Clémentine Autain et Cécile Duflot – La Gauche du futur proche

Croisement de textes et d’intentions – Les possibles lignes d’une Gauche citoyenne ouverte et hors cadreDepuis 2012, Hollande et son social libéralisme ont déçu autant que le PG qui n’en finit plus de se « consolider par épuration ». La désillusion d’un côté et le désenchantement de l’autre combinés relèvent de la fabrique à abstentionnistes, de sympathisants perdus, de militants en doute.

Croisement de textes et d’intentions – Les possibles lignes d’une Gauche citoyenne ouverte et hors cadre

Depuis 2012, Hollande et son social libéralisme ont déçu autant que le PG qui n’en finit plus de se « consolider par épuration ». La désillusion d’un côté et le désenchantement de l’autre combinés relèvent de la fabrique à abstentionnistes, de sympathisants perdus, de militants en doute.

Clémentine Autain & Cécile Duflot - La Gauche du futur proche © Danyel Gill Clémentine Autain & Cécile Duflot - La Gauche du futur proche © Danyel Gill

Croisement de tribunes.

Clémentine Autain cosignait le 7 mai une tribune dans Libération « Alliance pour une nouvelle gauche », avec les cadres d’EELV et d’Ensemble (sans le PG). Et si la belle coquille qui la présente comme membre d’EELV n’en n’était bientôt plus une ? Un signe subliminal en première ligne, un clin d’œil en correspondance avec le titre qui nous signifie qu’il est temps à gauche de se mélanger les étiquettes ! Hors « repli aussi réactionnaire qu’autoritaire » à « La reconstruction d’une force politique émancipatrice ».

Une douzaine de jours plus tard, Cécile Duflot dans un article du 19 mai « L’Allemagne n’est pas notre ennemie » au prétexte d’exprimer ce qui lui traverse la gorge a formulé en creux avec arguments, ce qu’elle avait dans le ventre : une vision de la nation, de l’Europe, un esprit politique solidaire, écosocial et son rejet définitif d’une gauche autoritaire et refermée sur elle-même. Libérée de l’allié aux outrances clivantes, elle n’a donc pas tardé à faire savoir (le 4 juin) qu’elle réfléchissait à un projet de mouvement citoyen, hors cadre d’EELV. Et la boucle est bouclée, une sorte d’Alliance pour une nouvelle gauche…

C’est donc au croisement de ces deux articles simultanés aux ambitions parallèles que nous pouvons tenter ici de nous interroger aux signes discrets d’une initiative que nous souhaitons plus coordonnée qu’il ne semble.

La Gauche pour tous.

L’hypothèse de cette combinaison est inspirante et souhaitable dans l’esprit. Elle annonce un vrai mouvement « du haut » dont on ne cesse de louer la nécessité à bon escient, une construction en commun des gauches : hors cadre partisan et autant que possible d’inspiration citoyenne. Une gauche loin de tout souffle autoritaire ou autre légitimité autoproclamée où se mélangent les labels. Une gauche qui part « du bas » et fait « du haut » redescendu de l’appareil son geste coordinateur.

Car s’il y a bien une seule idée qui fait à peu près l’unanimité, du NPA aux frondeurs, c’est qu’il faut s’unir ou du moins s’accommoder. Les Chantiers d’espoir sont un foyer d’expérience transversale où il est frappant et réjouissant d’entendre les rouges, les roses, les verts, les révolutionnaires et les réformistes mettre à distance pour un moment leurs antagonismes. Cela se limite certes à l’initiative des militants et les résultats concrets sont modestes mais c’est l’occasion systématique d’entendre l’expression d’une prise de conscience : celle de l’impératif à s’organiser, avec parfois même, le sentiment d’un devoir face à l’histoire. Nous ne pouvons plus nous payer le luxe de nos différences insignifiantes au regard de la marginalisation de nos forces éparpillées et la menace de l’anéantissement en marche. Alors, si on ne sent pas frémir un mouvement citoyen, le principal enseignement de ces chantiers, pour l’instant, est que la base militante mobilisée est prête au dépassement.

Depuis la débâcle des élections départementales, chaque responsable de chaque formation a répété son énième et même appel (celui de la débâcle précédente) à la fusion-union-coalition des gauches. Bref, ‘un truc de gauche ensemble’ où on ne lâche rien de sa boutique avec comme une petite idée, pour ceux qui parlent le plus fort le néanderthalien, de récupérer la mise sur le dos des autres, sur les efforts de tous.

Et l’attentisme est réciproque. Les militants, sympathisants, les millions d’abstentionnistes multicolores désabusés attendent que les lignes bougent autant que les responsables de ces formations espèrent une vibration, un mouvement de foule. Et il faudrait encore, pour chacune des partis que tout cela tombe du ciel miraculeusement ? Le pari de la spontanéité simultanée est perdu d’avance. Aussi, « l’initialisation d’en haut » par un acte en correspondance à l’esprit d’une force politique citoyenne et émancipatrice sera peut-être le geste de sortie de ces attentismes réciproques par une attitude proactive. Puisque les appareils ne se dépassent pas entre eux, que les plus sincèrement inspirés par ce projet s’en affranchissent ! Qu’ils s’accordent enfin en acte à ce qu’ils réclament de nous.

Hier, Liêm Hoang-Ngoc a quitté le PS et demain Cécile Duflot sera la première grande responsable de gauche à se mettre « hors cadre » ? Avant-hier Sylvie Aebisher et Fabien Marcot ont quitté le PG et après demain Clémentine Autain s’émancipera t’elle enfin du Front de Gauche ? Derrière ces noms, par pairs, par dizaines, d’autres dans leurs chapelles se préparent à ce choix sonnant l’appel.

Clémentine Autain.

Depuis 2013, Clémentine Autain, à force de tribunes, d’articles, d’interviews, d’appels et de livres a d’abord produit un travail sérieux d’introspection et un des plus précieux, chez les responsables politiques, sur la question d’une gauche citoyenne ouverte, celle des « luttes par en bas ». Cette dernière tribune avec l’absence notable du Parti de Gauche semble indiquée cette fois qu’elle fera enfin le choix de se mettre en cohérence avec sa réflexion.De toute façon, l’ancienne porte parole de la campagne présidentielle de 2012 du Front de gauche n’a simplement plus la parole ! Elle n’est même plus concertée. Sans dire que l’identification au « cru et dru » avec lequel elle est « chien et chat » tout autant que le « repli aussi réactionnaire qu’autoritaire » et la personnalisation démesurée sont incompatibles par nature avec l’esprit qui l’anime. Alors, malgré elle et par sa culture politique elle n’est simplement plus en cohérence avec ce qu’elle projette, et logiquement, elle se mettra (ou sera mise) « hors cadre ». Dans les coulisses, disons le, « les sceaux de boue » sont prêts et tomberont. Mais un simple pas de côté courageux suffira à les éviter, plus subversif, libérateur et fondateur qu’il n’y parait. Alors, puisque « l’utopie est le point de départ », avec lucidité, en route vers les « pas si loin de nous » car c’est d’une gauche de cette amplitude dont nous parlons.

Cécile Duflot.

Deux ans de ministère pour comprendre qu’elle ne pouvait rien changer ou influencer de l’intérieur du gouvernement. Un an de disponibilité frondeuse pour réaliser qu’aucune ambition sérieuse n’est possible dans le cadre limité d’EELV. Et réciproquement, si dorénavant rien n’est possible à gauche sans les Verts, la promesse d’une simple figuration est garantie sans la mosaïque de cet électorat réunie. Une part de réalisme, une part d’opportunisme ? Mais d’abord une part de cohérence sincère avec son engagement entier à gauche. Alors, « Hors cadre » et loin de toute dérive autoritaire, qu’on apprécie Cécile Duflot ou moins, il faut admettre que c’est une des personnalités (aujourd’hui, ça peut changer !) qui peut avoir les meilleures prétentions en termes de suffrages face au PS. Et 2017, ce n’est pas la présidence qui se joue dans ce camp, mais la bataille de la gauche : une sociale-très-libérale résistante ? Une citoyenne du futur proche ? Une autoritaire du chef candidat éternel ? 

Son pari politique relève plus du quitte ou double que du sommeil du sénateur car en cas d’échec le risque de marginalisation est réelle. Alors, « elle bosse », elle consulte, visite les intellectuels, les corps intermédiaires et fait de juin un mois d’étude terrain européen des nouvelles gauches réussies.

Point de bascule?

Depuis 2012, Hollande et son social libéralisme ont déçu autant que le PG qui n’en finit plus de se  « consolider par épuration ». La désillusion d’un côté et le désenchantement de l’autre combinés relèvent de la fabrique à abstentionnistes, de sympathisants perdus, de militants en doute. Simultanément, depuis deux ans, nous sommes inspirés jalousement ‘d’ailleurs’. Nous avons pu observer la montée en puissance d’autres modèles, jusqu’aux succès de Syriza et de Podemos.

Ailleurs mais chez nous ?

Chez nous, c’est le long cheminement de la confiance qui est en marche. Les mentalités et les dispositions des talents changent, des intellectuels, des syndicalistes, des associatifs, des responsables politiques, les Duflot, les Autain, qu’importe leurs noms, par pairs, par dizaines, il faut souhaiter qu’ils basculent tous. Et chaque fois que l’un d’eux s’émancipe pour s’inscrire dans cette gauche du futur proche, comme Liêm Hoang-Ngoc hier, saluons respectueusement leur courage politique.

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