Nourrir 10 milliards d'individus par "l'Agroécologie", réalité, perspectives

Tout en s'opposant à la destruction de la biodiversité et à l'épuisement des ressources naturelles, certains spécialistes de l'agroécologie ambitionnent de nourrir les 10 milliards habitants du monde de demain. Mais quelle réalité et quelles perspectives ?

Rappel

L'agroécologie est un terme regroupant les pratiques agricoles liées à l'agronomie, elle vise à utiliser au maximum la nature comme facteur de production en maintenant ses capacités de renouvellement. S’inscrire dans une démarche d’agroécologie signifie adopter des comportements et pratiques adaptés à la nature tout en respectant l’équilibre naturel, ce qui permet d’offrir une agriculture moins consommatrice de ressources extérieures, plus diversifiée, mieux adaptée aux territoires locaux, moins polluante et surtout moins destructrice de biodiversité.


Réalité de la situation anthropique et son impact écologique désastreux sur la planète

L'Homme seul prédateur au sommet de la pyramide des espèces ne peut survivre qu'en respectant la complexité des interactions entre son milieux et les autres espèces. Mais par son nombre sans cesse croissant et son économie il est devenu une force géologique destructrice qui nous fait entrer dans une nouvelle ère que les scientifiques dénomment "anthropocène". Contrairement aux cinq précédentes extinctions des espèces, l'homme est le seul responsable de la sixième extinction des espèces qui est en cours et qui va se dérouler sur une période très courte, peut être moins d'un siècle, contrairement aux précédentes, dont chacune s'est déroulée sur des millénaires ( jusqu'à cinq cent mille ans et peut-être plus)... Il est évident que si nous poursuivons l'actuelle trajectoire, nous ne pourrons éviter un effondrement tel que l'envisage l' Américain Jared DIAMOND géographe, biologiste évolutionniste et économiste dans son essai : "Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie", paru en 2005. L'ancien Ministre et ex député des Verts, Yves COCHET, rejoignant les collapsologues, prophétise que « l’effondrement » de la « société thermo-industrielle » entraînera inévitablement la disparition de la moitié du genre humain durant les années trente de ce siècle. Si on se réfère à l'écologie science il est évident qu'aucune espèce ne peut se développer indéfiniment au détriment des autres espèces, comme le fait l'Homme, sans se mettre en danger et disparaître à terme...

Dans le même ordre d'idée, alors que depuis quelques années, nous savons que la planète est affectée par de nombreuses crises écologiques mais, pour autant, aucune mesure politique sérieuse n’est prise pour les endiguer et ce n'est surtout pas sur l'Américain TRUMP et son collègue Brésilien BOLSONARO qu'il faut compter. Comme le déclare Pablo SERVIGNE, ingénieur agronome français et docteur en sciences de l’ULB : « nous ne croyons toujours pas ce que nous savons » Pour tenter de résoudre ce problème grave, ce dernier a écrit plusieurs ouvrages avec le chercheur indépendant en prospective Raphaël STEVENS un livre-manifeste, notamment le premier :"Comment tout peut s’effondrer" (Seuil, 2015), dans lequel ils ont introduit le mot « collapsologie ».

Devons nous nous ranger pour autant derrière les thèses pessimistes des collapsologues ou partager le catastrophisme d'Yves COCHET, justifié par l'écologie science, c'est à dire considérer que « tout est foutu » et qu'il n'y aurait plus rien à faire de toute façon, ni maîtriser de façon équitable la démographie, ni envisager une nouvelle économie Humaine fondé sur la décroissance, ni s'opposer à certaines dérives politiques ou religieuses violentes dévastatrices, ni lutter pour le climat ou contre la perte de biodiversité, les gaz à effet de serre, l’industrie des combustibles fossiles et l’inaction des gouvernements,  ni poursuivre les recherches de tous ordres ? Mais alors à quoi bon servirait la démocratie et ses organisations politiques, syndicales et associatives ?

Ne rien faire, car "tout serait foutu", sous réserve des prophéties d'Yves COCHET, c'est 7,7 milliards d'habitants aujourd'hui, 8,7 en 2030, 10,7 en 2050...15,7 milliards en 2100 ?...

La population mondiale est aujourd’hui estimée par l'ONU à 7,7 milliards d’individus ( elle atteindra et dépassera probablement les 8 milliards en 2020). En 2009 elle était de 6,7 milliards. Sauf si les prévisions d'Yves COCHET se confirmaient, mais dans le cas contraire, si la croissance démographique se poursuivait au rythme de la dernière décennie, soit un milliard d'habitants en plus par décennie, il y en aurait 8,7 milliards en 2030, 10,7 milliards en 2050 et 15,7 milliards en 2050...

Pendant la même période, à l'échelle du globe, les pertes de surfaces arables sont estimées à une fourchette comprise entre 70 000 et 150 000 km2 par an, selon différents calculs experts (soit à titre de comparaison entre 12 et 25% du territoire français). Toutefois, on peut considérer que la Perte annuelle moyenne, telle qu'elle a été définie par B. SUNDQUIST de l' institut du Minnésota  en 2000 et qui reste une référence est d'environ 100 000 km2 en moyenne par an. Avec l'extension des déserts et de l'habitat Humain , aujourd'hui  ces chiffres doivent être supérieurs. En 40 ans, avec une perte de 4 millions de Km2, cela correspond pratiquement à la superficie des 28 pays de l'Union Européenne...  

Le vieillissement des populations, du aux progrès de la médecine, est un facteur de croissance démographique pour un très grand nombre d'êtres humains, notamment dans les pays riches, car il compense très largement la baisse du taux de fécondité d'un enfant par femme qui est nettement inférieur à ce qu'il pouvait être à certaines périodes du siècle précédent.

Bien que depuis 1900, en France, tout en évoluant en dent de scie avec une très forte hausse après la fin des deux guerres mondiales du 20 eme siècle, le taux de fécondité d'un enfant par femme était , par exemple 2,69 en 1920 ou 2,95 en 1950 (un record) et tout en étant constamment excédentaire par rapport au taux de renouvellement de la population le taux de fécondité à baissé, mais est-on pour autant sur la bonne voie ?

Selon les statistiques de l'INSEE ( https://www.insee.fr/fr/statistiques/2381396 ) si en Europe en 2017 la moyenne du taux de fécondité d'un enfant par femme était de 1,60, malgré une légère baisse en 2018, la France détient le plus fort taux de fécondité d'un enfant par femme devant la Suède. Les très Chrétiennes catholiques Pologne 1,39 et Italie 1,34 ferment la marche. Ce qui peut signifier que les populations les plus imprégné de foi Chrétienne ne suivent pas forcément les préceptes religieux "croissez et multipliez"...

Si l'homme, contrairement à l'animal, n'a pas besoin de vitesse il a toutefois besoin d'espace et de terres arables pour survivre.

Dans la nature l'animal a besoin d'espace et de vitesse pour survivre. Le prédateur doit disposer de beaucoup d'espace et de vitesse pour pouvoir attraper sa proie et la proie d'espace encore plus vaste et doit courir encore plus vite pour lui échapper. Si l'homme n'a plus besoin de la vitesse pour pouvoir survivre, il doit toutefois disposer d'espace. Avec une perte de 275 km2 par jour de terres arables sous le béton et l'asphalte, du aux effets de l'urbanisation, des voies de circulation de circulation routières, ferroviaires à grande vitesse, aéroportuaires et une population qui explose, on peut imaginer l'impact écologique ! Chaque jour, on compte 244.000 nouvelles personnes de plus dans le monde (équivalent à la totalité de la population de la ville de Montpellier ), soit + 2,7 par seconde (compteur). Autrement dit, la population mondiale s'accroît chaque année de près de 90 millions d'habitants grâce à un nombre de naissances supérieur ( environ 150 millions) à celui des décès (60 millions ). A lire également par ce lien : https://www.planetoscope.com/natalite/5-croissance-de-la-population-mondiale-naissances---deces-.html

Quelle est la surface habitable estimée par habitant de la planète ?

La surface totale de la Terre est de 510 000 000 km2, forets, mer, désert compris. La surface des terres immergées est de 360 000 000 km2 (soit 70,7 %). Celle des terres émergées est de 149 000 000 km2 (soit 29,3 %). La surface des terres habitables(?)  134 000 000 km2 (soit 26,3%). La surface des forets tropicales est de Un milliard 700 millions d’hectares dont 800 millions au Brésil. Celle des des autres forets de Un milliard 800 millions d’hectares. Les surfaces inhabitables sont officiellement de Un milliard 500 millions d’hectares avec 7,7 milliards humains aujourd'hui et demain ?...

Sachant que la surface totale de la terre est de 510 millions de km2, soit 51 milliards d'hectares / 7,7 milliards d'habitants cela fait environ 7,4 hectares par humain, de terre, de mer et de désert. 29% de terre émergée (pour le moment, avant la fonte des glaces !) donc, 149 millions de km carré, désert compris = 14 milliards 900 millions d’hectares / 7,7 milliards humains = 2,2 hectares par humain de terre et de désert.

134 millions de km carré sont déclarés habitables, ce qui signifie que les forets semblent être considérées comme des zones fertiles et habitables. ( Un milliard 500 millions d'hectares seraient inhabitables et l’on dénombre 2 milliards 730 millions d’hectares de quasi-déserts).

Si l’on ôte les 2 milliards 730 millions d’hectares des quasi-déserts aux surfaces émergées de la planète on obtient : 12 milliards 170 millions d’hectares / 7,7 milliards d’humains = 1.75 hectare par humain de terre plus ou moins fertile, forets autres et forets tropicales comprises.

Sachant que l’effet de serre naturel remonte la température moyenne de la Planète, à chaque degré supplémentaire, les calottes glacières fondent, le niveau des mers monte et la surface habitable par habitant diminue.

Selon ces données, déjà, aujourd’hui, c’est 1,75 hectare par humain sans rien de prévu pour toutes les autres espèces terrestres: éléphants, rhinocéros, grands félins, chevaux, moutons petits mammifères divers ... donc, il y a réellement bien moins de 1,75 hectare par humain si l’on réserve de la place aux animaux..

Avec la dilapidation des terres arables, serait-il possible nourrir 10 milliards d'habitants par une agriculture peu énergivore et respectueuse de l'Environnement ?

"La planète souffre et sa guérison semble compromise. La pression exercée par l'humanité sur les écosystèmes est telle que nous consommons chaque année moitié plus de ressources que la Terre n'en fournit. A ce rythme, il nous faudra deux planètes pour répondre à nos besoins en 2030", s'alarmait déjà le WWF (Fonds mondial pour la nature) dans son rapport planète vivante 2012.

C'est ainsi que le Professeur d’agronomie, ex-titulaire de la chaire d’agriculture comparée et de développement agricole à AgroParisTech, Marc DUFUMIER prône un changement de paradigme agricole en refusant le modèle imposé par les industriels et en considérant les milieux naturels cultivés dans leur globalité et leur complexité. "Il n’y a pas de recette unique : chaque écosystème est différent. Mais il existe des points communs, comme faire usage du plus intensif à l’hectare de ce qui est le moins coûteux économiquement : l’énergie solaire, le gaz carbonique et l’azote atmosphérique pour que les plantes fabriquent glucides, lipides et protéines. Il faut également limiter au maximum l’emploi d’énergies fossiles et de produits de synthèse". Mais, assez surprenant il rajoute une affirmation "Pas d’inquiétude, on peut largement nourrir 10 milliards de personnes avec une agriculture intelligente et durable". Il évoque même la possibilité de nourrir ainsi 200 millions de Français... Il est vrai que jusqu'à la fin du 19 eme siècle l’agriculture traditionnelle, sans pétrole, sans engrais azotés et sans pesticides, est parvenue à nourrir de 1,5 milliard d’humains...Mais en mobilisant 90 % des humains dans cette activité.

Si l’agroécologie est certainement une formule adaptée au changement de paradigme qui s'impose, mais, elle reste toutefois une activité agraire complémentaire à d'autres le Bio, la permaculture et limitée à de petits nombres, car, comment pourrait-on nourrir demain 10 milliards,voire 15 milliards d'individus en mobilisant aujourd'hui 90% des humains à cette activité, sans avoir recours à un minimum de mécanisation, donc du gaz ou du pétrole et sans réduire les zones d’habitat de la faune ? Avec le niveau de vie Occidental, production - consommation - gaspillages... Pour avoir un équilibre naturel avec le nombre d’humainsce serait possible, mais à condition de ne pas dépasser les 300 à 400 millions d'habitants sur la terre.Les pollutions naturelles seraient naturellement absorbées et neutralisées. La diversité des espèces ne serait pas mise en danger. Les productions naturelles mettraient tout le monde à l’abri des famines. Mais voila c'est mission totalement impossible, car nous avons dépassé de 20 fois ce seuil.

Comme le fait observer Mr. Didier BARTHES porte parole national de l'association démographie Responsable ( https://www.demographie-responsable.org/qui-sommes-nous.html) : " Nul doute qu'à l'instar de Pierre RABHI, Marc DUFUMIER ne s'occupe que de nourrir et ne pas tenir compte de la nécessité de rendre des espaces au monde sauvage. Par une approche idéologique il refuse de prendre en compte  l'immense besoin d'un nombre toujours plus grand d'individus demandant des produits toujours moins cher (on a jamais dépensé si peu pour se nourrir). Il pense que cette agriculture industrielle s'est imposée par les méfaits de quelques uns et non par la nécessité du nombre. C'est l'approche assez classique dans le monde écolo que l'on peut qualifier d'approche par boucs émissaires. Il ne tient pas compte de l'histoire qui a décrit l'exact contraire de son propos, seule l'agriculture industrielle peut nourrir et a jamais nourri autant de gens. Certes Ce n'est pas durable, ce n'est pas sain, d'accord aussi et il faut changer, mais il faut avoir alors le courage d'évoquer les deux conséquences inévitables : nous nourrirons moins de gens et l'alimentation sera plus chère, c'est incontournable".

Pour conclure

Il ne faudrait pas oublier que l'empreinte écologique mesure la surface de terre et le volume d'eau nécessaire pour produire les ressources consommées par la population humaine chaque année, ainsi que sa capacité à absorber le dioxyde de carbone rejeté. Cette empreinte à l'échelle mondiale a plus que doublé depuis les années 1960 et excède donc plus de 50 % la biocapacité de la planète. S'il est évident que "l'agroécologie", même complétée par d'autres formes d'agriculture soucieuses de la protection des ressources et de la biodiversité ne pourra pas nourrir 10 ou 15 milliards d'Humains au niveau de vie Occidental actuel, sans avoir recours à la chimie et au pétrole,dont les réserves s'épuisent, encore faudrait-il éviter les surproductions par une agriculture intensive, dont la fluctuations des cours boursiers conduit souvent dans les pays riches à les déverser en décharge, ce qui est un comble!

 

 

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