François Fillon – « rendre l’argent » l’ultime intox

Après la prise d’otage de la Droite, le chantage au suicide, le coup de l'assassinat politique, voici venu le temps du marchandage et de la rançon. Ou de l’ultime intox ?

François Fillon François Fillon

Miraculeusement, 8 heures avant la fin de la campagne officielle, une source proche et anonyme laisse savoir au conditionnel de façon ‘officieuse’ et ‘confidentielle’ que François Fillon élu président ‘serait prêt à rendre l’argent si…’. (ici ou 12, ). 

Cette belle série de prudences accompagne la diffusion de cette information sensible sur un mode disruptif, annoncée 8 heures avant la trêve. C'est-à-dire précisément, à l’heure la plus opportune où les sceptiques et les prudents ne peuvent plus obtenir la moindre confirmation officielle sur un élément factuelle qualifiant la future présidence potentielle du candidat car il s’agirait de son ‘premier acte’. Extraordinaire non ?

Paradoxalement, ces derniers mois François Fillon s’est refusé à répondre à toutes les questions liées aux affaires qui auront pollué la campagne et bousculé l’opinion. Mais subitement, 8 heures avant que l’on ferme les vannes médiatiques sur l’élection, par la grâce de la confidence et la complicité de quelques médias friand de buzz sensationnels on lance à demi-mot un bon petit coup de com’ furtif désespéré sur le million d’euros abusivement détourné qu’il ‘serait prêt à rendre si…et seulement si les français votaient pour lui.

Le but est simplement de transformer dans les esprits pour quelques heures l’énorme fraude potentielle en emprunt régulier avec bien évidemment, tout le sens de l’honneur et des responsabilités qui l’accompagne. Cet ultime teasing au message subliminal n’a bien sûr pas d’autre objectif que celui de soulager les consciences des électeurs de Droite éprouvés, toujours hésitants et confondus par la tension entre les valeurs de probité et de vertu de son programme et l’indéfendable corruption de celui censé l’incarner.

La candidature mutante de François Fillon, premier candidat mis en examen* de l’histoire de France, aura inauguré dans un registre empruntant aux méthodes d’officines ou de cabinets noirs, de complots, de fake news pour que l'ensemble s’achève par cette ultime intox. Peut-on imaginer sérieusement le général De Gaulle proposer l’air de rien de « rendre l’argent » qu’il aurait abusivement encaissé au profit de son enrichissement personnel à condition de l’élire ? Peut-on l’imaginer proposer ce deal surréaliste à son électorat à l’avant vieille de l’élection ? Peut-on sincèrement imaginer le garant de nos institutions dont le premier acte à la fonction suprême serait de rendre la rançon d’un million d’euros d’une campagne présidentielle qu’il a pris en otage?

Au-delà de l’indécence politique de ce marchandage à distance, ce sont tous nos standards de moralité qui explosent et les valeurs d’une démocratie avancée qui sont insultées. Ce million d’euros qu’il serait « prêt à rendre si » signe en creux la culpabilité de François Fillon dont d’ailleurs le dernier lapsus jeudi sur RTL : « personne n'a réussi à démontrer la vérité » valide par inversion l’hypothèse de la fictivité des emplois.

 

* François Fillon est mis en examen depuis le 14 mars dernier pour « détournement de fonds publics, recel et complicité de détournement de fonds publics, recel et complicité d'abus de biens sociaux, et manquements aux obligations déclaratives à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) », complété par  « faux et usage de faux ».

Contact Facebook - Danyel Gill

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.