Covid-19 : dérapage plus ou moins contrôlé ?…

Vendredi 11 septembre 2020, le Premier ministre Jean Castex a annoncé, à l’issue d’un conseil de défense, les nouvelles mesures prises par le gouvernement. Selon Emmanuel Macron, celles-ci visent à « donner de la visibilité sur les prochaines semaines », au moment où la France connaît un rebond de l’épidémie.

Inquiétudes

L’intervention du premier ministre se fait après la mise en garde du Conseil scientifique, lequel avait estimé que le gouvernement n’aurait d’autre choix que de renforcer sa stratégie de lutte contre le virus « dans les huit à dix jours maximum ». Face à cette situation, le Premier ministre a précisé que la stratégie du gouvernement ne variait pas : il s’agit de continuer de « lutter contre le virus », tout en évitant de mettre entre parenthèses notre vie sociale, culturelle, économique, l’éducation de nos enfants et notre capacité à vivre normalement ».

Pour Jean Castex qui indiquait que le virus n’a pas perdu en intensité et soulignait que « Le taux d’incidence est monté à 72 cas pour 100 000 habitants, contre 57 il y a une semaine » et de rajouter : « Un élément suscite particulièrement notre inquiétude, nous constatons une augmentation sensible de personnes hospitalisées, or les personnes qui arrivent en réanimation sont les mêmes qu’au mois de mars ».

Et les tests dans tout cela ?

Le Premier ministre a également indiqué qu’avec un million de tests réalisés chaque semaine, « la France est devenue le 3e pays qui teste le plus en Europe ». Des créneaux horaires supplémentaires devraient par ailleurs être débloqués pour tester les personnes prioritaires. Parmi elles, les personnes présentant des symptômes, les cas contacts ou encore les soignants. Il a incité également les personnes âgées à la « plus grande prudence  pour « quelques mois encore ».

Une durée d’isolement réduite à sept jours

Le premier ministre Jean Castex, après avoir précisé que la politique de dépistage du covid-19 va être renforcée et la période d'isolement des personnes testées positives réduite à sept jours, il a tenu a rappeler que c’est le conseil de défense qui a décidé de réduire la période d'isolement à sept jours, c'est à dire la période où un malade est contagieux et qu’il faut impérativement la respecter.

Les circuits de dépistage renforcés pour les personnes prioritaires

Dans une déclaration à Matignon, le Premier ministre a reconnu que les temps d'attente pour les tests du Covid-10 étaient « trop importants » et annoncé que des créneaux horaires seraient réservés pour les personnes prioritaires. Selon lui : « Attendre, ce n'est pas grave s'il n'y a pas urgence. Mais c'est problématique lorsque vous êtes prioritaire, si vous présentez les symptômes de la Covid, si vous avez été en contact rapproché avec une personne positive ou enfin si vous êtes un personnel soignant ou assimilés, travaillant à l'hôpital dans un Ehpad ou à domicile. Pour ces personnes prioritaires, nous allons renforcer les circuits dédiés de dépistage ainsi les laboratoires leur réserveront certains créneaux horaires ». Il a par ailleurs annoncé que 2 000 recrutements vont être effectués au sein de l’Assurance maladie et les Agences régionales de santé. Objectif : assurer le traçage des cas de contamination au nouveau coronavirus.

Au delà de la gravité du virus et des mesures préventives, ces controverses scientifiques qui ont, ou enflamment l’opinion

Origine du virus, pouvoir miraculeux de l'Artemisia annua, efficacité du « protocole Raoult avec la chloroquine », rôle protecteur de la nicotine…En même temps que le virus, la pandémie a propagé nombre d'informations contradictoires, mal renseignées ou fausses qui ont alimenté querelles d'experts, débats passionnés et théories complotistes.

Ces polémiques qui ont animé ou animent l'épisode sanitaire n’ont-elle pas laissé des traces ?

Que penser lorsqu’un éminent infectiologue indique avec force conviction à la télévision qu’à l’extérieur, le port du masque est inutile, mais qu’il faut respecter les distances. Ce qui semblerait logique, mais alors pourquoi va t-on imposer le port du masque à l’extérieur dans certains quartiers ou l’ensemble des quartiers d’une ville parce qu’elle serait en zone rouge ? Contradiction aussi quand pour telle ou telle manifestation sportive, culturelle, ou de simple loisirs « mortifère » contre les pauvres taureaux comme la « feria « d’Arles , des dérogations sont accordées, en rupture totale avec les mesures préventives générales. Que penser de ce pneumologue et allergologue lyonnais Patrick Bellier, son cri d’alarme dans une campagne contre le port du masque et qui déclare que la pandémie est terminée depuis le mois de Mai 2020 ? A lire : https://covidinfos.net/covid19/jestime-que-80-des-diagnostics-de-covid-sont-faux-surtout-sur-les-causes-de-deces-la-lettre-dun-medecin-pneumologue-a-bout-de-nerfs/1967/

N’y a t-il pas aussi un problème avec la pratique des tests de dépistage ?

Le fonctionnement des tests dits RT-PCR pour détecter la présence du virus est complexe. Le prélèvement doit être effectué au bon moment pour être fiable.

La maladie et le virus font désormais partie du quotidien. Les tests RT-PCR sont très désagréables : un écouvillon est introduit très loin dans le nez des personnes testées afin d’atteindre la zone dite du nasopharynx. Et la mauvaise nouvelle, c’est que cette torture nasale peut être amenée à se reproduire car les faux négatifs peuvent être nombreux si le prélèvement n’a pas été effectué au bon moment.

Comment les cellules de gestion des cas de l’Agence régionale de santé et de la Sécurité sociale gèrent-ils alors cet outil et comment sont surveillés ces malades potentiels pourtant négatifs aux tests ?

Si le virus est présent dans le nasopharynx, le test PCR le trouvera. Le problème est que, durant la contamination, le virus n’est présent que de manière transitoire et varie en fonction des signes cliniques et de l’évolution de la maladie. « Si on cherche trop tôt, on ne le trouve pas et si on cherche trop tard, on risque de ne pas le trouver, détaille Blaise Kamendje, médecin de santé publique, détaché auprès de la cellule dédiée au sein de l’ARS Centre-Val de Loire. Il y a une fenêtre de tir qui est optimisée aux 7e et 8e jours après l’apparition des symptômes. »

Dans cette fenêtre, précise-t-il, « le test a une sensibilité qui peut aller à 80 %, ce qui signifie qu’il permet de trouver le virus chez 90 % des personnes qui le portent. Et il est précis à 99,9 % ce qui signifie qu’il n’y a pas de faux positif. » Cette précision diminue ensuite beaucoup lorsque l’on s’éloigne de cette fenêtre, que cela soit avant ou après.

Si la fenêtre idéale a été respectée, il y a tout de même 5 % de chance d’obtenir un faux négatif. « C’est vraiment très marginal, assure le Docteur Kamendje et cela peut vouloir dire que la personne fait une forme très peu symptomatique et donc très peu contagieuse. »

Par ailleurs, l’Agence Régionale de santé (ARS) complète à ce sujet. « comme pour toute pathologie, l’interprétation clinique du résultat d’un test dépend de ses performances intrinsèques mais aussi du contexte. Si le médecin estime que la symptomatologie est suffisamment évocatrice et que le résultat rendu est faussement négatif il peut maintenir l’isolement et prescrire un second test RT-PCR ou une sérologie. »

A lire : https://www.huffingtonpost.fr/entry/coronavirus-les-deux-gros-defauts-du-test-pcr-et-comment-le-gouvernement-veut-les-gerer_fr_5ec42fc4c5b6d180c3fabb44

https://www.lavoixdunord.fr/769556/article/2020-06-25/tests-de-depistage-du-covid-19-pourquoi-y-t-il-tant-de-faux-positifs

Des tests massifs sans ordonnance médicale n’ouvrent-ils pas la porte à des dérapages incontrôlés ?

Malgré une fiabilité qui varie énormément en fonction de l’état du patient, les tests PCR sont appelés à se multiplier. Comme Emmanuel Macron l’avait annoncé, les dépistages virologiques, par des tests PCR après prélèvements dans le nez, sont désormais possibles sans ordonnance. Ces tests sont d’ailleurs systématisés dans les aéroports pour les voyageurs provenant de pays classés rouge (hors Union européenne notamment).

Depuis le 11 juillet 2020 et au moins jusqu’au 30 octobre, il est possible de faire des tests sérologiques en pharmacie sans prescription pour savoir si l’on a contracté le Covid-19. Ces tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) consistent à prélever une goutte de sang en piquant le bout du doigt. Le résultat apparaît en quelques minutes. Ces tests ne pouvaient jusqu’à présent être réalisés que par un laboratoire d’analyses médicales, en ville ou à l’hôpital. Un résultat positif doit toutefois être confirmé en laboratoire de biologie par une prise de sang et un examen de laboratoire afin de préciser la réalité de la réponse immunitaire et, éventuellement, par un test virologique RT-PCR pour vérifier si le virus est toujours présent dans l’organisme et donc si l’on est contagieux.

Aspect quelque peu délétère de tests gratuits généralisés qui, effectués trop tôt, peuvent rassurer a tort et lever la vigilance

Depuis le 25 Juillet 2020, toute personne peut également se présenter à un laboratoire d’analyses médicales pour demander la réalisation d’un test sans prescription médicale de son médecin et sans faire l’avance de frais. Le test est pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie. Il faut cependant vérifier avant si le laboratoire est équipé pour réaliser des tests de dépistage du Covid-19 et se renseigner sur les conditions d’accès : rendez-vous, organisation spécifique etc.. La liste des laboratoires qui pratiquent ces tests est disponible sur le site Santé.fr. Toutefois, depuis le 2 septembre 2020, le ministre de la santé Olivier Véran a mis en ligne un formulaire qu’il est nécessaire de remplir avant un test de dépistage en laboratoire. Une mesure destinée à fluidifier le traitement des patients dans les laboratoires alors que le gouvernement avait annoncé, également début Septembre, que plus d’un million de tests PCR étaient réalisés par semaine.

Le problème avec ce type de disposition qui échappe à l’ordonnance prescrite pas un médecin en fonction de l’état de santé du patient et vu les délais de traitement par les laboratoires qui risquent d’être débordés, une personne négative au moment du test peut quelques jours après se révéler positive et entre temps contaminer son entourage, voire au-delà….

Quand on sait, selon des statistiques, qu’avec la gratuité des tests, de nombreuses personnes font plusieurs fois un test dans une semaine, on peut comprendre les difficultés des laboratoires pour faire face à ces nombreuses sollicitations et leur impossibilité de réduire les délais de notification des résultats. Ainsi, l’afflux de personnes souhaitant le test sans ordonnance entraîne des délais d’attente puis de traitement plus longs, avec des résultats pouvant arriver en fin de période de contagiosité éventuelle... donc a quoi bon ?

Une charge financière considérable pour la sécurité Sociale qui dispense les mutuelles de leur participation aux frais, est-ce bien acceptable ?

Ces dernières semaines un nombre toujours plus important de Français souhaitent se faire tester et ainsi savoir s’ils ont le Covid-19. Mais ce phénomène a une autre conséquence : un coût faramineux. La facture hebdomadaire est donc d’au moins 54 millions d’euros par semaine pour l’Assurance Maladie. Au-delà de ce coût initial, « il faut ajouter 10 à 12 millions d’euros par semaine de prélèvement », précise François Blanchecotte, président du Syndicat national des biologistes, . De quoi coûter potentiellement plus de 250 millions d’euros par mois à l’Assurance-maladie ( plus de 3 milliards par an) https://www.capital.fr/entreprises-marches/la-facture-tres-salee-des-tests-pcr-pour-la-securite-sociale-1379730 ). Une addition que la Sécurité sociale devra régler seule, puisque les tests sont pris en charge à 100%. Autrement dit les mutuelles ne sont pas mise à contribution, ce qui est pour le moins surprenant, alors qu’elles n’hésitent pas à augmenter régulièrement les cotisations de leurs adhérents.

La prescription médicale pour les tests du Covid-19 et la généralisation du tiers payant qui vise à dispenser l'ensemble des patients d'avancer les frais lors de la consultation chez un médecin et au laboratoire devrait être la règle. Ce serait alors la sécurité sociale et les mutuelles santé qui se chargeraient de verser directement aux professionnels de santé les sommes dues.

Pour conclure

Qu’il s’agisse des tests, dont la fiabilité peut varier en fonction de l’état du patient et dont la prescription devrait rester sous contrôle médical, ou le coût pour la sécurité sociale seule, puisque les mutuelles en sont dispensées, et qu’il serait donc souhaitable de rétablir la règle du tiers payant, l’urgence c’est d’abord de sortir de la morosité suscitée par la pandémie et les contraintes jugées souvent excessives qui sont imposées, certes pour de bonnes raisons, mais parfois aussi pour de de moins bonnes raisons.

 

 

 

 

 

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