La débandade Mélenchon - Vers des Primaires à Gauche

« Dans ce moment, le mieux serait d’éviter les disputes publiques qui aggraveraient la débandade en cours ». Il a bien raison notre clairon viril, ne nous disputons pas, n’en parlons même pas. Peut-être pacifiquement ? Vous reprendrez bien un peu de débandade pour faire passer l’Apothéose Le Pen? Car il est déjà temps ! Vers des primaires à gauche !...

La débande Mélenchon - Vers des Primaires à Gauche © Danyel Gill La débande Mélenchon - Vers des Primaires à Gauche © Danyel Gill
C’est ainsi, à chacune des débâcles toujours plus historiques de la gauche, Jean Luc Mélenchon s’astreint systématiquement à un lâche silence. Il dissimule sa fuite par un temps de retraite nécessaire parfois de plusieurs semaines. Une mise à distance que l’on pourra admirer à nouveau mais que l’on aimerait voir se prolonger cette fois tant ses outrances ont envahi le petit espace d’expression de la gauche, jusqu’à l’étouffement fatal, jusqu’à l’impossible identification  heureuse. Jusqu’aux fracas tumultueux noir de l’orage assassin sombre foncé et lugubre : 4,15% ! Si ce n’est pas du « cru et dru » 4,15% !  En degré, ça s’appelle comment ? Une mort subite ?! Non, un meurtre ! … La longue séquence ‘Mélenchon’ s’est définitivement volatilisée hier soir. Cette fois, les urnes lui ont clairement signifié qu’il ne sera sans doute pas le candidat de la gauche. A 4,15% l’artifice de sa légitimité se révèle à lui-même. Fin de partie, place au débat.

Responsable mais pas coupable ? « Et moi spécialement qui suis invité à endosser un score et à rendre des comptes sur une situation à laquelle je n’ai pourtant aucune part ». On ne peut pas exiger avec autorité toutes les parts de la gauche, en s’imposant à tous de façon martiale dans des hurlements, menaces, insultes permanentes et simultanément prétendre que sa part de responsabilité en cas de débâcle monumentale est la plus infime des causes signifiantes.  Cela marche encore partiellement au PG, qui n’en finit pas de « se consolider par épuration » (sic) et qui se résumera bientôt à l’état de son blog. Mais la gauche dans sa diversité n’atteindra jamais, par nature, un tel niveau de pureté ! C’est même sa richesse à proprement parlé, toute cette amplitude, des noirs aux roses pâles, qu’il faut désormais respecter, valoriser, en faire son principal, plutôt que cette belle captive soumise de la caricature. La tentative de synthèse autoritaire de Mélenchon est morte. C’est maintenant le produit de toutes ces sociologies, de toutes ces cultures qu’il faut animer. Certains s’acharneront à mourir en tribu se consolant de jolis brevets de radicalité aux pieds de leur idole. Mais l’écrasante majorité peut désormais s’émanciper de cette soumission et s’organiser dans une dynamique de débat.

Mais, ne nous disputons pas, méditons sagement la dernière leçon : « si nous avions mobilisé nos électeurs de 2012 autant que Marine Le Pen l’a fait avec les siens nous serions au coude à coude avec le PS ». Ce n’est pas faux. Et si nous les avions mobilisés davantage encore qu’en 2012, nous aurions fait mieux que le PS. Armé de telles tautologies, quand nous aurons gagné, ils auront perdu ! Alors, autant s’en remettre à la fatalité,  en faire un titre: Quelle poisse ! Une prière peut-être ? 4,15%,  juste un coup de ‘ pas de bol’ ? La réalité désolante, à en croire une étude IFOP, c’est que 35% des électeurs de 2012 de Mélenchon se sont abstenus au premier tour pour manifester leur mécontentement, leur désolation, leur désarroi et leur dégout. Une abstention de défiance, qui se résume dans nos entourages respectifs de sympathisants à 95,85% de « Tout, sauf Mélenchon ! ». Oui, ceux qu’il nomme la cohorte de pleutres dans ses moments de haine lui rendent l’insulte en fuyant les listes dont l’ombre radioactive de son inspiration, même lointaine, achève toute attractivité, toute mobilisation.

On ne peut pas dans un vague moment de courage (vraiment?) déclarer que « L’imbroglio est partout.  Et surtout au pire endroit, c’est-à-dire face au suffrage universel» et s’affranchir de sa propre introspection sur le sujet. Car le véritable courage réside dans le décorticage de son propre imbroglio « un chantage permanent à la division de la part de partenaires obnubilés par la tête de liste », répondant au chantage permanent d’un candidat éternel autoproclamé à la présidentielle. Et l’injonction de s’affranchir de tout débat sur cette question, c’est précisément opérer au véritable chantage qu’il dénonce pour les autres entretenant la division. Sa candidature, la conçoit-il comme une simple convocation ? Une politesse ? Tout le défaut de son rapport à la gauche s’organise autour de son vertige inouï pour cette échéance. Il croyait la gauche prise en otage de son ambition. C’est le pari insensé qu’il avait entrepris. Mais 4,15% de ce qu’il espère représenter, sa minorité de blocage n’est plus. Il n’y a dorénavant plus aucun risque à se passer de ses services, à essayer autre chose.

Car brutalement, à 4,15% on n’incarne rien d’autre que sa petite personne trébuchante. A 4,15% les compteurs sont à zéro. A 4,15%, il n’y a pas d’homme providentiel mais plutôt la preuve qu’il n’y en a jamais eu. Trois ans de désenchantement, doublés de désillusions continues, de stratégies incompréhensibles. A 4,15%, le talent fou d’un capitaine de radeau à la dérive au service d’une stratégie si personnelle encore bien plus folle…A 4,15% ! Sa débandade mobilisera davantage la gauche que son ultime argument : « l’Apothéose Le Pen ». Vous ne rêvez pas, non ! On ne rêve plus quand on est mort.  

On ne se dispute pas non plus.

A 4,15% on ouvre la disputatio.

La discussion organisée sous la forme d'un débat entre tous les interlocuteurs de gauche et devant un public citoyen. Il nous faut de toute urgence s’organiser autour de primaires à gauche ! A 4,15%, c’est non négociable !

Et c’est bien la disputatio qu’il veut éviter plutôt que la dispute dans laquelle il excelle.

Ces Régionales ont offert un grand moment d’enthousiasme et d’espoir le 12 novembre au soir à Montpellier, où un nouveau monde se mettait en scène. Clémentine Autain s'éxclamait « J’en ai rêvé, vous l’avez fait ! », Cécile Duflot nous a fait chanter ! Puis cet admirable Gérard Onesta ; une sorte d’anticorps politique de Mélenchon, a conclu par le plus enthousiasmant des discours possibles en termes d’incarnation de notre pluralité. Artisan local de nos dépassements au service de notre émancipation.

On en avait tous oublié l’absence du folklorique au garde à vous: « battu par la tempête mécanique du cheval de fer qu’un orage de morve teutonne dans les sinus me colle les yeux»…Quoi ? Mélenchon avait tout simplement le nez bouché ! Et la gauche du futur proche enfin respirait…Un vague rhume TGV qui l’empêchait de venir admirer ce que nous sommes, ce qu’il craint de voir en réalité, jusqu’à la fièvre.

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