Valls - Sa mère et les pornographes du PAF (1)

« Manuel Valls, le Matador » et « Conversation secrète avec Manuel Valls », documentaires de propagande légère au service d’un marketing expert. Un opportunisme proactif – L’entrisme. Partie 1.

« Manuel Valls, le Matador », documentaire de propagande légère au service d’un marketing expert. Un opportunisme proactif – L’entrisme. Partie 1.


Manuel Valls - Sa mère et les pornographes du PAF © Danyel Gill Manuel Valls - Sa mère et les pornographes du PAF © Danyel Gill

Partie 1. ( complétée de la seconde )

Promotion et marketing.

Tout commence par un trailer commercial, puis une orchestration promotionnelle magistrale, avec l’annonce par plus d’une vingtaine d’articles du documentaire.  Une force de frappe et de relais médiatiques spontanés (?) remarquables.

Elle parle enfin, sa mère, dans un reportage publicitaire sur le destin d’un petit garçon qui rangeait bien ses chaussons. Confidences complaisantes garanties, le soir à 20h50 sur une chaine nationale. L’intimité en toute discrétion mais en prime time. 1 900 000 téléspectateurs et 7,4% de parts d’audience. Séquence émotion ou promotion ?

Valls ce n’est pas le succès d’un projet politique, mais bien tristement le triomphe du conseil en communication et du marketing politique. Une approche quasiment industrielle au service d’un produit finement pensé. Un produit gris conçu pour des électeurs entrepris comme un marché de consuméristes individualistes. Segmentés par tranches, les idées compatibles et normées. Valls, c’est un dosage savant, la fabrication d’un positionnement consensuel pour le plus grand nombre, un prêt à consommer pour l’opinion et le pari d’une synchronisation propice en temps voulu.

Un opportunisme proactif.

Ce niveau de conformisme des idées est calculé et obligatoire pour garantir une certaine neutralité de base. C’est la condition nécessaire pour que puisse s’agréger l’image, le profil marketing politique souhaité et l’identification heureuse au discours courant. Il faut donc cette pâte molle avec un risque zéro programmatique. L’orthodoxie économique et sociale comme fond transparent pour réconforter la foule abreuvée d’un flux continu de pensées formatées. Le bien être de pantoufles à mémoire de formes intellectuelles, rangées bien parallèles au bas de la télé. Aucun risque politique clivant, aucun défaut possible au regard du commun, l’art du bon sens et du suivisme en marche.

Il n’est pas dans  une posture centriste mais plutôt dans une forme subliminale de ‘et gauche et droite’.  Cependant il ne s’agit pas d’une dualité mais de  la recherche permanente de l’ambivalence. Il faut que cela parle aux deux côtés : non pas aux marges, mais au principal des deux parties, le corps à gauche et l’âme à droite. Puisque sa gauche fait de la droite, puisque l’histoire est morte dans son esprit, voilà une projection possible dans laquelle il inscrit sa trajectoire et qu’il participe savamment à provoquer davantage dans l'inspiration d’une œuvre auto-réalisatrice. Et plus il est libérale, plus il nivelle les différences entre les camps et mieux il prépare le terrain de sa conquête comme icône du standard. S’il a passé jusque là sa carrière à s’adapter avantageusement aux conditions, il peut maintenant par son action se créer avec contrôle les opportunités qu’il souhaite à terme.

Voilà le nom de sa modernité, un opportunisme proactif, de la réforme par la norme, jusqu’au point d’indistinction entre droite et gauche (Lordon). C’est une tête de Janus artificielle, un gardien des portes en plastique. Une face à gauche pour se qualifier et l’autre à droite pour son ascension.

Les trois piliers et sa mère.

La vacuité idéologique permet un profilage adaptable et ne réclame absolument aucune force de conviction. Mais incarner une politique éthérée demande des forces de communication sérieuses au service de la construction d’une marque, d’une image, d’une légitimité et la fabrication d’un destin assimilable. Son personnal branding n’est pas d’une grande originalité puisque très classiquement il s’appuie dans ce domaine sur les trois piliers éternels de l’évidence des marchands d’homme d’état : Sécurité – Autorité – Volontarisme. Un bis repetita Sarkozyste. C’est d’ailleurs dans ces domaines le seul volume qu’il s’autorise à prendre jusqu’à en devenir un référent incontournable dans les médias.

Il n’a cessé de multiplier les ouvrages et de monopoliser le sujet Sécurité. Il devint donc, légitimement dans les esprits, le Ministre attendu de l’Intérieur communiquant et marchant dans les pas de Guéant.  Il n’a de cesse de travailler son image de rigidité, de fermeté, de sévérité et d’homme d’état, proposant même une formule de co-branding l'assimilant à Clémenceau pour mieux qualifier son Autorité. Enfin, son volontarisme, c’est sa jeunesse et son dynamisme intrépide survendus. Lui, le 1er ministre d’un "gouvernement de combat" qui n’hésitera pas à réformer avec vaillance. L’homme de volonté aime tellement tout ce qui est entreprenant qu’il peut vous le dire dans toutes les langues.

Il a enfin, le courage d’afficher et d’assumer ses ambitions. N’est ce pas là, le plus beau signe de son engagement ferme? Ou, plus techniquement, celui de préparer l’opinion à accueillir le storytelling d’un destin jusque dans les bras de sa mère. Attendrissant…

Depuis un an, j’aime le violon. Depuis hier, j’adore sa mère.

Oh ! La belle histoire du Matador  forcément né chef de bande. La popularisation d’un inné et la certification du déjà « vu à la télé ». Oh ! Le joli décor aux couleurs de l’évidence, le ton du bon sens, le son de la doxa. Oh ! L’impertinence des idées, où seul le geste calibré par le mime et l’étiquette sur l’emballage laisse l’impression parfaite.  Comme elles sont belles les questions sociales avec cet homme quand elles ne peuvent être évoquées qu’en termes de patrimoine. Et le charme désuet de cet héritage social qui vouvoyait la grande bourgeoisie catalane paternel. Emotions. Cependant que l’école de la vie (Hollande) aurait pu l’incliner à des questionnements plus interlopes. Alors, que d’autres rêvent de faire leurs universités pour se réaliser, s’émanciper de leur condition, on retiendra de ces confidences intimes maternelles, que lui, armé de ce seul habitus a pu faire le choix de s’en passer. Le social chez Valls n’est pas un socialisme, mais cette confiance de classe, ce patrimoine culturel mondain assumé dont il n’est qu’un artificier communiquant.

 L’entrisme et les pornographes.

Jamais un homme de gauche n’a autant été encensé au nom de sa modernité réformatrice par les médias de droite. Il présente le double avantage de libéraliser les esprits et ce potentiel d’annihilation d’une véritable alternative. Enfin,  il sera la roue de secours idéale en cas de défaite de la droite dont il partage la culture. Le schéma est celui d’un entrisme et de la construction d’une légitimité par l’extérieur dans l’accompagnement aux responsabilités avec une débauche de relais médiatiques mainstream absolument exceptionnelle.

Ainsi, pas moins de 25 articles ou autres annonces radiophoniques faisaient la promotion de ce film de gentille propagande : Le Figaro (2) , BFMtv, RTL, Closer, Le point, L’Obs, Télé Star, Orange, Linternaute, Libération, etc… Hier frondeur insignifiant des primaires avec 5,6 % des votes à gauche, aujourd’hui meilleur candidat de ce camp dans les sondages. Et demain ? Face à ce flot continu pour construire l’imposture ? La force de cette machine communicante semble irrésistible.

L’obscénité en politique, c’est la marque Mamie Nova qui nous parle du gout de l’Ordre par le parallélisme des chaussons, c’est cette mère qui raconte l’Autorité naturelle de l’enfant  chef de bande intrépide, c’est cette Respectabilité du notable évoqué par le milieu d’origine.

La pornographie, c’est l’art de scénographier des obscénités. La mise en scène sans gêne de telles obscénités ne peut être réalisée que par un des pornographes complice du PAF.

Ce n’est que le début de cette nouvelle phase de son combat politique promotionnel. Demain, le 15 avril sera diffusée « Conversation secrète », de Michel Denisot, sur Canal+. Une heure d'intimité en mode déambulatoire...

 

Partie 2. ( le 16 avril )

« Conversation secrète avec Manuel Valls », entretien de propagande légère au service d’un marketing expert. Le commerce politique de l'intime - Une candidature par la mère.

Le ton et le format – Croisement

« Manuel Valls le Matador », où les proches en plan fixe, garants de la proximité, parlent de son intimité choisie. La « conversation secrète » propose elle, les confidences de l’homme en vidéo surveillance. Il livre dans cette balade urbaine, par les pas perdus de l’âme, une part d’intime à distance maîtrisée.

Le contretemps d’un premier volet. Le second en moins de 48h. Tout simplement du jamais « vu à la télé » en termes de livraison de storytelling. Une nouvelle série ?

Franz Olivier Giesbert adopte, objectivement,  le ton de l’hommage idolâtre dans une déclaration amoureuse à l’homme « couillu » (virilisme ou refoulement homosexuel ?). Denisot dans le format régulier de l’interview sportive, celui des vestiaires ou de la sortie du stade.

Au croisement de ces deux réalisations, le personnage récurrent de la mère…

 Un hasard de programmation de ces deux volets publicitaires sans coordination ? Vraiment ? Non, une grande manœuvre de communication !

 Alors, pourquoi une telle livraison d’intimité ? Et pourquoi maintenant ?

 Le commerce politique de l’intime.

L’élan de l’engagement politique de Valls depuis son origine, c’est une énergie mise au service de ses admirations successives d’hommes et non pas à celui d’un combat militant. Il s’inscrit directement dans un certain conformisme idéologique et a l’initiative d’offrir cette matière assez malléable en termes de produit politique. Une idée politique ? Celle de son ambition présidentielle qu’il déclare dès l’âge de 25 ans! C’est donc une carrière à façonner un corps et un produit politique et non pas un programme.  Une base neutre nécessaire à l’agrégation du plus grand nombre par une identification généraliste, hors clivage latéral. Par gout conformiste bien sûr, mais qu’il adapte en stratégie avec pragmatisme et opportunisme.

Au-delà de la construction d’une légitimité, par la triangulation Sécurité – Autorité – Volontarisme ainsi que par l’exercice du pouvoir aux plus hautes fonctions, il lui faut maintenant introduire une part de distinction.

Quand d’autres se livrent avec obligation à l’exercice du storytelling pour arrondir les angles et dépasser les clivages de leur programme. Lui, n’a finalement pas d’autres choix que de travailler à l’articulation des registres publics-privés dans la construction d’une différenciation individuelle qui le sortira de son relatif anonymat idéologique généraliste.

Enfin, la nature de l’intime est par définition plus sociale. Et Valls, devenant objet de distinction par l’intime, fait du social. C’est sa façon de faire du socialisme acceptable en quelque sorte. Rendre aux enjeux exclusivement personnels un statut d’affaires publiques et collectives (Berrebi-Hoffman).

 Stratégie et candidature subliminale par la mère

Ce commerce politique volumineux et soudain de l’intime chez Valls peut être considéré, à ce niveau, comme l’abandon (temporaire ?) de la conquête de son camp. Il s’attaque clairement à celle de l’opinion publique.  Son but est  d’atteindre des objectifs déterminés à moyen termes : sortir du marasme des défaites récentes par ce dépassement personnel et offrir un complément d’âme à son libéralisme. En termes d’opinion, il tente de se dissocier de ces échecs successifs en communiquant, laissant défavorablement sur place Hollande et entame une nouvelle séquence. A long termes, il s’agit d’inscrire sa personne comme un produit incontournable en vue d’échéances présidentielles futures. Plus ou moins proches, Maman ?

Depuis un an, j’aime le violon. Depuis lundi, j’adore sa mère. Depuis hier, j’aime le nouveau né…

Il ne provoque pas d’empathie artificielle, comme dit Denisot, alors mettons en scène sa mère, véritable gimmick du pathos obligé dans chacun de ces documentaires charnels.

Oh ! La belle histoire des deux accoucheurs de candidat par la mère. Oh ! Magnifiques obscénités croisées des scénarii pornographes ! Elle nous accueille debout cette fois, un peu effarouchée. Elle le regarde condescendante et nous confie son ventre, puisque c’est par là que naissent des destins et le fruit du désir ambitieux.

Par le ventre de la mère, par cette machine de guerre, ne soyons pas dupes. Voici :

Un démarchage si personnel n’est pas, par nature, celui d’un moment collectif. Une telle décharge du privée n’est pas au service du sauvetage d’un camp, ni même d’une œuvre aux responsabilités mais à celui d’une construction. Une telle débauche de moyens médiatiques, par la coordination, les relais, dénote plus d’une grande manœuvre de communication que d’une simple reprise en main ou d’un ajustement passager. Elle annonce plutôt une montée en puissance avant une mise en orbite. Car si dans les mots Hollande est le candidat naturel, il deviendra lui par l’image et dans l’opinion l’incontournable candidat surnaturel.

2h39mn d’intimité non contradictoire en 48h, c’est du marketing politique marathon de champion. Un point de bascule.

Il part de si loin qu’on ne le voit pas venir, mais sans doute, lance-t’il par sa communication savante les conditions nécessaires à sa candidature qu’il rendra inévitable.

Puisqu’il est acquis que Hollande ne sera pas réélu, l’homme pressé ne se contentera pas de l’opportunité de ramasser le fruit au sol pour 2022 mais ira le cueillir activement dans l’arbre dès 2017.

Tel est l’opportuniste proactif…

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