Flixbus - Des Bus Macron aux Rails Macron

Pour Flixbus ; en recherche à terme d'une position de quasi monopole sur les routes, la grève SNCF est une fête des tarifs opportune. Des prix de base multipliés jusqu’à 8,5 fois ! Des Bus Macron aux Rails Macron, de la neutralisation de la notion de Service public jusqu'à la transformation d'usagers en une clientèle captive livrée à de futurs monopoles privés abusifs.

Flixbus - Plus chr que l'opportunisme! Flixbus - Plus chr que l'opportunisme!
Flixbus, plus cher que l'opportunisme ! Plus besoin du calendrier des jours de grève perlée à la SNCF. A jours, trajets et horaires comparés, il suffit dorénavant de consulter le site de Flixbus puis de pointer les tarifs habituels multipliés de 4,9 à 8,5 fois pour repérer les dates. La start up du transport pour se justifier vous invitera alors à « consulter les tarifs du train de dernière minute en période de fête » (1) ou « les prix évoluent en fonction de l'offre et de la demande » (2). Voilà, tout est dit, la grève est une période de fête et la politique tarifaire est uniquement guidée par un yield management (3) outrancier spéculant sur la détresse des uns ou l’impérieuse nécessité des autres.

Les Bus Macron mettaient fin à un monopole d’état des transports sur le territoire national par la SNCF porté par une nouvelle concurrence sur la route. Flixbus ; aujourd’hui bien installé, est capable sans vergogne de rançonner en multipliant certains tarifs jusqu’à 8,5 fois (4). Notons que même dans une start up nation, les rançons se paient toujours aux véritables preneurs d’otages !

Et c’est précisément ce monde, dans sa continuité et son cynisme que propose Emmanuel Macron avec l’actuel projet en débat sur les statuts de la SNCF. Par cette contre-réforme, les Rails Macron en devenir porteront la concurrence jusque sur le réseau ferré. Ce modèle consiste en la neutralisation de la notion de service public, se traduisant par la livraison clés en main des usagers d'aujourd’hui, mutés en une clientèle captive de futurs monopoles privés abusifs. Car l’ouverture à la concurrence d’un service public; au prétexte de vertus de modernité, n’a jamais consisté en réalité qu’en la création de monopoles privés construits sur les bénéfices tirés des biens publics les plus rentables. L’état déléguant par concessions perd la main sur la programmation au plan, sur l’aménagement du territoire, sur nos biens communs. L’état animateur perd le contrôle de nos demandes d’intérêts collectifs que seul le marché, par une ingénierie de l’offre commerciale et de rentabilité immédiate d’exploitation définit par défaut.

Le statut des cheminots gène encore un peu à l’ultime révision statutaire de la SNCF qui évoluera immanquablement dans les prochaines décennies ; si nous laissons faire, vers ce modèle de monopole privé, avec toutes ses promesses de dérives commerciales et la ruine du contrôle politique de l’état sur les services et les territoires.  C’est le véritable enjeu du projet et du débat en cours. Au-delà de tous clivages politiques, voulons nous être collectivement otages de Flixbus et consort ?

Aujourd’hui, Flixbus est la 3ème classe de la SNCF,  celle qui accueille les réfugiés de la politique tarifaire d'un service public complice, avec à sa tête de hauts fonctionnaires ou autres technocrates acquis à la cause libérale et dont Emmanuel Macron est un maître de philosophie. Mais que fera sur le long terme Flixbus de ces suites de bonnes fortunes subites ou des opportunités offertes par tant d'impérities politiques ? Comme en Allemagne sans doute, elle lancera un défi à la SNCF mais sur le rail cette fois avec sa société FlixTrain. A des prix concurrentiels pour commencer qui deviendront prohibitifs quand ils auront le quasi monopole privé sur les trajets les plus rentables.

Flixbus ou les profiteurs cyniques réinventés d’une start up Nation en marche vers de nouvelles féodalités territoriales. Décidément, des Bus Macron aux Rails Macron; dans cette liquidation d'état, "d’usagers", nous devenons des proies captives abandonnées aux pires prédateurs en devenir.

 

Notes 

1- Flixbus me répond sur Tweeter 1 : « Il en va de même pour le transport ferroviaire ou aérien, nous vous invitons à consulter les tarifs du train de dernière minute en période de fête, vous serez à même de constater des prix beaucoup plus importants qu'en période creuse. »

2- Flixbus me répond sur Tweeter 2: « #FlixBus n'a pas augmenté les prix tout comme nous ne l'avons pas fait suite à l'augmentation des tarifs de péage ou diesel, les prix évoluent en fonction de l'offre et de la demande: plus le car se remplit, moins il reste de places, plus les dernières places sont à un tarif élevé. »

3 - Le Yield Management (désigné également sous le terme de " Revenue Management " ou " Tarification en temps réel " ou encore « Tarification flexible » est une méthode de fixation du prix qui permet de calculer, en temps réel, les meilleurs prix pour optimiser le profit généré par la vente d’un produit ou d’un service, sur la base d’une modélisation et d’une prévision en temps réel du comportement de la demande par micro segment de marché. C’est une approche qui a vu le jour aux Etats-Unis au début des années 1980 avec la déréglementation du transport aérien.

4 - Un trajet entre Lyon et Paris coûte tout le long de l'année 14, 18 ou 24 € selon les horaires et les disponibilités. Les tarifs affichés à l’avant-veille d’un jour de grève peuvent s’élever jusqu’à 119€. Donc un ratio (119/14€) maximum de 8,5 fois pour le même trajet, pour les mêmes frais courants ( diesel, péages, salaires chauffeurs, etc…).

Flixbus - Tarifs, avec ou sans grève? Flixbus - Tarifs, avec ou sans grève?

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