FAUX COMPTES MACRONIENS, par François Coq.

Grossière manipulation du pouvoir. 150.000 c'est trop de marcheurs contre sa politique anti sociale, alors Macron fait truquer les comptes. Une « indiscrétion » savamment orchestrée ramenait les 150.000 personnes qui ont afflué entre Bastille et République à un maigre 30.000. La grossièreté de la manœuvre est en soi une victoire.

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Sep23par francoiscocq

Ce samedi, à l’occasion de la marche contre le coup d’état social de M. Macron, le peuple pensait être à l’abri des manipulations du pouvoir tant il s’est déversé dans le calme et la sérénité dans les rues de Paris. Mais par delà la résolution des marcheurs, le nombre fait sens. Trop au goût de M. Macron. Voilà donc que, contre toute habitude pour une mobilisation à caractère politique comme c’était le cas, une « indiscrétion » savamment orchestrée ramenait les 150.000 personnes qui ont afflué entre Bastille et République à un maigre 30.000. La grossièreté de la manœuvre est en soi une victoire.

Regardons-y de plus près. Vous n’êtes pas obligés de me croire quand je vous dis qu’en grimpant sur scène pour rejoindre Jean-Luc Mélenchon sur le coup de 18h et chanter à ses côtés La Marseillaise à la fin de son discours on apercevait au loin une foule innombrable encore bloquée dans le boulevard Beaumarchais et n’ayant pu accéder à la place de la République. Mais peut-être les quelques clichés ci-dessus vous donneront-ils un aperçu, certes partiel, de la puissance du rassemblement.

Mais finalement peu importe. Il n’est pas besoin de justifier la vague populaire qui a déferlé ce samedi. Les manipulations du pouvoir valent toutes les preuves. Car, fait non pas inédit mais inhabituel (Hollande et son secrétaire général de l’Elysée, un certain Macron, avaient il y a quatre ans émis un chiffre ridiculement bas à l’occasion de la marche contre l’austérité du Front de Gauche), aucun chiffre du nombre de manifestants n’est en règle générale donné à l’occasion des mobilisations à caractère politique. Chacun comprend pourquoi. Quoi de plus facile sinon pour le pouvoir en place que de minimiser les initiatives de ses opposants et qui sait, demain, maximiser celles qu’il appellerait en sous main. On n’est pas au Venezuela que diable !

Pourtant cette fois, un chiffre est tombé. La « préfecture de police de Paris » a communiqué un chiffre. Mais en off ! Et uniquement à certains medias. Comme l’indique le Desintox de Libération, peu suspect de faire du Mélencho-prosélytisme, la « préfecture » leur a déclaré suite à leurs interrogations sur la donnée d’un tel chiffre : « on l’a communiqué en off, en le sourçant police, à titre indicatif » ! Avant de chercher piteusement à justifier la sortie d’un tel chiffre par un décompte qui aurait été effectué pour raisons de sécurité mais qui, on ne sait comment, aurait été rendu public. On entre dans le grotesque.

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Ne tournons pas autour du pot : la préfecture de police, entité républicaine, est peu suspecte de trafiquer la vérité et de déroger aux principes qui régissent notre organisation sociale et démocratique. « La préfecture de police » n’a donc pas émis de chiffre en tant que telle. Au contraire, elle s’est même félicitée officiellement de la bonne tenue de cette marche en termes de sécurité, saluant au passage les qualités de l’organisation de La France Insoumise (voir ci-contre). Par contre, une intervention politique est venue introduire un chiffre volontairement minorant pour protéger M. Macron et sa politique.

Alors bien sûr cela peut marcher avec une Nathalie Saint-Cricq qui, bénie-oui-oui du pouvoir, reprend le chiffre à son compte au 20h de France 2 pour clamer l’échec de Jean-Luc Mélenchon. Mais pour les gens qui font appel au bon sens, et c’est le grand nombre qui ne succombent plus aux mensonges des dominants, une telle manipulation est surtout le signe d’une incroyable fébrilité de l’appareil macronien. Celle-ci était déjà apparue le 12 septembre quand, à l’aide de comptes d’apothicaire, le pouvoir avait cru bon d’annoncer 223.000 manifestants dans toute la France (contre les 500.000 annoncés par les syndicats), soit très exactement 1000 de moins que lors de la première manifestation contre la loi travail le 9 mars 2016. On savait dès lors à quoi s’en tenir.

Mais cette fois, par la grossièreté de la manœuvre, on découvre que tandis que la rue porte les aspirations du peuple français pour dénoncer la subversion de l’ordre public social républicain par les ordonnances de M. Macron, c’est le pouvoir en place qui s’essaie à subvertir l’ordre public démocratique en falsifiant les chiffres et la vérité. Que ceux-là voudraient nous donner raison d’en avoir appelé à une marche contre le coup d’état social qu’ils ne s’y prendraient pas autrement.

Par François Coq le 23 septembre 2017.

https://francoiscocq.fr/2017/09/23/faux-comptes-macroniens/#more-3794

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