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Billet de blog 19 janv. 2017

Valls à la rue giflée

«La démocratie, ce n’est pas la rue ! La démocratie c’est le vote !» déclarait Manuel Valls alors Premier Ministre. Au traumatisme des violences d’Etat de son gouvernement durant le mouvement social contre la Loi Travail, comme un retour de bâton, "la rue" accueille "le candidat dans la rue" avec violence.

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L'Etat matraquant la Liberté

Manuel Valls déclarait le 8 juin 2016 : «La démocratie, ce n’est pas la rue ! La démocratie c’est le vote !». Et c'était justement pour cette raison que la rue manifestait. Pour réclamer le respect de son vote. Il se trouvait qu’une majorité de nos représentants parlementaires élus à l’Assemblée Nationale par les votes des électeurs; de gauche et de droite, étaient contre la loi Travail. Alors la rue protestait doublement,  pour que soit respecté cette règle élémentaire de la démocratie représentative : le respect de son vote autant que pour l’expression du rejet de cette loi. Et s’opposant à la rue, Manuel Valls déclarait que « la démocratie, c’est le vote » et simultanément abusant de l’article 49.3., il outrepassait son défaut de majorité introuvable. Cette tentative communicante de retournement par l’affirmation de principes vertueux mais contraire à son action, n’ont évidemment par suffit à délégitimer la rue. Hors consensus, il a ainsi contourné sciemment les règles du débat démocratique dans l’hémicycle, où les citoyens - supposément - délèguent par l’expression de leur vote leur représentation.

Et quand on exclu le débat de cette Chambre ? Il repasse naturellement par sa fenêtre : la rue. Cette terrible rue angoissante a toujours été l'ultime recours à l'autoritarisme quand un exécutif ignore sa représentation. Elle a exprimé sa légitimité démocratique dans son espace, comme dernier recours au débat confisqué. Par le droit à la ville, l'expression démocratique dans la rue est d’ailleurs depuis des temps immémoriaux à l'origine de grands progrès démocratiques. Un seul, au hasard ? Par retour à l’envoyeur : l’obtention du droit de vote ! Amusant non ? Ce fameux « droit de vote » n’est pas tombé du ciel, lâché par la bonne grâce d’un monarque absolu gouvernant en Caudillo par « 49.3 perpétuel ». Il a été arraché par la rue aux seigneurs et aux gardiens des 49.3 de régimes autoritaires. Valls par autoritarisme, usant à outrance d’un vestige de notre monarchie républicaine a fini par incarner un défaut de démocratie.

Alors qu’il était le Premier ministre ayant l'indice de confiance le plus faible depuis son invention, avec 83% d'opinions défavorables, sans majorité et 65% de citoyens contre sa Loi Travail, Manuel Valls imposa un rapport de forces hallucinant. Dans ces conditions de gouvernance très défavorables, excluant la recherche du consensus démocratique, cela ne pouvait aboutir qu’à une longue séquence de grandes violences d’Etat de notre histoire contemporaine. Car si le 49.3 est le nom technique de la violence d’Etat à l’Assemblée, concrètement dans la rue, c’est le code barre de la démocratie à coup de boucliers. Quelques jours après sa déclaration vertueuse, une fresque fit son apparition sur les murs de Grenoble : « L’Etat matraquant la démocratie ». Cette scène s'imposait au public avec les délices de l'évidence. Comme un rire triste, elle s’affranchissait de l'étape du raisonnement pour s'adresser directement à l'intellect avec la qualité de l'icône, dans le sens qu'avant même de l'avoir vu, nous l'avions déjà tous à l'esprit après des semaines de brutalités inconcevables.

La violence symbolique du 49.3 était dans la rue une véritable violence physique. Par cette expérience traumatisante, la rue avait à l’esprit (et n’a toujours pas oublié) que :

C’est sous le gouvernement Valls que la Police a réapprit à mettre en joue la foule et à lui tirer dessus avec les flashball.

Que c’est sous le gouvernement Valls que la justice a inauguré l’assignation d’opposants à résidence.

Que c’est sous le gouvernement Valls que l’on pratiqua la « nasse » systématique plutôt que les techniques de « desescalade » et de dialogue continu avec la foule dans un souci d’apaisement et de discernement.

Que c’est sous le gouvernement Valls qu’une certaine méthode du « laissez-faire » et de tentative de « pourrissement » du conflit social par tous les moyens furent dénoncés par la Police.

Que c’est sous le gouvernement Valls qu’il y eu le plus grand nombre de blessés graves lors d’un mouvement social. Sans oublier les centaines de blessés par l’arbitraire de la matraque ou de la grenade hasardeuse, par les coups imbéciles et leurs lots d’hématomes, de déchirures et de points de sutures.

Que c’est sous le gouvernement Valls que les forces de maintien de l’ordre ont fait un usage massif et systématique de gaz lacrymogènes, asphyxiant des milliers de personnes pour faire taire la rue.

Encore parfumée de ces violences piquantes, la rue en pleurs, la rue maltraitée n’a pas oublié Valls. Devenu candidat, elle lui retourne ce qu’elle a subi, sa propre violence démesurée par défaut d’un certain sens de la démocratie. Voici venu le temps où la rue le renvoie, par comité d’accueil remonté, par enfarinade, par gifle publique, puis par gifle radiophonique et demain peut être par gifle électorale. Edwy Plenel écrivait hier : « Le droit de vote n’est pas le fin mot de la démocratie. C’en est même une vision pauvre, sinon archaïque. Voter, cela peut être perdre son pouvoir, en le déléguant à des professionnels qui n’en feront ensuite qu’à leur tête ».

Le début de panique et la fébrilité qui frappe la campagne du candidat nu semblent trahir le pressentiment que la rue n’en faisant qu’à sa tête risque de le renvoyer à son propre archaïsme, à sa pauvreté, de lui faire perdre tout espoir de pouvoir et de l’éliminer par l’exercice de son droit de vote. Mais puisque «La démocratie, ce n’est pas la rue ! La démocratie c’est le vote !», alors, qu’il devienne définitivement la première victime expiatoire de sa vision simpliste.

La militante Louise Weiss entourée de sufragettes, en 1935

Contact Danyel Gill - https://www.facebook.com/profile.php?id=100009591219317

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