L’idée de soi – La pensée de Moix

Yann Moix se prête depuis la rentrée sur ONPC à un certain art de la pétarade garantissant le Buzz. Il use de la mise en scène d’obscénités choisies qu’il place hors contexte du sujet interviewé. Sa méthode pour exister - littéralement - de la pornographie. Au prétexte d’interroger le « contexte » du film d’Arthus Bertrand, il a osé la relation inversée entre « Human » et le porno.

L'idée de soi - La pensée de Moix © Danyel Gill L'idée de soi - La pensée de Moix © Danyel Gill
Sommes-nous d’affreux consuméristes hors contexte? Mais avant de commencer, une introduction de contextualistion dans le style de La pensée de Moix, en contre exemple...

Je ne voudrais pas être accusé de pornographie. Aussi, je me sens d’abord contradictoirement obligé de me livrer à un minimum d’impudeur dégoutante pour installer « du contexte ». Vous vous souvenez tous de Caron sur ONPC ? Le garçon cool, sympathique, facile, souriant, mûre, émancipé, détendu, naturel, malin, pugnace. Bref, un mec énervant. Celui qui provoquait juste la bonne dose d’agacement inévitable avec le temps, mais une fêlure maitrisée avec un art du défaut comme l’achèvement d’un certain raffinement. Une belle céramique à l’esthétique  japonisante, une tasse de thé, un type insupportable. Une véritable pollution, car au bout de trois ans d’antenne, la plupart des copains-copines étaient devenus amoureusement végétariens, végétaliens ou végétales. Une pourriture! Plus un diner potable en ville le samedi soir, où on me trouvait toujours plus goujat d’oser encore manger à ma faim en coupant la parole du beau gosse ! C’est donc avec un soulagement indescriptible qu’à la première apparition de Yann Moix, j’ai reconnu strictement en tout point l’anti-portrait de mon calvaire: un cadavre comestible ! Depuis la rentrée, je peux à nouveau me restaurer de ma viande favorite après ces années d’abstinence.

Vous voilà donc informés maintenant ; selon la pensée de Moix, des préalables contextuels requis à la compréhension du sujet de l’entrevue. Vraiment ? Parce que j’exprime mon dégoût ou mon bonheur dans une grammaire objective mais vous comprenez subjectivement tout son contraire. J’espère ! Alors, en art et hors-science : Fuck the context !* 

Le modus operandi de Yann Moix est enfin au point. Il part de si loin dans sa manœuvre, à la façon de préparer un créneau. Il enchaine un  développement d’une construction alambiquée jusqu’au décrochage de l’argumentation au regard du sujet. Puis un moment de silence, une syncope et il formule sa trouvaille. Une exclamation hors contexte. Cependant par deux fois déjà, il a loupé son effet ne laissant apparaitre que davantage la brutalité indécente de son propos. La mise en scène de ses impudicités et la violence de son expression crée l’émoi. Il fait commerce de ces tensions exhibitionnistes gratuites et attente à la pudeur de notre réflexion. Tout esprit que si prépare à la sagesse de l’échange n'y voit qu’obscénités dans cet entrechoquement. Et la scénographie d’obscénités telle qu’il l’installe, est littéralement l’art de la pornographie. C’est donc singulièrement au prétexte d’interroger la qualité de la contextualisation des personnages du film d’Arthus Bertrand, qu’il a osé la relation inversée entre  « Human » et la Pornographie. Yann Moix, le triste pornographe, décontextualisant toujours le sujet pour tenter une œuvre dont il n’a même pas le talent d’acteur. La terre vue du ciel, puis l’humanité vue de terre dans une scénographie minimaliste, avec ce choix radical de nous livrer des visages, des voix, des témoignages, sans mode d’emploi, sans titre. Cette absence de contexte choisie nous mets en situation de rencontre. Sans artifice, face à l’autre, en miroir face à nous-mêmes. A notre humanité. Faut-il que tout soit écrit à l’avance? Et nous, incapables du délicieux frisson de se sentir imbécile devant l’inconnu(e) ? Ou sur une place, croiser un regard rieur qui vous laisse béta ?...

Il n’y a évidemment aucun rapport entre « Human » et la pornographie. Pas plus qu’avec Yann Moix et l’humanisme par la façon qu’il a de s’assoir dessus ! D’ailleurs, scrutez-le bien à sa place dorénavant: contrit, penché par l’excuse de chercher l’autre dans ses papiers, raide et la voix nerveuse, le ton saccadé, l’air peu assuré, la spontanéité d’un pet, il est indisponible, coincé dans un faux rire, dédié à son art de la pétarade. Oui, il dit ce bruit, c’est sa seule contenance, il doit faire son buzz puis il disparait. C’est sa méthode pour exister, alors prudence quand vous coupez le son comme on se bouche le nez, car vous pourriez le tuer de mauvaise audience! Les gros plans endoloris de ce visage d'angoisse sont coupés au montage. Il a la télégénie du mal-être qui vous mets mal à l’aise...

Pire, il n’a même pas le talent d’être mauvais, il lui suffit d’être et de croire !

De croire que nous sommes uniquement ces affreux consuméristes affamés de viande sanguinolente quand on nous parle de l’humain ! De croire que nous sommes réunis à distance par nos écrans comme on fait la queue à la boucherie pour un morceau d’obscénité ! De croire à l’idée que nous sommes ces unités hurlantes condamnés à Vivre et penser comme des porcs !**

Quelle idée de soi ? Est-ce celle là que nous avons de nous-mêmes ? Et ce serait encore moi le plus cynique ? Hélas, non ! Parce que c’est un art que de l’être, qui n’est pas celui de l’abomination d’un pornographe - qui ose tout –  Comparé à son achèvement, je suis malheureusement ici, (seulement ?) dans ce contexte, que le plus mignon de ces petits chats adorables que l’on voit par millions en vidéo sur internet ! Et par millions, mobilisons et partageons plutôt nos dégouts unis pour se dépouiller de cette insulte. Ce billet est une lettre d’amitié où nous ne réclamons rien d’autre que la surprise et l’émotion intrigante de vouloir se reconnaitre. Humain !

 

(miaou-miaou ! Par ici les notes…)

*Fuck the context ! : Formule célèbre de Rem Koolaas à propos de sa considération en termes d’approche du contexte urbain. Rem Koolhaas (né le 17 novembre 1944 à RotterdamPays-Bas) est « Journaliste mais aussi scénariste pour le cinéma avant d'être architecte et théoricien de l'architecture ». Il a donné très tôt les preuves de ses dispositions particulières pour l'écriture : « J'entendais construire en tant qu'écrivain un territoire où je puisse finalement travailler comme architecte ».

** Vivre et penser comme des porcs ! : Livre de Gilles Chatelêt : Vivre et penser comme des porcs: de l'incitation à l'envie et à l'ennui dans les démocraties-marchés. Essai philosophique et pamphlet. Est disséquée la fureur du capitalisme post-moderne, cette époque qui réussit à faire de l'ordinaire l'homme moyen des statistiques, le thermostat de la démocratie-marché. ..

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