Quand la planète brûle, la France s’orchestre une valse syndicale « jaunisante ».

2019 et le début 2020, la planète aura été marqué par des incendies cataclysmiques particulièrement meurtriers, notamment, pour la faune. En France, c’est le temps de la démesure, où le gouvernement orchestre, bien malgré lui, une longue valse syndicale « jaunisante » pour une réforme controversée des retraites, mais que nenni la planète pour les valseurs.

La démesure entre les problèmes Franco - Français des retraites et la situation écologique planétaire

Des gilets jaunes qui vont faire tous les samedis la valse des ronds points, drainant des individus violents, pour lesquels seules les casses diverses et les incendies sont leur seules formes d’expression. Pour la plus grande détresse des commerçants et des populations des zones urbaines concernées. Bien que celles-ci soient actuellement en fortes baisse, depuis plus d’un mois viennent se rajouter des grèves récurrentes qui affectent diverses professions. Les syndicats protestent contre un projet de réforme (ou plutôt de refonte des retraite) vraiment mal engagé par le Gouvernement. Mais, n’est-ce pas la démesure entre ces problèmes sociétaux Français et une réalité écologique et climatique planétaire autrement plus grave, voire cataclysmique à terme ?...

Au cours de l’année 2019 et au début de 2020, la planète a fait face à un nombre conséquent de feux jugés "sans précédent". Depuis le mois de septembre, on estime que plus de 5 millions d’hectares (5000 km2) ont brûlé en Australie, en proie à des incendies incontrôlables, dont l’impact des fumées a couvert 5 millions de km² , soit près de 80 % du territoire (7,692 millions de km2). Aujourd’hui dans certaines région de ce pays ce sont des trombes d’eau violentes ou des vents extrêmement violents qui englobent, par d’épaisses poussières, les grandes villes.

L’été dernier, des feux ont également ravagé la Sibérie, l’Arctique, le bassin du Congo, "deuxième poumon vert mondial" ou encore la forêt amazonienne ‘’premier poumon vert de la planète’’. Entre janvier et septembre 2019, le nombre d’incendies a augmenté de 41% par rapport à l’année précédente.

Une situation écologique catastrophique qui ne peut que s’aggraver

Si l’Homme a une part de responsabilité incontestable dans ces incendies cataclysmiques, le réchauffement climatique accroît considérablement l’amplitude des dégâts. Selon un récent rapport de l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM), 2019 se placera sur le podium des années les plus chaudes enregistrées depuis 1850. Entre janvier et octobre, note l’OMM, la température moyenne mondiale pour 2019 dépassait de 1,1° degré celle de la période préindustrielle (1850-1900). 

Il faut également avoir à l’esprit que, contrairement aux cinq précédentes extinctions des espèces, Pour la première fois l’homme est le seul responsable de la sixième extinction massive des espèces. Il est choquant et inadmissible de voir disparaître, dans l’indifférence des gouvernements des différents pays, notamment lors de la COP 25 en Espagne, près d’un million d’animaux avec la destruction totale de la biodiversité dans les incendies d’Australie. Egalement, jusqu'à un million d'espèces animales et végétales sont menacées d'extinction, dont beaucoup « dans les prochaines décennies », selon un projet de rapport de l'ONU sur la biodiversité. Même s’il est compliqué de savoir si une espèce a définitivement disparu, comme l’oiseau redécouvert en Birmanie, il y a bel et bien des animaux que nous ne reverrons plus sur cette planète que l’Homme, par son nombre et son économie productiviste, détruit progressivement. Malheureusement, nous ne pouvons pas faire l’inventaire de toutes les espèces qui disparaissent. C’est d’ailleurs pour cette raison que certains anciens animaux sont plus connus que d’autres, comme le dodo.

Pendant ce temps, malgré quelques ralentissements, en Europe, la croissance démographique se poursuit et nous atteindrons probablement vers la fin de cette année 2020 les 8 milliards d’habitants. Pour rappel, selon B. Sundquist de l’université du Minesota, à l'échelle du globe, les pertes de surfaces arables sont estimées en moyenne à 100 000 km2 par an, avec des impacts écologiques sans cesse toujours plus aggravés. En quarante ans, c’est donc 4 millions de km², soit à peu près la superficie des 28 pays de l’UE. Si l’on poursuit au rythme d’une augmentation d’un milliard d’habitants par décennie, comme pour la période 2009 – 2019,(de 6,7 à 7,7 milliards) il y aurait 10 milliards d’habitants en 2030, 12 milliards en 2050 et 17 milliards en 2100. A raison d ‘une perte annuelle de 100 000 km² de terres arable, en 2100 c’est plus de 8 millions de km² de terres arables qui auraient disparu, soit la superficie totale du Brésil ou près de 2 fois la superficie des pays de l’UE.

En regard de la planète qui brûle et la situation sociétale de la France, cela pourrait inspirer la métaphore d’un orchestre symphonique qui joue des partitions totalement désordonnées.

L'orchestre symphonique France est au fond à l’image de la société. Pas étonnant qu'il soit le reflet des mentalités de l'ensemble de la population. Sociologiquement, d'abord: « les cordes » dont les violons sont les vedettes (comme les élites de la société) et se comportent comme telles, non sans un certain mépris pour les contrebasses. Les contrebasses, c’est un peu comme » ces anonymes qui ne sont rien », mais soutiennent l'édifice. Au sein de chaque famille d'instruments, on assiste même à une hiérarchie selon la tessiture: à l'aigu le prestige de la mélodie, au grave le rôle effacé de l'accompagnement

Quand le chef d’orchestre a envisagé de mettre à l’ordre du jour sa partition « réforme des retraites » qui est complexe à jouer, il répète alors  :  » il ne s’agit pas de faire des économies ». Il n’y aura donc pas, promet-il, de nouvelles mesures d’âge (recul de l’âge légal de la retraite des musiciens ou nouvelles incitations à les faire jouer la musique plus longtemps pendant les séances).

Mais avant même que l’on ait commencé de jouer la première partition, voila que ressurgit le problème financier  ? L’impulsion est venue du premier violoniste Édouard Philippe (Premier accroc à la promesse du chef d’orchestre ou mise scène ?). Au printemps dernier plusieurs violons de l’orchestre estimaient que le public devrait payer plus pour financer la prise en charge des musiciens âgées et dépendants, donc il devrait rester un peu plus longtemps à écouter la musique. Le sujet reste en friche, la solidarité pour le grand âge des anciens musiciens a été repoussée aux représentations musicales du début de l’année 2020.

Le premier violon, Édouard Philippe avance désormais un autre argument : la nécessité d’avoir un régime de retraite fondé sur la solidarité intergénérationnelle pour les musiciens retraités qui soit à l’équilibre au moment de l’entrée en vigueur du nouveau système, c’est à dire en 2025, histoire de « repartir du bon pied ». Pour y parvenir, le bien nommé Édouard Philippe, en sa qualité de 1er violon et second derrière le chef d’orchestre ayant exclu une hausse du prix d’entrée ou une baisse des prestations musicales, reste donc un nouvel allongement de la durée de ces prestations musicales et des augmentations des recettes correspondantes, inclues dans le prix d’entré. Formule qui va dans le sens des souhaits exprimés par le MEDEF (Musiciens Entrepreneurs Dynamisant l’Economie Française).

Après avoir voulu imposer une taxe sur les instruments de musique, retirée depuis, le public avait protesté en occupant tous les samedis des ronds du pays.

Ce public qui en grand nombre se mit un gilet jaune, vociférait en agitant drapeaux et slogans, parfois insultants, à l’égard du chef d’orchestre et de ses musiciens. Par la suite, face à la musique imposée, ce sont d’autres musiciens qui par leurs syndicats suivirent.

Ne comprend plus rien à la musique jouée par l’orchestre et son maestro. Chaque fois que le chef d’orchestre veut améliorer ses partitions et sa musique pour répondre à certaines demandes de telle ou telle partie du public, cela devient de plus en plus incohérent et fâche encore plus les autres qui souhaiteraient entendre un autre son de musique.

Pour aggraver une situation dont il n’a pas conscience, le 1er violon va présenter ses projet de partition musicale devant l’assemblée chargée de les ratifier, sans avoir étudié préalablement le coût financier du montage musical et ses impacts musicaux sur le public …

De nombreuses voix se font entendre pour que le chef d’orchestre suspende son projet " véritable usine à gaz musicale" de manière à le retravailler sereinement, afin de le rendre plus cohérent pour donner satisfaction à un public le plus large possible… Mais à l’évidence, cela ne semble pas être la voie choisie, dommage pour les oreilles ! et attention à la réaction du public qui risque fort de ne point goûter la musique...

Pendant que l’orchestre de la république France joue des partitions de plus en plus confuses, à Davos, pour le climat, les ONG s’interrogent sur le choix des décideurs économiques

« Il y a une énorme progression de la prise de conscience au niveau des grands patrons, mais le défi est de la traduire aux échelons inférieurs, au sein de groupes gigantesques » aux chaînes de production complexes, insiste Marco Lambertini, secrétaire général du Fonds mondial pour la nature (WWF). Par ailleurs, dans une récente enquête du cabinet PwC auprès de presque 1 600 grands patrons, le changement climatique ne figurait même pas parmi les dix principales menaces pour l’économie mondiale pour 2020. Elles n’apparaissant qu’en onzième position.

Selon un rapport de Greenpeace publié mardi, dix banques régulièrement présentes à Davos ont à elles seules financé entre 2015 et 2018 le secteur des énergies fossiles à hauteur de 1 000 milliards de dollars. Le Forum lui-même a été parfois taxé d’hypocrisie climatique en raison du ballet de jets, d’hélicoptères et de limousines qu’il occasionne. Cette année, il tente toutefois de montrer l’exemple en bannissant les ustensiles à usage unique, en montant des buffets sans viande, en compensant les émissions carbone ou en prodiguant des conseils sur le carburant utilisé pour les avions privés. Mais cela ne reste t-il pas gadget en regard des impacts écologiques quotidiens dus aux comportements extérieurs à la conférence par ces mêmes participants au forum ?

On peut comprendre les réactions et les déclarations en préalable du forum de la jeune Greta Thunberg qui leur reproche de ne rien faire, au-delà des discours rassurants…

Pour conclure

Il est évident qu’entre le débat Franco-Français sur la réforme (ou refonte) des retraites, illustré ici par une métaphore, dont le projet est un pur produit de l’ »Enarchie » ministérielle, et la situation écologique cataclysmique qui se profile à l’horizon, c’est la démesure. Cette situation ne va guère s’améliorer quand on sait, par exemple, qu’il faut diviser par trois nos émissions de CO2 et que ce ne sera pas possible. La planète peut absorber 3 milliards de tonnes et nous en émettons 1O milliards, l’augmentation de CO2 va encore s"accélérer. En 2O2O auront lieu les JO a Tokyo, et 2024 à Paris, combien de milliers tonnes de pétrole consommées et de CO2 pour les travaux d’infrastructures ?...

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.