Climat : A quoi serviraient les recommandations du GIEC si la démographie explose ?

Lundi 9 août, le GIEC a dévoilé un nouveau rapport des plus alarmant. Selon les experts, le dérèglement climatique est généralisé, rapide et s'intensifie. Il est indiscutable que par ses activités humaines et son nombre sans cesse croissant, l’homme contribue considérablement au changement climatique mondial, dont certains effets sont irréversibles.

L’influence humaine sur le changement climatique est aujourd’hui indiscutable

Il y a désormais une certitude, l’Homme affecte de très nombreux événements météorologiques et climatiques extrêmes (vagues de chaleur, pluies torrentielles, sécheresses, cyclones tropicaux…), rendus plus fréquents, plus intenses et qui ne peuvent que s’amplifier. Pour le GIEC, Au cours des prochaines décennies, les changements climatiques s'accentueront partout sur la planète le pourtour méditerranéen sera particulièrement affecté. Les conditions sèches, chaudes et venteuses qui favorisent et renforcent les feux de forêt vont s'accentuer à mesure de l'ampleur du réchauffement.

Le rapport du GIEC estime, par exemple, que les pluies extrêmes vont grimper de 7% à chaque degré supplémentaire. Pour Alok Sharma le président de la COP26 qui se déroulera à Glasgow en Novembre 2021, ce rapport est « l’avertissement le plus sévère » jamais lancé sur le fait que le comportement humain accélère de manière alarmante le réchauffement climatique ».

Le rapport du Giec soulève un autre point important, limiter le réchauffement à 1,5 °C permettrait d’éviter le développement de la pauvreté. Les premiers touchés par le changement climatique sont les plus pauvres. La hausse des températures assèche petit à petit les régions du Sud où la pêche et l’agriculture sont les principaux facteurs économiques. Et des maladies comme la malaria se développeront plus rapidement avec un climat favorable aux moustiques, sans compter le développement de pandémies, de plus en plus nombreuses partout sur la planète… Certes, rester en dessous des 1,5 °C coûtera trois à quatre fois plus cher que de ne rien faire, mais il n’y a pas d’autres choix possible.

Ce rapport du GIEC, fruit de trois ans du travail de 234 auteurs de 66 pays, s'appuyait sur plus de 14 000 références scientifiques, dont le résumé de 40 pages à été approuvées mot à mot par les 195 gouvernements membres du GIEC. Mais entre le fait d’approuver un rapport et le mettre en application, il y a un pas que l’espérance suscitée par l’accord de la COP 21 de Paris peut en faire douter… Désormais, la planète commence à se consumer, il y a urgence pour que les Gouvernants agissent le plus efficacement possible, mais en ont-il réellement la volonté ?...

Les recommandations du GIEC, qu’il faut certes appliquer, mais seront t-elles suffisantes si la démographie poursuit une croissance exponentielle

Les recommandations du GIEC doivent se traduire par des mesures d’urgence, mais parallèlement, si l’on aborde pas la question démographique, à terme, elle n’auront qu’un faible impact, sinon aucun sur une réelle efficacité des mesures prises.

Faut -il rappeler et rappeler encore qu’il nous a fallu plus de 200 000 ans pour atteindre 1 milliard d’habitants (1800 ans de notre ère). Puis à peine plus de 200 ans seulement pour arriver à 7,7 milliards. La population mondiale se situait à 3 milliards d’individus en 1960 et 3,7 milliards en 1970. Elle a grimpé rapidement pour franchir la barre des 5 milliards dès 1987. En 2009 il y avait 6,7 milliards d’habitants et 7,7 milliards en 2019, soit une augmentation d’un milliard d’habitants en une décennies. Sauf accident nucléaire majeur ou télescopage avec un astéroïde, les 8 milliards seront probablement atteints courant 2022. Si ce rythme se poursuivait ainsi, en 2050 il y aurait 11 milliards d’habitants et 16 milliards en 2100, soit une augmentation de 10 milliards en un siècle. (6 milliards en 2000)…

Pour mémoire, les populations mondiale par zone géographique au 1er Janvier 2021

Asie 4 679 661 000 - Afrique 1 373 486 000 - Europe 747 747 000 -  Amérique latine et Caraïbes  659 744 000 -  États-Unis et Canada   371 108 000 - Océanie 43 220 000 Monde 7 874 966 000

Evolution annuelle moyenne de la population dans le monde entre 1960 et 2019

(Source : ONU (World Population Prospects 2019).

Pour le monde 1,6 % - L’Afrique 2,6 % ₋ L’Amérique latine et caraïbes 1,8 % - L’Asie 1,7 % - l’Océanie 1,7 % Amérique du Nord 1,0 % - Europe 0,4 %

Comme on peut le constater par ces données, les pays les plus impactant sur le plan écologique et climatique que sont l’Europe et les USA ont eu une progression démographique moindre par rapport à d’autres pays d’ Amérique latine, Afrique, Asie. Les USA plus l’Europe (l’UE + Russie et autres pays Européens) représentent 14,6 % de la population mondiale en 2019 (4,8 % pour les USA, 9,8 % pour l’Europe), quand en 1960, les USA représentaient 6,8 % et l’Europe 20 % de la population mondiale, soit un total de 26,8%. Sauf que la population Mondiale était de 3 milliards d’habitants en 1960 et 7,7 milliards en 2019. Ce qui signifie par exemple que pour l’ensemble de l’Europe cela faisaient 20 % de la population mondiale de 3 milliards soit 600 millions d’habitants, quand en 2019 avec 9,8 % de 7,7 milliards cela représentait 754,6 millions, soit quand même une progression de 154,6 millions d’habitants.

Avec une une population qui a été quasiment multipliée par cinq, pour passer de 227 millions d’habitants en 1960 à plus d’un milliard en 2018, l’Afrique subsaharienne est la région qui a enregistré la plus forte croissance. La région Moyen-Orient et Afrique du Nord, la population a quadruplé, passant de 105 à 449 millions d’habitants.

Même en bloquant la consommation mondiale au niveau de celle de 2018, en 2050 avec une croissance de population qui évoluerait au rythme de la décennie 2009-2019, la consommation d’électricité augmenterait fortement ...

Par exemple : La consommation mondiale d’électricité était en 2018 de 3130 kW heure par habitant. La population mondiale était de 7,6 milliards d’habitants, soit 3130 kW heure X 7,6 milliards d’habitant= 23 788 milliards de kW/heures.

Avec la même consommation par habitant qu’en 2018, mais avec une population de 10 milliards d’habitants en 2050, cela ferait une consommation de 3130 kW/h X 10 milliards = 31 300 milliards de kW/heure, soit plus de 7 512 milliards de kW/heures. Si on y ajoute les besoins croissant de la nouvelle révolution numérique avec la robotisation et l’interconnexion des robots entre eux avec internet pour se substituer de plus en plus à l’activité humaine dans les entreprises, on peut imaginer les besoins en électricité supplémentaires qui seront nécessaire...

Autre exemple : en 2017, la consommation moyenne annuelle par habitant équivalent pétrole était de 1,9 tonnes, la population étant de 7,5 Milliards d’habitant, soit une consommation mondiale de 1,9 T X 7, 5 milliards = 14,25 milliards de tonnes.

Avec la même consommation par habitant qu’en 2017, mais avec une population de 10 milliards d’habitants en 2050, cela ferait une consommation de 19 milliards de tonnes, soit une progression de 4,75 milliards de tonnes.

Ces deux exemples démontrent que sans une décroissance démographique, mais aussi économique en repensant les rapports production – consommation par la résilience et l’économie circulaire, toutes les mesures prises dans le cadre des recommandations du GIEC seront vaines

Ce que préconise, entre autre, le GIEC : développement des « énergies renouvelables » et des villes plus vertes

Pour énergies « renouvelables » le Giec recommande une transition rapide des énergies fossiles vers les énergies « renouvelables ». Pour arriver à une baisse de 45 % des émissions de GES mondiales d’ici à 2030 (par rapport à 2010). Avec un objectif de 70 % d’énergie renouvelables d’énergie renouvelable en 2050 pour 7 % d’énergie fossile. Pour rappel, la France a inscrit dans la loi relative à la transition énergétique un objectif de 32 % d’énergie verte en 2030, alors que l’observatoire climat – énergie rapporte qu’en 2017 il y avait une diminution de 12,8 % de la part d’énergie renouvelable en 2016 et une augmentation globale de 6,7 % des émissions de gaz à effet de serre.

Les énergies dite « renouvelables «  ont besoin de ressources fossiles

Mais attention ! Les énergies « renouvelables » ne fonctionnent pas qu'avec le soleil et le vent, elles fonctionnent aussi grâce l'exploitation de ressources fossiles ,avec les terres rares, dont sont issus les métaux rares indispensable au numérique et à la fabrication des panneaux photovoltaïques ou des éoliennes.

Aujourd'hui, à l'échelle de l'économie mondiale, les terres rares sont considérées comme des métaux stratégiques. On retrouve ainsi des terres rares dans les batteries de voitures électriques et hybrides, dans les LED, les puces de smartphone, les écrans d'ordinateurs portables, les panneaux photovoltaïques, les éoliennes... L'industrie de la défense a elle aussi recours aux terres rares dans la fabrication de capteurs de radars et sonars ou de systèmes d'armes et de ciblage.
Il ne faut pas oublier, par exemple, que 40% d'énergie dite  » verte » exigera 200% de plus de cuivre et 100% d'énergie « verte », 500% de plus de cuivre. Le pic de cuivre se situera en 2030-2040 (Il n'existe pas de substitut réel pour le cuivre). Nous avons extrait 50% de tout le cuivre en seulement 30 ans. 

Au niveau actuel de consommation, sans progression de la population, en 2050 nous atteindrons les pics pour l'étain, l'argent, le nickel, le zinc, le cadmium... 

Ne pas négliger que la Chine, c'est 90 à 95% de la production mondiale, alors qu’elle ne détient que moins de 30 % des réserves mondiales. Elle alimente à elle seule toute la planète en terres rares. En 10 ans, elle a éradiqué la quasi-totalité de ses concurrents occidentaux par une guerre de prix destructive. Elle est devenue totalement « maître du jeu ». Plus les besoins seront importants en métaux rares, plus les prix augmenteront et il faut s’attendre à de sérieux problèmes politiques et économique avec la Chine.

Concernant des villes « plus vertes » : Il est évident que le développement des zones urbaines est un des facteurs du réchauffement. Le GIEC préconise aux villes d’éviter leur étalement, les constructions urbaines favorisant l’augmentation des températures. "Même quand le soleil se couche, les bâtiments gardent la chaleur et empêchent la baisse des températures dans les villes” explique Joël Guiot. Des solutions ancestrales existent, les villes méditerranéennes utilisent par exemple une pierre blanche qui renvoie les rayons du soleil. Contrairement aux villes du Nord fabriquées à base de briques qui absorbent l’énergie. Les zones urbaines doivent également donner plus de place aux zones végétalisées et aux plans d’eau pour faire baisser les températures et supprimer les climatisations qui font augmenter les gaz à effet de serre.

Il est aussi urgent de stopper la densification des centres urbains qui génère de l’étalement à la périphérie et repenser un meilleur rééquilibrage des territoires. Le télétravail , sous réserve de la mise en place d’espaces « coworking » dans les communes urbaines et au sein des intercommunalités rurales ou groupement de plusieurs de ces communes rapprochées peut grandement y aider.

Lorsqu’une commune atteint un certain seuil d’habitants en regard des espaces disponibles en terres agricoles, habitat, zones d’activités, et aménagements divers ( écoles, installations culturelles, sportives de loisirs…) il faut freiner, voire stopper l’arrivée de nouveaux habitant en refusant de nouveaux permis de construire…

L’urgence climatique imposerait que la COP 26 intégre la question démographique

Comme ne cesse de le réclamer l’association écologiste « démographie responsable »à chaque conférence climat (https://www.demographie-responsable.org/qui-sommes-nous.html) en plus de l'évaluation scientifique la plus complète pour les décideurs politiques, la question démographique devrait faire l’objet de la COP 26 qui se tiendra à Glasgow en Novembre 2021. Mais on peut en douter et pourtant...

Pour conclure

Désormais c’est une certitude, l’influence humaine sur le changement climatique est aujourd’hui indiscutable. Non seulement les mesures prises dans le cadre des recommandations du GIEC, mais aussi toutes les mesures envisagées lors des conférences nationales ou internationales pour le climat seront vaines si l’on aborde pas en urgence la question démographique pour une décroissance démographique choisie et la plus équitable possible.









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