François Fillon - Le renoncement qui s’annonce

Par Danyel Gill - Si François Fillon ne renonce pas, il sera empêché, donc il renoncera. Forcé ou inévitable, c’est la seule issue morale pour son camp. Sa légitimité sera bientôt dépassé par une cause impérieuse : la survie de la droite. Aujourd’hui son déni vient doubler sa faute morale et aggrave son cas indéfendable.

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Si François Fillon ne renonce pas, il sera empêché, donc il renoncera. Forcé ou inévitable, c’est la seule issue morale pour son camp. Sa légitimité sera bientôt dépassé par une cause impérieuse : la survie de la droite. Aujourd’hui son déni vient doubler sa faute morale et aggrave son cas indéfendable.

C'est une énorme fraude d'un million d'euros organisée par le bon chef de famille honorable au profit de chaque membre de sa famille modèle. C'est un casse de cols blancs estimables qui fait système dans le clan puisque systématiquement chaque membre en a profité. C’est un détournement de fonds publics, c’est un privilège familial, un assistanat de noblesse, c’est un dû inouï, une vue de l’esprit. Mais définitivement, pour qui de droite, qui de gauche, c’est précisément ce que l’on ne veut plus voir ! L’amour est un emploi fictif dans le couple Fillon et ces usufruitiers d’une pratique légale achèvent par leur arnaque népotique toute passion morale.

« Je n'aime pas ce voyeurisme » déclarait Fillon à propos de la moralisation de la vie politique quand était débattu en urgence un projet de loi de transparence de la vie publique suite à l’affaire Cahuzac. On saisit mieux la difficulté de passer du discours à la loi quand le défaut de vertu dans sa pratique coupable annihile tout espoir d’en incarner sa part. Et pourtant du discours au corps, il revendiquait, il endossait, il s’habillait de cette lumière vertueuse et morale. Mais ; opportuniste total, l’exemplarité de sa vertu se limitait uniquement à sa capacité d’en tirer électoralement un commerce politique profitable.

Le bénéfice de la posture fut immense. La Primaire de la droite fut un véritable succès populaire. Il l’emporta avec 3 millions de voix,  le poids de sa légitimité dans son camp et les esprits. Dès lors, il était président virtuel…aux emplois fictifs. Mais depuis la révélation de ses abus, l’édifice s’effondre. Il est plus facile de paraitre que de lutter contre ce que nous sommes.

Fin d’artifice et depuis tout s’accélère dans la panique...

Ouverture de l’enquête. La séquence, du 20h au discours d’abattu de La Villette, n’a ressuscité ni Pénélope ni le candidat. Le fictif se démonte par le factuel, pas par la forme mais par le fond. Dans une affaire si sensible le pari de l’émotion est interdit. Et pourtant, ce fut une décharge de pathos surjoué pour transformer un scandale en drame, où par définition, les acteurs sont les victimes de leurs propres turpitudes. C’est un mode d’impuissance qui abandonne l’argument de fond et cède à la forme de l’aveu feutré. Ni dupe, ni candide, l’opinion exige. Restera toujours le soutien des plus miséricordieux mais les enquêteurs n’auront pas ce cœur.

Audition pour enquête. Première mission non fictive d'assistante pour Pénélope, un travail enfin tangible de 5 heures. Résultat catastrophique: 0,3% de preuve d'un travail effectif ! Et Fillon se copéise ! 600 000 puis le million ! Le million d’euros de fraude ! Et Fillon se balkanyse ! Sa défense s’emmêle dans une tréfilerie de mensonges et Fillon se fillonise ! Pour l’éternité, devenir un verbe!...

De l’enquête à la mise en examen ? La Justice n’en aura pas le temps dans les délais de la présidentielle mais le tribunal de l’opinion en cavale n’aura pas cette courtoisie et l’achèvera au chrono dans les urnes. Par la dépouille de cette candidature pourrie dans l’œuf, la boule puante qu’il devient est empêchée de campagne. Depuis, son programme part en fumée, a le relief d’une suite hallucinatoire de révélations amorales et l’éthique écoeurante d’une voyouterie de notables. Dans la configuration actuelle, les forces centrifuges d’extrême droite et d’extrême centre aspireront par le vide le cadavre jusqu’aux cendres. Le risque sérieux n’est donc plus seulement pour la droite de perdre cette élection gagnée d’avance mais de ne pas figurer au second tour.

Nous en sommes là, à cet instant précis où la droite vit avec cette angoisse existentielle : finir en poussière ? Il est donc impérieux, c'est-à-dire vital dans ces conditions de menace de substituer le candidat de tous les dangers. Ce n’est déjà plus un dilemme dans les esprits, ni même un choix cornélien, parce qu’il n’y a aucun choix possible face à un impératif catégorique qui dépasse la légitimité des primaires réussies. Un impératif catégorique a le mauvais caractère d’être inconditionnel, et c’est donc à terme sans condition, pour sa survie, que la droite imposera un empêchement à François Fillon s’il ne renonce pas de lui-même.

Un bureau national s’organise déjà. L'émission « envoyé spécial » a diffusé une vidéo réalisée sans trucage dans laquelle Pénélope déclare : « je n’ai jamais été l’assistante de mon mari ». Point final ! Ou la droite meure ?

Alors, si François Fillon ne renonce pas, il sera empêché, donc il renoncera.

Le PénélopeGate restera sans doute pour longtemps le meilleur exemple de contradiction en terme d’incarnation en politique et de part de vote moral. Si nous ne votions que pour un programme politique ; en théorie, un ordinateur connecté sans conscience suffirait. Nous ne votons pas pour des machines mais pour des humains, censés incarner avec conscience et cohérence les valeurs, la philosophie d’un programme. C’est cette part de vote moral qui par antagonisme avec le projet se révèle avec violence aujourd’hui pour l’électeur sincère de droite convaincu. C’est cette part de vote moral, cette cohérence intellectuelle qu’il faudra également interroger à gauche quand on agite comme un charme la citoyenneté avec autoritarisme. 

Contact Danyel Gill 

 

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