Mélenchon - L’angle mort des pleutres

Qu’inspire le visage politique de Mélenchon ? L’absolutisme de la légitimité – Le Beau Commandant. Vers un dépassement ? Une émancipation ?

Qu’inspire le visage politique de Mélenchon ? L’absolutisme de la légitimité – Le Beau Commandant. Vers un dépassement ? Une émancipation ?

Mélenchon - L'angle mort des pleutres © Danyel Gill Mélenchon - L'angle mort des pleutres © Danyel Gill

Partie 1ère: La verticale de la haine.

Retour sur une contre offensive insultante. Mais, qui sont les pleutres ?

Le chat.

Il est un gros chat noir comique et populaire du folklore russe. Il tire sur tout ce qui bouge, ne dit que des insanités avec ivresse et ne pense qu’à remplir son estomac. Béhémoth, le bouffon du diable du magnifique roman Le Maître et Marguerite de Boulgakov.

C’est aussi le nom du chat de Mélenchon. Cette bête qui libère son verbe violent, son coup de patte. Ce chat noir est devenu dans l’esprit du public, le visage politique de Mélenchon. Il crache sur les morts, honore le nostalgique de Vichy,  victimise l’autocrate Poutine et conclue toujours par l’insulte, cette semaine : « Les pleutres (qui) se sentiront obligés de marquer leurs distances avec moi pour des raisons inventées par d’autres qui auront ainsi bien mérité de la cohorte de mes diabolisateurs ».

Alors, dans l’ambiance accablante des bains russes, répondons-lui par l’angle mort du miroir de sa salle de bains : « Nous, les pleutres, sans aucune raison inventée par d’autres, sommes mis à distance de toi par toi et cette cohorte de chats noirs du diable qui t’habitent et t’environnent! »

Mélenchon dans sa salle de bain.

Homme blanc, la soixantaine, cheveux gris. Trente-cinq ans de carrière, comme ses confrères politiciens, mais lui, la mèche à gauche. Un modèle de la représentation nationale ?! Mais également dans le miroir, le visage d’une légitimité absolue, celle du Beau Commandant, éternel candidat de son ambition.

Mélenchon dans sa salle de bains, c’est d’abord la construction d’une légitimité. Dans l’entre-soi du monde politique puis au sein de la gauche.

Au commencement, un engagement sincère, il accède aux responsabilités, il est incorporé, comme on entre dans un ordre. Fasciné, respect républicain. Dans la construction de sa notabilité grandissante nait également une satisfaction egocentrique, celle de faire parti de ces plus ou moins puissants. Il est subjugué par la puissance et plus c’est haut dans la verticale, plus il a le vertige. Cette très longue vie d’homme politique professionnel l’a pétrie de la culture carriériste de cet environnement corporatiste. C’est d’abord dans le miroir de cet entre-soi qu’il se projette. Le pouvoir en pratique ou symboliquement par procuration, à travers la fréquentation du sommet lui suffisait un temps et mettait à jour sa légitimité politique.

Ce n’est pas un homme d’argent, ce n’est pas cette puissance qui l’intéresse. Il rêve de puissances plus immatérielles. Aujourd’hui c’est d’être identifié, même à crédit, à ce qui le subjugue chez les autres, c'est-à-dire le sommet de la verticale.

C’est un homme politique cultivé, débordé par son amour des livres ? Mais également par la puissance de ce miroir. Encore la puissance, c’est là qu’il s’y trouvera sublime identifié au sommet. La possibilité d’une ambition d’un Narcisse amoureux d’Echo. Une histoire inversée.

A gauche, cette part de légitimité et son talent bien sûr, lui ont permis de s’imposer  comme un candidat crédible à une première campagne présidentielle qu’il réussie en 2012. Mais depuis qu’il  a pris gout à ce miroir,  l’histoire s’inverse…

Ce qui s’est inversé chez lui ? C’est que son engagement, sincère cependant, est dépassé par son ambition narcissique. Il n’a plus les mêmes priorités, ni le même agenda et peut ou doit se livrer pour lui-même à lui-même. Pour une dernière fois, promis.

Ce qui s’est inversé ailleurs ? C’est qu’une autre génération, non carriériste, organisée en collège ou en forum nous redonne l’espoir et nous inspire. Que leur capacité de dépassement et d’émancipation n’est pas compatible avec sa culture politique. Son visage. Il veut nous soumettre à son visage et à son verbe autant qu’il est l’esclave de ses miroirs et de sa carrière éternelle.

Ce soir, spectacle ! Il doit finir de se préparer dans sa salle de bains (houleux) « …sous le vacarme vertical du tumulte de l’orage qui menacent de tourmentes ombrageuses … lavé par la fureur d’une pluie…euh…des ténèbres brulantes!». Hein? Il prenait tout simplement une douche. Chaude ? Et soudain apparait : La figure du Beau Commandant ! Il fut martial cette semaine, «  à son poste de combat » dans sa «Campagne de Russie », « en guerre contre la guerre », des inconnus à la baïonnette. Le visage politique de Mélenchon, au-delà de sa légitimité autoproclamée, c’est régulièrement cette rhétorique désolante du guide agressif et ce visage inspiré du chef de guerre se sentant investi d’une mission. D’une vision ? Celle de son ambition !

Et le Beau Commandant aime les belles médailles. Il aime rendre honneur à ceux qui les méritent,  il dit que « c’est spectaculaire » (de gauche ?) ! Même pour l’adorateur de Vichy ? Oui, il mérite. Le comptemplateur de Pétain, vraiment ? Oui, il mérite vraiment et c’est le bon gout d’un commandant de gauche ?! Il aime à l’extrême le spectacle des honneurs du pouvoir jusqu’aux médailles extrêmes. Résumé du spectacle de son nouveau concept de gauche qui n’appartient qu’à lui seul (et à lui uniquement !) : dans l’angle mort du miroir,  un pleutre imaginaire consterné et trahi, trouvant dans le placard la médaille de Buisson lui dit: «  En vérité, autour de Toi : elle tourne en rond Ta Gauche de Vichy ! »

 

L’espoir renait à gauche, mais l’inspiration en action vient clairement d’ailleurs.

Il consiste en un dépassement de l’absolutisme d’une légitimité et de l’émancipation par le bas.

Dépassement.

Tsipras n’est pas le moins radical de Syriza mais le plus modérateur. Il n’a pas le visage clivant de la contrainte, mais la générosité du sourire. Il avance les bras ouverts, c’est une invitation dans nos esprits. Les grecs et la coalition,  les sujets de son verbe. Un dépassement des limites, à l’intérieur de son propre camp et tourné vers l’extérieur. Une variable essentielle pour le succès du projet. Pragmatisme d’un collège, sans renier les ambitions d’une nouvelle gauche.

Malgré notre confiance ici, dans leur science politique, leur talent, nous n’avons pas pu retenir une certaine appréhension, plus ou moins assumée ou inconsciente, face à leur inexpérience aux affaires. Nous sommes tous comme conditionnés, plus par le besoin des références que par celui des résultats. Et voilà le vrai dépassement dont les grecs ont été capables, un pas de géant démocratique par-dessus le vide de l’inconnu. La vraie compétence est dans l’analyse et non pas dans la représentation. Ils ont su accorder leur confiance à une compétence et non pas à une légitimité. La part d’absolutisme de nos démocraties représentatives, c’est cette soumission volontaire ou irréfléchie à la légitimité des politiciens.Et plus ils sont usés, plus ils nous semblent légitimes !

Mélenchon est le visage de cet absolutisme de la légitimité à gauche. Le vrai problème, c’est qu’il est assez usé ! Et par conséquent pour certains, encore assez légitime.

Un simple pas de côté pacifique suffira et il sera plus fondateur et subversif qu’il nous semble aujourd’hui. J’ai confiance dans notre capacité de dépassement à gauche et nous trouverons ce visage.

Emancipation.

La source, c’est la foule organisée en cercles sur tout le territoire. Elle fait entendre le son de sa voix. Du bas vers le haut, un flux ascensionnel à visages humains. Pablo Iglesias n’en est pas moins radical avec son équipe, ils synthétisent à la console.

Il ne s’agit plus de retrouver la part du discours auquel on s’identifie mais d’y reconnaitre sa part. Ce n’est pas une identification mais une appropriation. Le corps du projet devient la fusion d’expériences intimes et une équipe de programme se met au service de l’analyse et du projet commun.

Aucun génie empathique d’un politicien  ne pourra jamais rivaliser avec l’expression d’une multitude d’expériences particulières organisées. La limite du débat politique de nos démocraties c’est que le flux des idées est descendant. Alors cela fonctionne plutôt par une identification heureuse à un discours autant que possible, mais passée une limite personnelle de compatibilité, il s’agit plutôt d’un processus de soumission continu, plus ou moins conscient et accepté. Et, c’est cette émancipation par rapport au discours, à l’ordre d’en haut qu’il faut encourager en France, au sein des partis et vers l’extérieur.

La notion du cercle chez Mélenchon est celle de sa culture de parti : la centrifugeuse. Il est au centre et tout ce qui ne s’agrège pas à lui fini sur les côtés. Il assure un porte-parolat autoritaire par lequel il empêche toute émancipation. Enfin, des simples sympathisants aux militants politisés, l’identification au projet par ses excès, sa brutalité est devenue impossible. Il n’est pas dans l’invitation et l’enthousiasme.

Cette forme d’émancipation ne semble pas venir pour le moment dans la société française mais pourrait au moins s’appliquer dans le champ du débat d’idées. J’ai confiance dans la capacité d’autres responsables d’initialiser et d’animer cette émancipation « du bas » à gauche. Nous trouverons les personnalités en adéquation avec cet esprit.

Alors, si l’espoir revient à gauche, il faut constater qu’il est inspiré d’un modèle où l’on a su d’abord trouver les capacités de remettre en cause l’absolutisme de la légitimité par le pari gagné de la compétence. Enfin, au regard de notre contexte, nous ne pourrons que nous inspirer d’un modèle plus émancipateur et au minimum nous affranchir définitivement de l’identification au discours exclusif du chef sectaire qui nous est offerte aujourd’hui.

Il est temps.

Au-delà des questions de représentation de la gauche, il est temps de se sentir inspiré !

Il est temps de créer l’enthousiasme et de se sentir invité.

Il est temps de prendre confiance et de ne plus avoir peur, puisque c’est là, en nous nommant « pleutres » qu’il veut nous enfermer.

 

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