Bernard Tapie et Claude Bartolone – Les amants hauts perchés de la République

« L’amitié, c’est pas le copinage » quand on s’appelle 10 fois par jour par amour et sur fond de passion républicaine ? Quel genre d’étincelle dans l’esprit du public quand dans la même semaine l’un remonte au perchoir et l’autre redescend dans l’arène. Bartolone comme syndrome du non renouvellement de la vie politique – Tapie comme celui de la corruption. Un couple au service du succès Frontiste?


Bernard Tapie et Claude Bartolone – Les amants hauts perchés de la République © Danyel Gill Bernard Tapie et Claude Bartolone – Les amants hauts perchés de la République © Danyel Gill
Bartolone élu dimanche soir, se démissionnant avec suffisance le jeudi et retrouvant son fauteuil...l'avant vieille! Tapie condamné définitivement ce mois à la plus lourde peine judiciaire de l’histoire et promettant un feu d’artifice politique pour le trimestre prochain. Un sentiment d’omnipotence et d’immortalité politique.

Des ambitions décomplexées en plein jour et au croisement de leur actualité respective un moment de cruauté grégaire révélateur de notre époque : l’absence de renouvellement du paysage politique. La sensation que le débat est pris en otage par leurs enjeux personnels et leurs  décrochages unis. Dans l’attente, continuer de lutter à leur service, non pas contre cette soumission institutionnelle qu’il nous impose, mais contre ceux qui auraient l’indiscipline d’en passer par l’extrême. Ces primo-frontistes par exemple, dont on nous inculque par renversement qu’ils sont les coupables et qui pour la plupart pensent vainement avoir trouvé une issue dans cette impasse. Quitte à s’accommoder d’un discours moisi face à l’insistance de ce clergé putréfié, de tous ces vieux amants hauts perchés de la République qui badinent impunément en public à pleines bouches.

Quand s’ouvre une enquête préliminaire pour emploi fictif, Bartolone part en campagne. Il est capable hors-sol de revendiquer doctement le titre de Parain du 9.3. mais, précise t’il, dans le sens religieux plutôt que mafieux. L’élu-sincère-démissionnaire du lendemain (allez comprendre ?), au sexisme avéré, s’opposant fermement à toutes les lois de modernisation de la vie politique se refuse à déclarer son patrimoine suspect. Après sa défaite au suffrage, il est réélu triomphalement par « acclamations » quatrième personnage de l’état dans l’ordre de préséance national. Sans siller. Sans douter. L’assemblée représentative nationale nous impose ce trophée en guise de normalité. Hors de toute conscience symbolique, il peut assumer dans une estime tranquille avec la splendeur du cynique, sa relation passionnelle avec l’escroc le plus titré du siècle et de la Vème République : « Je ne connais pas le dossier,… je ne peux pas commenter la décision de justice ».

Bernard Tapie lui, est dans l’ordre protocolaire de l’escroquerie d’Etat, de la corruption, de l’affairisme : Le Génie-Créateur ! Il est judiciairement l’homme vivant le plus radioactif de France à en croire le réquisitoire du Procureur général Marin : « escroquerie en bande organisée pour avoir, en employant des manœuvres frauduleuses, organisé un simulacre d'arbitrage pour tromper l'État à hauteur de 403 millions d’Euros ». Point final ? Non, pas pour nos deux papy-boomers in love de la collusion. Ils sont l’avenir éternel.

Claude Bartolone est élu depuis plus de 38 ans, n’est ce pas une preuve de son éternité ? Localement, un électeur de 56 ans n’a connu que lui depuis sa majorité. Une vie d’électeur soumise à cette petite silhouette indéboulonnable. La démocratie mais aliénée à la carrière d’un seul! Un jeune électeur de 18 ans trouvera aujourd’hui dans le décor du paysage médiatique ; belle initiation, l’hypothèse finalement pas si invraisemblable de la candidature de l’escroc du siècle à la fonction suprême.

Ils forment un couple qui illustre 35 ans de contre-passions française, jusqu’à la caricature. Ils sont de ces protagonistes qui couvrent ; chacun dans sa spécialité, tout le spectre du défaut démocratique quand il se révèle : du manque de rénovation de la vie politique, du clanisme, de l’affairisme, de la compromission, de la corruption des institutions.  Il est temps qu’un petit clergé illuminé interroge l’esprit de cooptation, introduise un peu de coercition dans ses rangs, car à force de se coopter, on finit tous un jour parrain! Dans le sens religieux républicain, bien sûr !... Il est temps que tous les relais médiatiques de France jusqu’au sous-sol de la planète Mars, s’acharnent avec obsession à la promotion du renouvellement de la classe politique. Puis, il s’agit de désaxer le débat, de le réinventer. Car faire le jeu des thèmes frontistes, ou les contester (qui n’est pas vain), c’est toujours se soumettre à leur centralité. Mais inventer, se régénérer, être nouveau, tout beau, tout neuf, de gauche-de droite, changer de dimension, se décaler, s’enthousiasmer, c’est révéler l’obsolescence du FN. Regardez en Espagne, même la jeune droite a réussi à se réinventer ! On désespère que la gauche française s’inspire de cet élan, c’est vous dire !...

Une génération d’enfants un peu gâtés de l’histoire, qui s’est épanouie dans une révolution culturelle, une libération des meurs, qui n’a connu ni la guerre, ni le terrorisme, ni le sida, ni le chômage dans sa jeunesse et qui a hérité d’un trésor : l’Etat Providence. Cette génération, de Bartolone à Tapie, au terme de sa carrière interminable, nous livre un Etat dépouillé de sens, de souveraineté assujettie, d’impuissance politique. Elle n’a pas été dénuée de talents et de quelques accomplissements, mais elle a, tout juste inventé le dixième de progrès dont elle a hérité. Même son propre renouvellement lui fait défaut. Ils sont décidés à nous confisquer jusqu’au bout la représentation et notre projet, qu’importe sa couleur. Faut-il s’étonner de trouver à nos portes le FN comme seul fantasme de régénérescence ? Dont ils osent encore faire leur ultime argument de survie. Bartolone fut le seul candidat de ces régionales a évoqué la race blanche ! Tapie prétexte de la lutte contre le FN pour revenir à nos frais! Nos amants hauts perchés, déconnectés, ne comprennent-ils pas qu’ils sont la cause corrompue qu’il faut traiter.

Au syndrome Bartolone -  doit répondre le renouvellement urgent de la classe politique et la modernisation violente de la vie de nos institutions. De droite-de gauche, c’est la seule solution radicale de lutter politiquement contre le FN.

Au syndrome Tapie -  doit répondre un temps plus ‘réaliste’ de la Justice, de sa réactivité envers les tricheurs de nos institutions. 18 ans en moyenne de procédures pour les cas les plus lourds, les plus ravageurs, c’est l’impunité. Régler le temps de la Justice est un moyen efficace de lutter moralement contre le FN.

Le tribunal de l’opinion lui n’attendra plus. On n’envisage pas qu’un électeur puisse tergiverser 18 ans dans un isoloir sans sanctionner à l’extrême. Pas plus que l’on peut imaginer tel autre voter 18 fois pour le même candidat! C’est un non choix extrême !...

Claude Bartolone au perchoir le jeudi 19 novembre, en plein vote sur l’état d’urgence fut pris d’une crise de fou rire provoquée par un lapsus. Il appelait indifféremment ses compagnons camarades ou inversement. Il trouvait ça drôle, rien d’insultant. De l’humour, dans le sens religieux républicain, bien sûr ! Peut-être riait-il des confidences de Tapie? Sur sa candidature ? Peut-être s’amusait-il du projet modificatif de la Constitution ? Non ! Ce jour là, c’était de nos libertés dont il riait. Ou d’imaginer son nom ou celui de son copain, une farce glissée dans un pli de la Constitution ? Pour l’éternité…

 

Notes:

La réaction de Claude Bartolone à la condamnation de Bernard Tapie : « C’est vrai que depuis, nous avons des liens amicaux et c’est tout. Mais l’amitié, c’est pas le copinage. Il y a une décision de justice, je la respecte. Je ne connais pas ce dossier mais à un moment donné il y a le juge. Il a donné une sentence. Je ne peux pas la commenter. »

Le passage du réquisitoire complet du Procureur général Marin : « pour escroquerie en bande organisée pour avoir, en employant des manœuvres frauduleuses, en l'espèce en participant à un simulacre d'arbitrage dans le contentieux qui l'opposait au consortium de réalisation, trompé le CDR, I'EPFR et l'État, pour les déterminer à payer à ses sociétés et à lui-même une somme d'environ 403 millions d'euros, avec cette circonstance que les faits ont été commis en bande organisée ».

"Quand Tapie téléphone dix fois par jour à Bartolone", ici.

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.