Ce billet a été écrit il y a plus d’un an et je ne l’ai pas remis à jour, donc les infos administratives sont à prendre sous toutes réserves, même si je ne suis crois pas qu’il y ait eu des modifications.

 

Pourquoi cette publication ? En réaction au billet de e5k1m0 et aux commentaires, même s’ils étaient plutôt consacrés aux radars, ici :

http://blogs.mediapart.fr/blog/e5k1m0/020513/oui-la-securite-routiere-non-aux-radars-tirelires

 

SECURITE ROUTIERE  PERMIS A POINT

 

Avant toutes choses je tiens à préciser que je suis pour le permis à point, pas parce qu’il met hors circuit tous les ans de nombreux conducteurs (ceux là resteront incorrigibles où roulent sans leur permis), mais parce qu’il ouvre les yeux et surtout le cerveau de la majorité des conducteurs (le mien entre autre), par un signal de défaut de comportement.

 

Pourquoi ce sujet ?

Il se trouve que ayant perdu quelques points j’ai fait récemment un stage de récupération, perte de 5 points en moins de deux ans alors que je conduis depuis bientôt 40 ans, et toutes sortes de véhicules à 2, 3 et 4 roues et que j’étais à 12 points depuis son invention (j’ai connu le avant).

Pourquoi cette élévation brusque de mon inaptidude ?

La réponse est venue lors du stage. Sont présents 15 élèves et 2 professeurs. Un psychologue diplômé et un expert en cours de conduite automobile. J’ai de la chance, ce psychologue est un des créateurs de l’entreprise qui a inventé le permis à point.

En ce moment nous confie t-il, il travaille avec le Maroc pour installer la même solution. Quelle chance ils ont, nos copains marocains.

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Le cours commence par un tour de table des élèves qui expliquent la raison de leur présence.

Pour une huitaine ce sont des jeunes à qui il ne reste qu’un point, dont un motard.

Les autres sont à peine plus jeunes que moi avec 3 ou 4 points au compteur.

J’explique mon cas, le psychologue m’interroge. Ais je eu ces dernières années une recrudescence de problèmes dans ma vie personnelle ? Oui, évidemment, depuis quelques années je vais plus souvent à des enterrements familiaux, un divorce, un stage involontaire de quelques mois en hôpital.

 

Vous êtes dans les stats me répond ce psychologue, on a constaté que les ennuis répétés sont des facilitateurs de perte de point. Je lui suggère de demander la création d’un badge comme pour les handicapés, que nous pourrions présenter à la maréchaussée lors des verbalisations pour diminuer les peines encourues. Négatif me répond t-il, vous feriez encore moins attention. Rien à redire, manifestement faire des études de psychologie ne rend pas con.

 

Puis le moniteur prend la parole pour nous expliquer les fautes souvent commises. Il explique qu’il y a deux catégories de conducteurs, les pousseurs et les poussés.

Les pousseurs sont convaincus de posséder un haut niveau de compétence, ils ne conduisent pas, ils pilotent. Ils se définissent souvent comme des professionnels de la route et ne font jamais d’erreur. Les règles de conduite brimantes ne sont pas pour eux, mais plutôt pour les autres. Ils sont pressés d’arriver et ca ne va jamais assez vite pour eux et c’est souvent eux qui sont victimes des pertes de points.

Les poussés, ce sont les pas pressés, les lents, ceux qui gênent, les maniaques du code de la route. On les reconnaît facilement, il y a toujours une file de voiture collée derrière eux. Un poussé peut à lui tout seul gêner une grande quantité de pousseurs, ce qui est mauvais pour leur tension.

Un nouveau tour de table est organisé, chacun expliquant s’il est pousseur ou poussé. Certains sont les deux suivant le jour de la semaine et même le moment de la journée.

 

Pour éviter tout commentaire mal intentionné, je signale que je suis un ancien pousseur reconverti en poussé depuis plus d’une vingtaine d’année (naissance du premier). Qu’est ce qu’ils conduisaient mal les vieux, avant !

 

Pour permettre à ceux qui en ont envie, de commenter agressivement, je rajouterais ceci : A chaque fois que j’entends un gars (c’est rarement une fille) me dire que lui il est un professionnel de la route, il fait 40.000 km par an, c’est pour son boulot qu’il roule, et que donc la loi devrait être moins sévère pour lui, j’ai envie de lui répondre :

Pauvre con, c’est parce que tu es un soit disant professionnel de la route que tu devrais être zéro défaut, la loi devrait être plus sévère pour toi, comme elle l’est pour un mécanicien par rapport à un bricoleur du dimanche. Un médecin a-t-il le droit aux erreurs médicales ? Non il assume et peut se retrouver devant les tribunaux. C’était un message pour les routiers sympas et les commerciaux voyageurs.  

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Revenons à notre stage. Parmi les fautes commises et entrainant des accidents graves, le moniteur nous signale le raté de l’observation à un stop ou à une balise. On nous montre une diapo sur laquelle un conducteur franchit un carrefour malgré la venue d’un motard sur sa droite. Le conducteur qui a survécu, a soutenu après l’accident n’avoir pas vu ce motard, le pauvre motard lui, n’avait plus rien à dire. Voici l’explication scientifique de ce qui s’est sans doute passé : Le conducteur a bien regardé sur sa droite, mais n’a pas assez tourné la tête de sorte qu’il a eu une vision monoculaire de ce motard. Hors, il y a un endroit de la cornée qui est aveugle sur chacun de nos yeux, celui où se forme le nerf optique. Si le motard était dans cet angle le conducteur ne l’a pas vu. D’où l’importance de tourner franchement la tête pour contrôler l’absence d’autres véhicules, afin d’utiliser les deux yeux, l’un palliant l’angle mort de l’autre.

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Le moniteur nous confirme aussi que le fait de ne pas avoir de vision arrière est normal sauf pour les extra terrestres, et que c’est pour cela qu’ont été inventés les rétroviseurs. Leur utilisation pour le maquillage, l’extraction des points noirs ne doit pas prendre la prépondérance sur l’observation du monde extérieur.

 

Une autre faute fréquente est la mauvaise estimation des distances d’arrêt. La croyance qu’une voiture de luxe ou de sport freine beaucoup mieux qu’une autre est fausse. Des chiffres pour une Porsche et une petite berline de ville montrent qu’il n’y a que quelques mètres d’écart. De plus les constructeurs le font exprès, ils ont l’obligation de respecter des normes européennes, car il serait dangereux de mettre sur la route en même temps des véhicules qui,  roulant à la même vitesse, s’arrêteraient en 50 m et d’autres en 100 m. 

 

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Des exercices de calcul sont organisés pour estimer les distances d’arrêt. Tout le monde a sous estimé ces distances, même les matheux. Nous apprenons et vérifions par un test que le temps moyen pour que le cerveau fasse l’analyse, déclenche l’influx nerveux et que le muscle réagisse, est au minimum d’une seconde. A 130 Km/h le véhicule parcourt 36 m en 1 s. A 50 Km/h  13 m. D’où la création des zones 30 Km/h pour laisser un peu plus de chance aux piétons, surtout qu’il faut rajouter la distance de freinage à la distance de réaction. Il est toujours possible de s’équiper d’accessoires pour diminuer les distances.

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Quelques statistiques :

La courbe des tués de  1960 à 2010 montre un pic en 1970 à 18000 morts/an et redescend à 4000 en 2010.

La répartition des tués par catégories d’usagers, piétons 12%, vélo 4%, cycle 6%, motos 18%, VL 54%, poids lourds 4%, super lourds 2%.

En motos 92% des tués sont des hommes, pour les autres catégories 61%.

Répartition des tués par âge, 25-44 ans 27%, 45-64 ans 25%, 18-24 ans 21%, 0-14 ans 18%.

77% des accidents ont lieu sur terrain plat, chaussée en bon état, conditions normales, adhérence normale, en ligne droite et seul.

Toutes catégories confondues seul 29% des tués sur la route sont des femmes.

Recettes des amendes 12 milliards d’euros.

Coût sociétal des accidents (soins, fermeture d’entreprise etc.) évalué à 24 milliards d’euros.   

 

Le reste du cours est consacré à la législation, je vous en fais grâce (presque).

 

Une chose que j’ignorais est la façon de récupérer des points. (Attention, je tiens compte de la nouvelle loi).

5 possibilités :

1/  Trois ans sans infraction = compteur remis à 12 points.

2/ Deux ans au lieu de trois pour les infractions suivantes, circulation sur bande d’urgence et oubli des clignotants.

3/  Récupérations au bout de six mois sans aucune infraction, des infractions à 1 point suivantes : Excès de vitesse de moins de 20 km/h et chevauchement de ligne continue. (1 an avant).

4/  Stage possible tous les ans = 4 points récupérés. (Tous les 2 ans avant).

5/  Récupérations automatique des points des infractions vielles de 10 ans.

 

Si on arrive à 0 points, invalidation des permis pendant 6 mois, et 3 démarches à entreprendre pour les retrouver.

1/  Passer une  visite médicale (la même que pour le poids lourd).

2/  Passer des tests de psychologie.

3/  Repasser le code

Ces démarches peuvent être faîtes pendant les 6 mois d’abstinence, mais le permis n’est rendu qu’à la fin des 6 mois.

 

Le truc à connaître : La préfecture envoie l’information du passage à 0 point par recommandé avec AR. Si on est dans ce cas, ne pas aller le chercher (il reste 15 jours à la poste), et passer un stage de récupération en urgence, la date de valeur des 4 points récupérés est le deuxième jour du stage. Aller chercher son recommandé 2 jours après le stage, c’est cette date qui est retenue pour le retrait des points perdus avant. Evidemment si la dernière infraction est à 4 ou 6 points, c’est mort.

(Exemple : 1 point restant + 4 points du stage – 2 points pour petit excès = reste 3 points, alors que 1 point restant – 2 points petits excès + 4 points du stage = permis à repasser dans 6 mois).

 

Donc deuxième conseil, ne pas attendre d’être à 4 points ou moins pour faire un stage de deux jours dont le coût moyen est de 250 à 300 euros.

 

Troisième conseil, respecter la règlementation qui n’est pas faîte que pour nous emmerder, mais plutôt pour permettre le partage de l’espace public entre des tas d’espèces différentes, de mémé en roller, au 5 essieux de 40 tonnes, en passant par le hérisson pour qui les limaces sont toujours plus grosses de l’autre côté de la route.

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Détails sur la loi Loppsi2.

La Loi n° 2011-267 du 14 mars 2011 d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité (LOPPSI 2) parue au Journal Officiel du 15 mars 2011 prévoit notamment les dispositions suivantes concernant le permis à points (articles L223-1 et L223-6 du code de la route) :

1) STAGE DE SENSIBILISATION A LA SECURITE ROUTIERE

Le délai entre deux stages de récupération de points est maintenant fixé à 1 an, au lieu de 2 ans (article L.223-6 du code de la route)

 

2) RECUPERATION D'UN POINT AU TERME D'UN DELAI DE SIX MOIS

En cas d'infraction ayant entraîné la perte d'un seul point, la nouvelle rédaction de l'article L 223-6 du code de la route ramène à 6 mois (au lieu d'un an auparavant) le délai pour la réattribution de ce point, si le titulaire du permis n'a pas commis une autre infraction avec retrait de points dans l'intervalle. Ce dispositif ne concerne que deux infractions :

Excès de vitesse de moins de 20 km/h.

Chevauchement de ligne continue.

 

3) LA RECONSTITUTION DU CAPITAL POINTS (12/12)

Le délai de reconstitution du capital point est ramené de 3 à 2 ans si le conducteur n'a pas commis dans cette période une nouvelle infraction ayant donné lieu à retrait de points.

Le conducteur peut prétendre au délai de 2 ans que s'il n'a commis que des infractions des trois premières classes. Celles-ci ne concernent que 4 infractions :

L’usage d'un téléphone tenu en main par le conducteur d'un véhicule en circulation;

La circulation sur une bande d'arrêt d'urgence.

L’excès de vitesse inférieur à 20 km/h (quand la vitesse maximale autorisée est supérieur à 50 km/h, soit hors agglomération).

Le changement de direction d'un véhicule sans avertissement préalable (tourner sans clignotant).

Cette mesure ne s’applique pas :

Aux jeunes conducteurs, ni aux personnes ayant repassé leur permis et se trouvant en période probatoire (seule la réattribution d'un point à l'issue du délai de 6 mois peut s'appliquer pendant la période probatoire).

Aux conducteurs qui ont commis une infraction ayant entraîné un retrait de points classé en "délit"  ou "contraventions de quatrième ou cinquième classe".

Ces dispositions sont d'application immédiate mais la réglementation précise qu'elles ne s'appliquent qu'aux infractions à compter du premier janvier 2011 et aux infractions antérieures qui n'auraient pas été jugées à cette date.

 

4) CREATION D'UN NOUVEAU DELIT CONTRE LE TRAFIC DE POINTS

Nouveau délit pour lutter contre le trafic de points (achat ou vente de points du permis de conduire) : ce comportement sera désormais puni d'une peine de 6 mois d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende. Cette disposition s'applique aux faits commis à compter du 16 mars 2011, lendemain de la publication de la loi.

 

A l’étude une nouvelle loi pour passer à 8 points le retrait pour délit de grande vitesse. Elle sera votée après les élections.

 

Rappel (texte de mars 2012 non mis à jour).

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