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Billet de blog 17 févr. 2022

L’Ukraine, situation écologique désastreuse dans l’indifférence totale

Guerre dans le Donbass, déforestation sauvage, décharges illicites, pollutions graves diverses... Aujourd’hui, en Ukraine, l’attention des médias est centrée sur les questions stratégiques par rapport à la situation conflictuelle avec la Russie, cependant, il faut souligner que ce pays connaît la pire des situations écologiques, dans l’indifférence générale...

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Des prévisions des plus alarmistes

Le territoire ukrainien a été fortement modifié de par son histoire : appartenance à l'URSS, dont la péninsule de Crimée qui depuis 1783, au terme de la première guerre russo-turque (1788-1774), jusque là indépendante fut annexée par la Russie de Catherine II. En 1954 la Crimée était « offerte » à l'Ukraine par Khrouchtchev, alors premier secrétaire du Parti communiste de l'Union soviétique. Le 16 mars 2014, les responsables de la péninsule de Crimée organisent un référendum pour que leur région ne fasse plus partie de l'Ukraine et soit « de nouveau » rattachée à la Russie. A l'issue du scrutin, le score est sans appel il est de 96,6% en faveur du rattachement à la Russie.

Ne pas oublier la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986, qui a contaminé 5 % du territoire, et aurait concerné 5 millions de personnes selon l'OMS. … A noter également que les spécialistes de la santé estiment que la pollution de l'air provoque 76 000 décès chaque année en Ukraine.

Les forêts primaires des Carpates menacées par des coupes d’arbres intensives et illégales

La forêt représente 15,9 % du territoire. L’Ukraine est le sixième pays d’Europe pour ce qui est des réserves de bois. L’abattage clandestin est un grave problème écologique, particulièrement sensible dans les Carpates. Au cours des années, le territoire des forêts des Carpates ne cesse de diminuer de façon sensible, ce qui est visible sur les photos par satellite. Actuellement, même les forêts primaires des Carpates, qui se trouvent sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, sont  menacées.

En outre, la destruction massive des arbres entraînerait des inondations. Pour éviter l’abattage illégal dans les forêts des Carpates, en 2015, le Parlement a adopté un moratoire sur l’exportation de bois non transformé vers l’Union européenne. Malgré tout, les braconniers ont poursuivi leurs activités, et le bois est encore expédié vers les pays de l’UE, toujours avides de matériaux bon marché.

Une étude réalisée par l’ONG Britannique « Earthsigh », qui a enquêté sur la corruption dans la sphère des eaux et forêts en Ukraine, considère que ce pays est le plus important fournisseur de bois « noir » de l’UE. Le volume d’exportation dépasse tous les pays d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie du Nord. Par exemple Il a été établi qu’en 2017, la valeur des importations européenne de bois d’Ukraine dépassait le milliard de dollars. De plus, toujours selon l’ONG « Earthsigh » :  « au moins 40 % des arbres de cette forêt ont été abattus et vendus de manière illégale avec l’aide de la corruption, ce qui est choquant, c’est que parmi les acheteurs qui ont été identifiées, plusieurs sociétés multimilliardaires, à commencer par trois des plus grands producteurs de panneaux de bois dans le monde, la plus grande des entreprises du papier, et le deuxième, en volume, des producteurs de bois de coupe en Europe ».

Des dizaines de milliers de décharges illicites qui polluent l’air, le sol et la nappe phréatique

Chaque année, en Ukraine, ce pays produit plus de 474 millions de tonnes de déchets, dont 26 millions de tonnes de déchets ménagers et agricoles, et 448 millions de tonnes de déchets dangereux. Or 3,2 % seulement de tous ces déchets sont traités. Selon le ministère de l’Écologie, 33 000 décharges illicites avaient été identifiées en 2016.

la militante écologiste Olga Melen-Zabramna rappelle que « Les décharges polluent l’air, le sol et la nappe phréatique, ce qui, à son tour, peut entraîner une pollution des puits situés près des décharges et des plans d’eau des environs par des métaux lourds, qui sont cancérigènes. Pis encore, ces décharges peuvent prendre feu ». Les incendies de décharge non maîtrisés pourraient aussi engendrer des maladies respiratoires, cardiaques et oncologiques. Les cultures proches des décharges sont impropres à la consommation à cause de la contamination par les métaux lourds et d’autres matières dangereuses.

Olga Melen-Zabramna constate qu’au cours des cinq dernières années, aucun progrès n’a été enregistré. « Il faut augmenter les amendes sanctionnant les violations de la législation environnementale et sur les déchets ». Selon elle : « Il faut aussi liquider les vieilles décharges illicites et en construire de nouvelles, modernes, qui pourront servir à plusieurs municipalités ».

Il n’existe qu’un seul incinérateur en Ukraine, celui d’Energuia, à Kiev, qui traite à peu près 25 % des déchets solides produits par les habitants de la capitale. Cette entreprise pollue l’atmosphère, son équipement est vétuste et nécessite une modernisation. Pour Olga Melen-Zabramna «l’Europe, peu à peu, renonce aux usines d’incinération, parce qu’elle considère qu’en finançant la construction de ces usines elle s’enferme dans une impasse ». De plus, souligne-t-elle, « dans les grandes villes, il faut introduire la collecte séparée des déchets organiques, qui représentent parfois jusqu’à 40 % de nos poubelles, et qui, à cause de la décomposition, engendrent du méthane. En dehors de cela, il faut créer un centre de collecte des déchets dangereux – piles, meubles, médicaments, etc. ».

Il y a incontestablement une crise des ordures en Ukraine, et si elle est due en partie aux grands pollueurs industriels, elle s’explique également par le très bas niveau de conscience écologique tant des citoyens que des administrateurs locaux.

Le Dniepr, un fleuve en détresse et dont la situation ne peut que s’aggraver avec le changement climatique

La principale artère fluviale de l’Ukraine, le Dniepr, connaît lui aussi des moments particulièrement difficiles. Selon certains écologistes, il ne gronde plus, il gémit seulement (allusion à un célèbre poème ukrainien de Taras Chevtchenko (XIXe siècle) sur le Dniepr). Au cours des dernières années, le fleuve a souffert de plusieurs problèmes qui non seulement n’ont pas été réglés, mais se sont aggravés.

D’après Dmytro Nadeev, directeur de l’organisation Dniepr propre,  on recense plusieurs problèmes  : «Premièrement, le Dniepr perd de sa profondeur, et ce à cause des affluents qui charrient de la boue, comme la Desna et le Pripiat. L’association des pêcheurs d’Ukraine a recensé 55 hauts-fonds dans le Dniepr. Et quand la profondeur diminue, le débit du fleuve baisse. L’eau devient stagnante. Deuxièmement, l’eau “fleurit”. D’année en année, il fait de plus en plus chaud, les gens déversent leurs déchets, tels que la lessive, contenant des phosphates, dans les égouts, et tous ces déchets aboutissent dans le Dniepr, où ils servent de base nutritive pour des cyanobactéries [des bactéries photosynthétiques, aussi appelées algues bleues], qui entraînent une floraison du fleuve. On assiste également au développement d’algues et de plantes aquatiques. Troisièmement, le braconnage entraîne une baisse de la quantité de poissons dans le fleuve ».

Le Dniepr subit également l’impact du changement climatique. Selon les pronostics pessimistes de certains écologistes à cause du réchauffement planétaire, la steppe va se rapprocher de Kiev au cours des vingt prochaines années, et le Dniepr va baisser de 50 % en cinquante ans.

Dmytro Nadeev, directeur de l’organisation « Dniepr propre » confirme: « La baisse du niveau de l’eau dans les affluents et dans la nappe phréatique est liée au réchauffement planétaire ». Et il rappelle également : « Il existe un programme de développement du Dniepr, mais a-t-il déjà obtenu un quelconque résultat ? Si les rives s’effondrent, et si elles sont envahies de végétaux, ça continue et rien ne change.

Pour la militante Hanna Tsvetkova : « Il est certain Avec le dérèglement climatique, la question de l’eau devient de plus en plus cruciale. Actuellement, il n’y a aucune vision stratégique du gouvernement sur ce qu’il va advenir du Dniepr dans cinquante ans ni sur le partage des ressources en eau, etc. L’introduction d’interdictions ou de réductions du rejet des ordures dans l’eau, l’augmentation des amendes, l’établissement de contrôles de la qualité de l’eau, toutes ces questions restent en suspens ».

Si rien n’est fait très rapidement, Selon les prévisions les plus pessimistes des spécialistes, d’ici vingt ans la steppe atteindrat Kiev. Dans cinquante ans, le Dniepr aurait baissé à la moitié de son niveau actuel, et dans un siècle ce pays pourrait se retrouver sans forêt.

Autre fléau écologique, l’exploitation illégale de l’ambre qui est une plaie pour les forêts

L’Ukraine occupe la troisième place mondiale dans le domaine de l’exploitation de l’ambre, qui est une résine fossilisée utilisée dans la bijouterie. Dans ce domaine, l’Ukraine est seulement devancée par la Pologne et la Russie. Malgré cela, sur le plan législatif, l’extraction de l’ambre n’est pas encore réglementée dans ce pays. Ce qui ne peut que favoriser les extracteurs clandestins, souvent avec le soutien des autorités locales.

Dans les oblasts (départements) de Rivne, Volhynie et Jytomyr dans l’Ouest]où sont concentrées les principales réserves d’ambre, on parle de la « République populaire de l’ambre » qui vit selon ses propres lois. En 2015, le président Petro Porochenko avait déclaré que 90 % de l’ambre en Ukraine étaient extraits de manière illégale, sous la couverture de « la police, des procureurs et du SBU (les services de renseignement », et avait donné à ces forces « deux semaines pour cesser de protéger ces extractions. Mais à l’évidence depuis, la situation n’a pas évolué. L’extraction d’ambre clandestine se poursuit, et elle entraîne la destruction des forêts et du sol. Dans les forêts domaniales, selon les chiffres de l’Office de la chasse et des forêts des oblasts de Kiev, Volhynie, Jytomyr et Rivne, plus de 6 000 hectares ont été détériorés du fait de l’extraction clandestine.

Dans les régions qui pratiquent l’exploitation de l’ambre, l’État n’a pour ainsi dire aucun pouvoir. Les habitants sont habitués à gagner leur vie de façon illégale. Après la chute des prix de l’ambre, les anciens extracteurs ont poursuivi leurs activités illicites dans d’autres domaines, comme l’abattage du bois. A l’occasion d’une visite dans la région de Jytomyr, le président Volodymyr Zelensky a déclaré que l’extraction clandestine de l’ambre avait atteint le stade d’un désastre écologique, et que le marché noir représentait près de 500 millions de dollars par an et a ajouté : «  ce problème a vraiment acquis les dimensions d’une catastrophe écologique, des milliers d’hectares de forêts ont été transformés en désert ».

Le président dit comprendre que les gens cherchent de l’ambre. « Mais c’est une véritable guerre, je ne peux pas le dire autrement, une guerre entre l’État et les organisations criminelles, couvertes par la police, le SBU et le ministère public ». mais au-delà d’un constat objectif et malgré quelques mesures prises, rien ne semble changer.

La guerre du Dombass au sud-est de l’Ukraine n’a fait qu‘amplifier une situation écologique désastreuse

Avec le début de la guerre dans le Donbass, cette grande région industrielle fortement Russophone où se trouvent près de 4 500 sites potentiellement dangereux a été poussée au bord du gouffre écologique. Depuis 2014, les sites industriels de la région ont été le théâtre de plus de 500 pannes ayant eu des conséquences sur l’environnement.

Pendant les combats, à plusieurs reprises, les infrastructures ont été détériorées. Usines chimiques, usines de ferroalliage et centrales thermiques ont été régulièrement endommagées, à Ienakievo, Sloviansk, Louhansk et Donetsk, entre autres. Dans les mines, les systèmes de pompage d’eau ont été arrêtés.

L’arrêt des pompages de l’eau dans les mines, une catastrophe écologique avec risque de contamination radioactive des cours d’eau

La nappe phréatique dans le Donbass est située très près de la surface. Selon l’organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) dans un rapport de 2017 : en cas de problème d’alimentation électrique, si les pompes ne fonctionnent pas, les mines sont noyées immédiatement. « l’inondation des mines va entraîner la pollution de l’eau souterraine et de surface par le fer, les chlorures, les sulfates et d’autres sels minéraux, ainsi que par des métaux lourds »…Sans compter les risques de contamination radioactive...

En effet, lorsqu’une mine de charbon cesse d’être exploitée, il est impératif de pomper l’eau hors de celle-ci, afin d’éviter qu’elle n’inonde les galeries et charrie ainsi des polluants à la surface, ou dans les cours d’eau avoisinants. L’inondation d’une mine entraîne également une augmentation de la concentration de méthane et de radon en surface, contribuant ainsi à la pollution atmosphérique et au risque d’explosion. Or, d’après une étude menée par le Ministère de l’Environnement et des Ressources Naturelles de l’Ukraine en 2016. C’est 35 mines auraient déjà été inondées depuis le début du conflit, et 70 autres seraient également en passe d’être abandonnées.

Selon l’ONG Suisse « Centre for Humanitarian Dialogue », citée dans un rapport de l’OSCE datant de 2017, le drainage annuel des eaux des mines du Donbass est passé de 800 millions à 450 millions de mètres cubes et d’indiquer : « Compte tenu de l’ampleur et de la nature du processus actuel d’inondation des mines dans l’est de l’Ukraine, peut-on lire dans le rapport, on peut s’attendre à ce que les eaux polluées affectent à terme la qualité des aquifères souterrains des deux côtés de la ligne de contact et s’étendent potentiellement au-delà de la frontière russe. »

Augmentation des concentrations d’azote et de phosphore dans des eaux de rivières

Les résultats des dernières études menées sur le terrain ont montré une augmentation des concentrations d’azote et de phosphore dans les eaux des rivières Siverskiy Donets, Kleban-Byk, Kalmius et Kalchyk. Des prélèvements de sédiments, réalisés dans les lacs artificiels de la région, ont également permis de déceler une pollution significative au strontium et au baryum non radioactifs. Utilisées dans l’industrie lourde, ces substances rentrent également dans la composition de nombreuses munitions. Une fois ingéré, même en petite quantité, le baryum peut provoquer des difficultés respiratoires, une augmentation de la pression artérielle, un œdème cérébral ou encore des lésions hépatiques et rénales. Par ailleurs, dans un entretien donné en 2019, le Docteur Evgeny Yakovlev, un hydrogéologue ayant étudié la qualité de l’eau dans le Donbass, déclarait déjà que la prévalence des cas de diarrhées chez les enfants de moins de quatre ans était dû à 80% à la qualité de l’eau.

La mine de Iounkom, située à Ienakiieve, sur le territoire de l’autoproclamée « République Populaire de Donetsk » fait peser un risque singulier sur l’environnement : en 1979, celle-ci fut le site d’un essai nucléaire mené par les autorités soviétiques.

D’après des spécialistes, la détonation d’une bombe atomique de 0,3 kilotonnes y a entraîné la formation à 900 mètres de profondeur d’une chambre vitrocéramique contenant les produits radioactifs de l’explosion. Les séparatistes ayant mis fin en 2018 au coûteux entretien de la mine, celle-ci serait désormais en passe d’être inondée. Selon Oleksiy Reznikov, des radionucléides auraient déjà pénétré dans les cours d’eau avoisinants.

Des incidents industriels à répétition

Les produits chimiques et métaux lourds issus de l’inondation des mines constituent autant de sources de pollution supplémentaires, alors que la consommation des poissons pêchés dans certains affluents du Donets étaient déjà déconseillés à la population locale avant le début du conflit. En cause : leur importante concentration en pétrole, phénole, cuivre et zinc.

À l’aube du conflit, la région comptait également plus de 5 000 entreprises industrielles, responsables de près de la moitié des émissions polluantes de l’Ukraine. Dans un document publié en 2018, le Ministère de l’Écologie s’alarmait de la possibilité « d’incidents opérationnels majeurs » dans des installations industrielles de la région, principal danger pour l’environnement selon les autorités ukrainiennes.

Or, depuis 2014, le ministère aurait déjà recensé plus de 500 de ces incidents, dont certains « comportaient des dangers pour la population et l’environnement. » Plus de 80 % des entreprises et des infrastructures industrielles endommagées par les combats étaient classifiées comme potentiellement « dangereuses » ou « très dangereuses » pour l’écosystème local. Parmi celles-ci, on compte notamment la raffinerie de pétrole de Lyssytchansk, l’usine de munitions et explosifs de Petrovo Krasnosillia ou encore une réserve de carburant à la centrale thermique de Sloviansk, dans l’oblast de Donetsk. Autant d’incidents qui laissent présager le pire en termes d’impact environnemental, alors que la plupart des instruments de mesure et de gouvernance écologique ont été abandonnés ou détruits au cours des hostilités.

La protection de l’environnement ne semble cependant pas faire partie des priorités des membres du groupe de contact trilatéral. « Les préoccupations environnementales sont, en quelque sorte, les dernières à l’ordre du jour des responsables politiques, » déplore Lesya Vasilenko, députée du parti Golos (Voix) et membre de la Commission environnementale de la Rada, le parlement ukrainien, contactée par le « Courrier d’Europe centrale » elle affirme : « Non seulement dans la région concernée par le conflit armé, mais également dans le reste du pays. »

Une catastrophe à venir, selon l’ONU

Bien qu’une section des accords de Minsk soit dédiée à l’environnement, Lesya Vasilenko estime que celle-ci est reléguée à l’arrière-plan par des questions plus pressantes, telles que le respect du cessez-le-feu, la démilitarisation de la zone de conflit ou encore la mise en place de programmes pour favoriser la reprise des activités et de l’économie locale. « Nous avons des problèmes économiques et sécuritaires persistants, et ceux-ci prennent le pas sur les questions écologiques, concède la députée. Il faut qu’une tragédie, ou une catastrophe se produise pour que l’on commence à y prêter attention. »

Pourtant, c’est bien l’ombre d’une terrible catastrophe écologique sans précédent qui plane sur le Donbass, selon le Docteur Leila Ourekenova, analyste du programme des Nations Unies pour l’Environnement qui déclarait en 2018 : « la région est au bord d’une catastrophe écologique provoquée par la pollution de l’air, du sol et de l’eau due à la combustion de grandes quantités de munitions lors des combats et aux inondations dans les installations industrielles, Il est urgent de mettre en place une surveillance écologique afin d’évaluer et de minimiser les risques environnementaux découlant du conflit armé. » Mais à l’évidence, non seulement rien n’aurait été fait de ce coté là et la situation n’a pu qu’empirer...

Entre incendie des forets et explosion des lance-roquettes multiple, des matières particulièrement dangereuses dans les airs et les sols

Par ailleurs, pour empêcher la progression de leurs ennemis réciproques, les deux camps ont déclenché des incendies tactiques dans des portions de forêt où selon des écologistes, notamment Kateryna Norenko, qui est entre autre, responsable presse » chroniques écologie » : ... »au cours des quatre premiers mois de la guerre, 20 % du territoire occupé dans le Donbass ont été incendiés. Si l’on compare les zones incendiées avec les photos prises par satellite, nous voyons que pendant la saison sèche de 2014, on a recensé 15 fois plus d’incendies par rapport à la même saison en 2013. Cette tendance s’est perpétuée « ... Elle ajoute : « Les incendies détruisent la végétation de la steppe (qui, dans le Donbass, est une des plus belles d’Ukraine), les forêts ancestrales de pins, qui sont difficiles à renouveler, éliminent des zones entières des réserves naturelles, dont des végétaux rares ».

De plus, les explosions laissent des matières dangereuses dans le sol. Chaque explosion d’une roquette de Grad (lance-roquettes multiple) éjecte dans le sol au moins 500 grammes de soufre, et autant dans l’air. Par ailleurs Olekisy Vassiliouk, président du groupe des défenseurs ukrainiens de la nature explique. « Selon moi, la pollution plus terrible est due aux explosions. Chaque explosion de n’importe quelle munition rejette dans l’air une énorme quantité de produits chimiques. Chaque roquette de Grad est remplie de produits réactifs. Quand elle explose, ils sont rejetés sous forme de gaz et restent dans l’air. Les munitions de ce type ont été utilisées par dizaines de milliers ».

Outre le soufre, un obus peut également contenir des métaux comme du plomb, du cadmium, du nickel, du zinc, du titane, du vanadium, du manganèse, du strontium, du fer, du chrome, du cuivre, ou encore du cobalt, autant de matières potentiellement dangereuses qui peuvent être la source de maladies chez l’homme.

Kateryna Norenko prévient  également : « Tant qu’ils ne cesseront pas de tirer, la pollution continuera,  les métaux lourds s’accumulent dans l’organisme, ils entraînent des changements dans les systèmes nerveux et cardiovasculaires, de l’insuffisance rénale, des changements de métabolisme et des morts prénatales «.

Il est évident que que la pollution de l’air et des sols, par les vents, ne connaît pas les limites territoriale de la zone du conflit au Dombass et ne peut que s’étendre sur l’ensemble du pays, mais aussi chez les pays voisins.

Alors que la guerre au Dombass a déjà fait plus de 14 000 morts et déplacé environ 1,4 millions de personnes, il apparaît urgent de résoudre les problématiques environnementales, dont les conséquences se feront sentir bien longtemps après que les armes se seront tues.

Sans oublier la catastrophe écologique qui frappa la péninsule de Crimée en 2018

Dans la nuit du 23 au 24 août 2018 une substance inconnue s’est propagée dans l’air à Armiansk, une ville située au nord de la Crimée. Il s’est avéré plus tard que c’est de l’anhydride sulfurique, qui a été émis dans l’air en raison de problèmes techniques à l’usine «Titane de Crimée».De plus, les vapeurs se sont propagées également sur le territoire de la partie continentale de l’Ukraine, notamment dans la région de Kherson.

Le matin du24 août les habitants de la ville d’Armiansk ont constaté la présence d’un brouillard jaune. Le lendemain, tout était recouvert d’une pellicule rousse et huileuse. Les arbres avaient perdu une partie de leur feuillage. Les gens publiaient dans les réseaux sociaux des photos de leur jardin avec leur récolte perdue — les framboises, les fraises, les poivrons… Certains animaux aussi ont péri.

Plus tard les autorités Russes ont révélé la cause :  c’est le desséchement critique d’un dépôt d’acide appartenant au géant industriel local, l’usine chimique «Titane de Crimée» qui est l’un des plus grands producteurs de dioxyde de titane de l’Europe orientale. Cette substance est utilisée pour la production des composants des peintures et vernis, du plastique et du caoutchouc. «Titane» fait partie des actifs de Dmitriy Firtach, l’un des rares hommes d’affaires ukrainiens qui n’ont pas perdu leur propriété en Crimée après l’adhésion de la péninsule à la Russie, quand presque toutes les entreprises ont été «nationalisées».

A cause du desséchement, le dépôt d’acide de «Titane» projette dans l’atmosphère de l’anhydride sulfureux, des vapeurs d’acide sulfurique, un déchet de fabrication du dioxyde de titane. La substance provoque des troubles respiratoires. Mélangé avec de l’eau, notamment pendant des précipitations, il produit de l’acide sulfurique, créant ainsi un risque de pluies acides sur la péninsule.

La raison du desséchement du dépôt d’acide. Avant 2014, le dépôt recevait toujours de l’eau du Canal du nord de la Crimée, construit après 1954, quand la péninsule a été intégrée dans la République soviétique ukrainienne. S’étendant sur 400 kilomètres, cette artère amenait de l’eau du Dniepr et assurait plus de 80 % des besoins en eau fraîche de la péninsule. Après l’adhésion de la Crimée à la Russie en 2014, l’Ukraine a suspendu la livraison de l’eau pour des raisons économiques et politiques.

Encore que la question démographique et son évolution ne semble s’être posée pour aggraver la situation environnementale

Heureusement que l’Ukraine n’a pas connu la même croissance démographique que la France depuis 1980, car la situation environnementale serait pire...  Pour une superficie supérieure à la France : 603 548 km² contre 543 940 km² à la France, en 1980, l’Ukraine comptait 50 millions d’habitants, la France 55 millions.

En 2022, la population Ukrainienne est de 44 millions, soit un solde négatif de 6 millions d’habitants. Alors que la population Française est de 68 millions d’habitants, soit une progression de 13 millions d’habitants. Peut-on pour autant prendre l’exemple du modèle Ukrainien, dont à l’époque de l’URSS on disait que l’Ukraine était « la sœur jumelle de la France », mais là rien n’est moins sûr….

Pour conclure

Alors que les problèmes économiques et stratégiques persistants, par rapport à la situation conflictuelle entre la Russie et l’Ukraine, avec la guerre du Dombass, la gravité de la situation écologique qui est l’une des pires dans un pays Européen est cependant réduite au second plan et il semble bien que seule une catastrophe majeure se produise pour que l’on commence à y prêter enfin attention… Il y aurait cependant urgence que l’aide apportée par l’UE, récemment 1 milliard d’euros, soit réservée en priorité pour atténuer la gravité de la situation écologique.

Liens des documents ayant servis de référence à la rédaction de ce texte :

https://www.courrierinternational.com/article/ecologie-lukraine-dans-limpasse-environnementale

https://courrierdeuropecentrale.fr/ukraine-lenvironnement-victime-oubliee-de-la-guerre-dans-le-donbass/

https://uacrisis.org/fr/68485-environmental-disaster-crimea

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