Ma minute de silence en argot - Place de la République

A chacun de ces attentats parisiens me revient systématiquement le souvenir du premier d’entre eux dans ma vie...

A chacun de ces attentats parisiens me revient systématiquement le souvenir du premier d’entre eux dans ma vie. Celui de la synagogue de la rue de Turenne, à 200 mètres de l’atelier de mon père. J’étais terrifié pour lui. On y parlait l’argot Rue du Pas de La Mule, à deux pas de la Maison d’Hugo.

Je me souviens de celui de la rue des Rosiers. On se foutait tellement des signes religieux "ostensibles" qu’ils étaient tous autorisés. Et les Berruriers Noirs ou Les taxis de la Marne, les gamins du quartier sans confession un soir ont chanté comme des baleines sur des violons improvisés chez Goldenberg. On y vend d’improbables Cerises aujourd’hui, on ne parle plus yiddish rue des Ecouffes.

Je me souviens de Saint Michel et de mon copain étudiant Medhi. Je vous souhaite de ne pas avoir un Medhi en tête pendant votre minute de silence. Un sale bout de fer. On se disait: «fluctuat nec mergitur». J’ai laché l’argot, me suis mis au latin du Quartier latin. Diplôme et cetera.

Je me souviens d’un rendez-vous de retrouvaille délicieux au Bataclan avec une amoureuse. Un carnage. Souvenirs de la rue de Charonne. Carnage. Souvenirs du Petit Cambodge. Carnage. Rue Bichat. Carnage. Voltaire.Carnage.

Vous pouvez me parler de France, de Syrie, de Moyen Orient, de la Terre, de l’eau sur Mars, de vie extra-terrestre... J’organise, très localement, un slalom - de fer - entre carnages.

Voilà, ma plus longue minute de silence en argot s'est terminée, Place de la République. Quitte à 'bouffer les pissenlits par la racine' je suis repassé comme un enfant perdu Rue du Pas de la Mule, puis à la Maison d’Hugo. Comment, là?...Porte fermée! Et je crois que c'est là, enfin,  que tout a laché...

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