jaunes.

Pour conclure

Nous ne sommes qu'à l'aube d'une nouvelle révolution numérique des « intelligences artificielles » qui va impacter considérablement les rapports Humains sur le plan culturel, économique, démocratique, militaire par des guerres de type nouveaux via des « cyber – armes terrestres et aériennes », écologique avec la raréfaction des énergies fossiles, notamment des terres rares, dont la surpopulation sera contrainte après les guerres du pétrole, aux guerres des terres rares. Le destin de l'Homo Sapiens risque fort de connaître un fin douloureuse… « Cyber – démocratie directe » ou pas...

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.