À propos de l’accord de paix entre Israël et le Hamas palestinien
L’accord de paix conclu entre Israël et le Hamas palestinien autorise la mise en place d’une force de stabilisation internationale chargée notamment de‘’ la sécurisation des frontières en coopération avec Israël et l'Égypte, de la démilitarisation de Gaza, et du désarmement ‘’'des groupes armés non étatiques'", Cette force, doit aussi assurer "la protection des civils et la formation d'une police palestinienne".
La résolution de l’ONU, approuvée par 13 membres, dont la France, la Chine et la Russie s’étant abstenues, donne mandat à cette force jusqu’au 31 décembre 2027. Elle lui confère également un rôle d’« organe de gouvernance et de transition » jusqu’à l’application complète de l’Autorité palestinienne.
Selon le plan en vingt points annexé à cette résolution, ce comité serait présidé par Donald Trump lui-même.
Pour la classe politique internationale et les médias qui la relaient, il s’agirait d’« une victoire diplomatique majeure pour l’administration américaine de Donald Trump». Les États-Unis ont par ailleurs mis en avant le soutien de plusieurs pays arabes et musulmans (Qatar, Égypte, Émirats arabes unis, Arabie saoudite, Indonésie, Pakistan, Jordanie, Turquie).
Cependant, à l’instar de certains spécialistes du Moyen-Orient, plusieurs États membres impliqués dans les mandats du Comité de la paix et de la force de stabilisation n’hésitent pas à redouter, sous une autre forme, un retour comparable à la période de l’occupation britannique de la Palestine, avec les conséquences que l’on peut imaginer.
Une violation du droit international comme levier politique
Il faut se rendre à l’évidence : aussi louable soit-il, cet accord, obtenu à la suite d’une intervention militaire américaine, constitue une violation du droit international. Donald Trump ne pouvait l’ignorer lorsqu’il a imposé la mise en place d’une force de stabilisation internationale dont il s’est arrogé la présidence.
Cette force, organe de gouvernance transitoire, lui sert à l’évidence de tremplin pour assembler les pièces d’un vaste puzzle mondial à travers son « Conseil de la paix ». Cet organisme, qu’il dirige seul, est d’abord destiné à administrer la reconstruction de la bande de Gaza, ravagée par deux années de guerre. Mais le président américain ne compte manifestement pas s’arrêter là.
Son objectif affiché est de se substituer progressivement à l’ONU. « Cela va commencer par Gaza, puis nous nous attaquerons aux autres conflits au fur et à mesure qu’ils surviendront », a-t-il déclaré. Il s’agit, autrement dit, de créer un nouveau forum de médiation internationale placé sous son autorité directe, marginalisant de fait les Nations unies.
Plusieurs dirigeants ont déjà accepté d’y participer, parmi lesquels le roi du Maroc, Viktor Orbán (Hongrie), Javier Milei (Argentine) ou Kassym-Jomart Tokaïev (Kazakhstan). D’autres pays ont été conviés, comme l’Italie, le Canada, l’Inde, le Pakistan, le Vietnam ou l’Albanie, sans compter des acteurs majeurs du Moyen-Orient (Égypte, Jordanie, Émirats arabes unis, Turquie, Qatar).
Le texte fondateur de ce conseil précise que le président américain en est l’unique maître d’œuvre : il dispose d’un droit de veto sur les candidatures et peut imposer seul des révocations. Seul un vote à la majorité des deux tiers des États membres pourrait théoriquement le contraindre, mais compte tenu de la proximité idéologique de la plupart d’entre eux avec la Maison-Blanche, cette hypothèse paraît peu probable.
Interventions américaines et violations répétées du droit international
Le cas du Venezuela
Concernant l’intervention américaine au Venezuela, rares sont ceux, hormis certains soutiens politiques locaux ou internationaux, qui regretteraient la chute du régime autoritaire de Nicolás Maduro. Ancien conducteur de bus et syndicaliste, celui-ci aurait, selon de nombreux observateurs, largement profité de la rente pétrolière tout en ruinant son pays, provoquant l’exil de millions de Vénézuéliens et manipulant les élections.
Cependant, il serait naïf de croire que l’action « pour la démocratie » menée par Donald Trump, qui a de facto placé le pays sous contrôle américain en désignant une gouvernance à sa solde, était dénuée d’intérêts économiques, notamment pétroliers. Là encore, le droit international a été violé.
L’Iran : une limite stratégique
Si une opération similaire avait été menée en Iran, il est probable que ni une grande partie du peuple iranien, écrasé par une crise économique sévère et une répression sanglante, ni une partie de la communauté internationale ne se seraient apitoyés sur le sort du régime des ayatollahs.
Mais l’Iran n’est pas le Venezuela : s’en emparer pour ses ressources pétrolières aurait été infiniment plus dangereux et complexe, compte tenu de ses alliances et de la solidarité potentielle des pays musulmans, malgré leurs divisions internes. Les menaces d’intervention proférées par Donald Trump sont restées, sur ce point, largement rhétoriques.
Le Groenland : une menace d’annexion aux conséquences explosives
Autre exemple de mépris du droit international : la volonté affichée par Donald Trump d’annexer le Groenland, territoire associé au Danemark. Ne pas exclure l’usage de la force pour s’approprier les richesses de son sous-sol revient à menacer un pays membre de l’OTAN.
La France, avec ses territoires ultramarins riches en ressources, notamment la Nouvelle-Calédonie qui possède 25 % des réserves mondiales de Nikel (nickel) ou Saint-Pierre-et-Miquelon, ne serait pas non plus à l’abri, si l’on se réfère à certaines déclarations du président américain.
Si un pays membre de l’OTAN venait à annexer par la force tout ou partie d’un autre État de l’Alliance, entraînant une réaction militaire de ses alliés, cela signerait de facto la fin de l’OTAN. Une telle situation, aux conséquences géopolitiques désastreuses, ne pourrait que réjouir des acteurs comme Vladimir Poutine.
Donald Trump affirme que les États-Unis useront de la « manière douce » ou de la « manière forte » pour acquérir le Groenland, invoquant une menace russe ou chinoise pourtant largement fantasmée. Les États-Unis sont présents au Groenland depuis les années 1950, où ils y ont eut jusqu’à 17 bases militaires, ils en possèdent encore une et ne sont pas menacés. Certes il semble aujourd'hui être revenu sur ses précédentes déclarations, tant pour sa guerre économique avec l'Europe avec les taux d'intérêts, que pour l'annexion de Groenland, mais avec ce personnage, sait jamais?
Le retour assumé de la loi du plus fort
Avec Donald Trump, nous assistons à un retour assumé à un monde westphalien, ou plutôt à un monde dont nous ne sommes jamais réellement sortis, où la raison du plus fort prévaut sur toute autre considération.
Déjà, au Ve siècle avant notre ère, Thucydide écrivait dans le Dialogue mélien :
« La justice n’entre en ligne de compte que lorsque les forces sont égales ; sinon, les forts font ce qu’ils peuvent et les faibles subissent ce qu’ils doivent. »
Dans ce contexte, seule la dissuasion, nucléaire, avec des missiles hypersonique, guidage numérique et fondée sur l’IA, semble aujourd’hui réellement efficace. Les considérations démographiques ou conventionnelles ne suffisent plus.
Conclusion
Un changement de paradigme s’impose. La croissance démographique mondiale, l’explosion des besoins énergétiques et l’épuisement accéléré des ressources naturelles ne peuvent qu’engendrer des conflits de plus en plus violents, fondés sur la loi du plus fort, au mépris croissant du droit international.