Retraite de Macron : l’escroquerie du 21e siècle.

Ce billet sera consacré non pas au départ prochain en retraite de Macron, mais à la réforme de nos systèmes de retraite qu’il nous impose sans véritable concertation, soi-disant pour améliorer la solidarité. En réalité ce sera le contraire.

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Les informations présentées dans ce billet sont issues de deux articles de l’Opinion.fr

https://www.lopinion.fr/edition/economie/bruno-chretien-ips-retraites-cela-n-a-aucun-sens-vouloir-faire-entrer-197680

https://www.lopinion.fr/edition/economie/rendement-cotisations-reversion-trois-cachotteries-rapport-delevoye-197685

Les extraits cités sont en Italique.

Première escroquerie : le rendement annoncé est bidonné.

Delevoye promet un rendement de 5.5% soit un montant de 5.50 euros par mois pour 100 euro cotisés. C’est un mensonge il n’a pas tenu compte des 2.81% cotisés pour la solidarité qui ne donnent pas droit à des points.

Le rendement réel sera de 4.95% soit 4.95 euros par mois pour 100 euro cotisés, un montant inférieur de 10% à sa promesse.

 

Deuxième escroquerie : Création d’une injustice favorable aux hauts salaires. Les cotisations (salariales et patronales) des indépendants et des salariés vont augmenter pour les salaires inférieurs à 121 572 euros et vont baisser pour les salaires au dessus.

Il est prévu que les cotisations retraite soient à 28,12 % des salaires, pour des salaires inférieurs ou égaux à trois plafonds de la Sécurité sociale, soit 121 572 euros par an. Selon les calculs de l’IPS : Pour un salaire de 50000 euros, il faudra cotiser 112 euros de plus : 13 euros pour le salarié, 99 euros pour l’employeur. Pour une rémunération de 100 000 euros, il faudra cotiser 702 euros de plus (508 euros supplémentaires pour le salarié et 194 euros pour l’employeur) et pour un salaire de 121 572 euros (le plafond), la hausse de cotisations serait de 956 euros (721 à la charge du salarié et 235 à celle de l’entreprise).

Les « riches » participeront moins à la solidarité à l’intérieur du futur système universel. En bloquant les cotisations à trois plafonds de la Sécurité Sociale, là où les salariés cotisent aujourd’hui jusqu’à huit plafonds, le futur régime va perdre toute une masse de cotisations, notamment celles versées pour les plus les salariés à gros salaire. Or, ces cotisations comportent une large part « non contributive », qui ne leur procure aucun droit à retraite, mais qui participe à la solidarité en faveur des salariés les moins rémunérés. L’IPS a fait le calcul. Pour un salarié rémunéré à 120 000 euros par an (3 plafonds), c’est 6 330 euros de cotisation de solidarité ou de redistribution en moins par an, et c’est beaucoup plus pour quelqu’un d’encore mieux rémunéré : 11 922 euros en moins pour une rémunération de 200 000 euros (5 plafonds) ou 20 777 euros pour 320 000 euros (8 plafonds). Il va falloir trouver ces sommes ailleurs pour maintenir un haut niveau de solidarité dans le régime.

Ce dispositif aura des effets pervers, les salariés à forte rémunération auront une retraite qui dépendra majoritairement de leurs efforts personnels. Les salariés les plus aisés auront ainsi leurs propres règles, avec un risque de désolidarisation : le sort de la retraite des autres Français risque de ne plus les intéresser, ni les mobiliser. Le dispositif imaginé créera ainsi une inégalité entre les Français, alors même que le régime universel est censé les gommer !

 

Troisième escroquerie : Sept ans de perdus sur le versement des pensions de réversion et création d’ultra pauvres entre 55 et 62 ans qui se retrouveront sans pension.

Dans le futur régime universel, le conjoint survivant pourra voir sa propre pension complétée, pour atteindre 70 % du montant des deux pensions du couple. Il y aura des gagnants et des perdants, le cas extrême (mai pas rare...) étant celui des veufs ou veuves qui n’auront plus droit à rien, puisqu’avec leur propre pension, ils perçoivent déjà une pension supérieure ou égale à 70 % des deux pensions du couple. Ce changement complet de philosophie, aux effets redistributifs au sein des couples, a bien été documenté.

Mais ce que l’on a moins remarqué, c’est que le droit à pension de réversion sera ouvert à compter de 62 ans dans le régime universel, « contre 55 ans aujourd’hui pour les salariés du privé. Au passage, c’est sept ans de versement de pension en moins ! Comment seront pris en charge les veufs et les veuves âgés entre 55 et 62 ans ? » s’interroge Bruno Chrétien.

 

Quatrième escroquerie : La captation des réserves que certaines caisses ont constituées, pour combler les déficits des régimes déjà gérés par l’Etat.

 

Cinquième escroquerie : C’est le ministère des Finances qui aura tous les pouvoirs.

Au vu de l’organisation envisagée, le conseil d’administration, l’assemblée générale, le comité d’expertise indépendant et le conseil citoyen ne seront qu’un cosmétique de façade masquant la toute-puissance du ministère des Finances, dont les vraies décisions seront prises dans les lois de finances annuelles. De plus, mettre l’ensemble du dispositif dans les mains du même décideur, l’Etat, est dangereux. Parce qu’il réagit parfois dans une optique électorale ou que peuvent arriver à sa tête les partis extrémistes, qui pourraient faire peu de cas du pactole des retraites – 315 milliards d’euros de pensions versés chaque année !

 

En résumé on voit que nous avons tout à perdre avec ce nouveau système : Nos réserves financières, nos droits à la gestion de nos caisses, et surtout la solidarité entre riches et pauvres et entre jeunes et vieux. 

Nous allons inévitablement vers un système à l’américaine qui sera ultra sensible aux crises financières que le capitalisme nous impose tous les 15 ans.

Jeunes d’aujourd’hui qui n’êtes pas né à Neuilly et qui n’êtes pas fils de notaire, si vous laissez faire, ce n’est pas jusqu’à 64 ans que vous allez bosser mais jusqu’à votre mort.

 

 

Pour approfondir, le rapport de l’IPS :

https://www.institut-de-la-protection-sociale.fr/communique-presse/solidarite-gouvernance-financement-linquietant-visage-du-futur-systeme-des-retraites/

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