Valls - Sa mère et les pornographes du PAF (2)

« Conversation secrète avec Manuel Valls », entretien de propagande légère au service d’un marketing expert. Le commerce politique de l'intime - Candidature par la mère. Partie 2.

« Conversation secrète avec Manuel Valls », entretien de propagande légère au service d’un marketing expert. Le commerce politique de l'intime - Candidature par la mère. Partie 2.

Manuel Valls - Sa mère et les pornographes du PAF © Danyel Gill Manuel Valls - Sa mère et les pornographes du PAF © Danyel Gill

Partie 1, ici.

Le ton et le format – Croisement

« Manuel Valls le Matador », où les proches en plan fixe, garants de la proximité, parlent de son intimité choisie. La « conversation secrète » propose elle, les confidences de l’homme en vidéo surveillance. Il livre dans cette balade urbaine, par les pas perdus de l’âme, une part d’intime à distance maîtrisée.

Le contretemps d’un premier volet. Le second en moins de 48h. Tout simplement du jamais « vu à la télé » en termes de livraison de storytelling. Une nouvelle série ?

Franz Olivier Giesbert adopte, objectivement,  le ton de l’hommage idolâtre dans une déclaration amoureuse à l’homme « couillu » (virilisme ou refoulement homosexuel ?). Denisot dans le format régulier de l’interview sportive, celui des vestiaires ou de la sortie du stade.

Au croisement de ces deux réalisations, le personnage récurrent de la mère…

 Un hasard de programmation de ces deux volets publicitaires sans coordination ? Vraiment ? Non, une grande manœuvre de communication !

 Alors, pourquoi une telle livraison d’intimité ? Et pourquoi maintenant ?

 Le commerce politique de l’intime.

L’élan de l’engagement politique de Valls depuis son origine, c’est une énergie mise au service de ses admirations successives d’hommes et non pas à celui d’un combat militant. Il s’inscrit directement dans un certain conformisme idéologique et a l’initiative d’offrir cette matière assez malléable en termes de produit politique. Une idée politique ? Celle de son ambition présidentielle qu’il déclare dès l’âge de 25 ans! C’est donc une carrière à façonner un corps et un produit politique et non pas un programme.  Une base neutre nécessaire à l’agrégation du plus grand nombre par une identification généraliste, hors clivage latéral. Par gout conformiste bien sûr, mais qu’il adapte en stratégie avec pragmatisme et opportunisme.

Au-delà de la construction d’une légitimité, par la triangulation Sécurité – Autorité – Volontarisme ainsi que par l’exercice du pouvoir aux plus hautes fonctions, il lui faut maintenant introduire une part de distinction.

Quand d’autres se livrent avec obligation à l’exercice du storytelling pour arrondir les angles et dépasser les clivages de leur programme. Lui, n’a finalement pas d’autres choix que de travailler à l’articulation des registres publics-privés dans la construction d’une différenciation individuelle qui le sortira de son relatif anonymat idéologique généraliste.

Enfin, la nature de l’intime est par définition plus sociale. Et Valls, devenant objet de distinction par l’intime, fait du social. C’est sa façon de faire du socialisme acceptable en quelque sorte. Rendre aux enjeux exclusivement personnels un statut d’affaires publiques et collectives (Berrebi-Hoffman).

 Stratégie et candidature subliminale par la mère

Ce commerce politique volumineux et soudain de l’intime chez Valls peut être considéré, à ce niveau, comme l’abandon (temporaire ?) de la conquête de son camp. Il s’attaque clairement à celle de l’opinion publique.  Son but est  d’atteindre des objectifs déterminés à moyen termes : sortir du marasme des défaites récentes par ce dépassement personnel et offrir un complément d’âme à son libéralisme. En termes d’opinion, il tente de se dissocier de ces échecs successifs en communiquant, laissant défavorablement sur place Hollande et entame une nouvelle séquence. A long termes, il s’agit d’inscrire sa personne comme un produit incontournable en vue d’échéances présidentielles futures. Plus ou moins proches, Maman ?

Depuis un an, j’aime le violon. Depuis lundi, j’adore sa mère. Depuis hier, j’aime le nouveau né…

Il ne provoque pas d’empathie artificielle, comme dit Denisot, alors mettons en scène sa mère, véritable gimmick du pathos obligé dans chacun de ces documentaires charnels.

Oh ! La belle histoire des deux accoucheurs de candidat par la mère. Oh ! Magnifiques obscénités croisées des scénarii pornographes ! Elle nous accueille debout cette fois, un peu effarouchée. Elle le regarde condescendante et nous confie son ventre, puisque c’est par là que naissent des destins et le fruit du désir ambitieux.

Par le ventre de la mère, par cette machine de guerre, ne soyons pas dupes. Voici :

Un démarchage si personnel n’est pas, par nature, celui d’un moment collectif. Une telle décharge du privée n’est pas au service du sauvetage d’un camp, ni même d’une œuvre aux responsabilités mais à celui d’une construction. Une telle débauche de moyens médiatiques, par la coordination, les relais, dénote plus d’une grande manœuvre de communication que d’une simple reprise en main ou d’un ajustement passager. Elle annonce plutôt une montée en puissance avant une mise en orbite. Car si dans les mots Hollande est le candidat naturel, il deviendra lui par l’image et dans l’opinion l’incontournable candidat surnaturel.

2h39mn d’intimité non contradictoire en 48h, c’est du marketing politique marathon de champion. Un point de bascule.

Il part de si loin qu’on ne le voit pas venir, mais sans doute, lance-t’il par sa communication savante les conditions nécessaires à sa candidature qu’il rendra inévitable.

Puisqu’il est acquis que Hollande ne sera pas réélue, l’homme pressé ne se contentera pas de l’opportunité de ramasser le fruit au sol pour 2022 mais ira le cueillir activement dans l’arbre dès 2017.

Tel est l’opportuniste proactif…

Partie 1, ici.

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