COP21 à Paris – Le Droit à la ville sous un ciel d'hélicos

Nous avons pu manifester pour le droit à la "Liberté d’expression' mais nous n’avons pas le droit de manifester librement pour nous exprimer ! ‘Victimes’ indirectes aux blessures invisibles, par notre Droit à la ville, notre visibilité, nous souhaitons simplement devenir des ‘survivants’ au moment où Paris accueille le monde pour simultanément négocier et rêver son avenir...sous un ciel d'hélicos.

 

COP21 à Paris - Le Droit à la ville sous un ciel d'hélicos © Danyel Gill COP21 à Paris - Le Droit à la ville sous un ciel d'hélicos © Danyel Gill

 

 

Nous étions 35 000 parisiens "Not Afraid" Place de la République le 7 janvier. Défoncés, hagards, mais spontanément réunis sans autorisation pour la soirée la plus silencieuse de l'histoire de Paris que 35 000 silences unis n'ont jamais produit depuis le Big Bang. Combien de millions étions-nous à fouler la chaussée dignement le 11 janvier? A arpenter toutes les rues, à récupérer chaque bout de trottoir. Jusqu'aux absents, protagonistes pas si involontaires qui purgeaient salutairement nos caniveaux où osaient rouler des mécaniques ceux, qui ont le permis de conduire ou de couler le monde. Nous étions des millions! A marcher librement, à tuer la peine par ce mouvement collectif. Qui de droite - de gauche, qui au nom de la « liberté d’expression », à délivrer les rues sans-peur, à donner le croche-pattes à la menace dans l’affirmation de nos valeurs.

Du 11 janvier au 29 novembre, le bilan est si paradoxal ! Nous pouvons manifester pour défendre le droit d’expression mais nous n’avons pas le droit de manifester pour nous exprimer !

Paris, sous ce ciel d’hélicos vrombissants, je rêve violemment de revivre ta ville. Et tout aussi pacifiquement pour nous-mêmes ; ‘victimes’ indirectes aux blessures invisibles, par notre droit à la ville, par notre visibilité, de devenir ses ‘survivants’.

Combien de franciliens plus vraiment« Not Afraid » à visiter la Place de la République depuis le 13 novembre ? Tolérés et par séquence, éparpillés, fébriles, soumis aux risques de nos propres paniques subites. Dans cette ronde, notre citoyenneté ? Par la grâce d’une lâche tolérance nous avons pu localement nous endeuillés - civilement - mais par une opportuniste précaution on nous défend de nous réunir en citoyen du monde quand il s’est donné rendez-vous chez nous.  Au-delà des circonstances dramatiques et de l’agenda, les rues, les places par l’occupation des habitants sont l’interface concrète de notre démocratie en chair.  Paris est une cité,  avant même la préexistence de ses murs, de ses limites, c’est d’abord une communauté de citoyens libres et autonomes.  Rasez la ville – la communauté demeure. Supprimez la liberté de réunion - la cité se meurt. Paris est une ville-débat jusqu’au 12 décembre qui ouvre ses portes à la planète pour négocier et simultanément rêver son avenir. Et à la face monde ; tous salons officiels ouverts,  Paris toutes rues muettes ?

Alors, « Marchons, marchons » mais sans se pavaner, sur place et en terrasse pour rêver l’avenir. Délimiter le droit à l’espace urbain c’est d’abord contenir notre imaginaire politique. Sous de bons ou de mauvais prétextes, nous sommes invités à rejoindre ces closeries, pour y déguster un alcool sans ivresse pendant qu’une délégation autorisée tente de ressusciter nos morts et dans l’entre-soi de débattre des enjeux climatiques.  Se rabougrir dans les limites de ces lieux sans éminence en petit collectif, bientôt à l’unité, jusqu’à l’invisibilité. En plat de résistance, du pain, du fromage et du vin jusqu’à l’incurie de nos cœurs : La distribution de repas dans la rue a été interdite par la préfecture, sans autre mesure. Faites disparaitre ces corps affamés de la rue et la question politique n’existe plus puisqu’elle ne se voit plus.

Cloitrer la ville, contenir ses habitants, enfermer son expression dans ses murs, c’est la battre. Nous subissons les coups de l’interdiction, quand il faudrait se réapproprier l’espace, dans un moment d’émancipation universel : La manifestation internationale contre les violences faites aux femmes a été interdite par la préfecture. Et c’est 130 mortes inconnues de l’année future qui disparaissent de notre horizon. On aurait aimé voir le même déluge de feux de ceux-là mêmes qui déclarent l’état d’urgence à prendre les mesures adéquates préventives à ce sujet.

Mais leur longueur de vue a celle de nos déhanchements. Puisque nous sommes tués pour la beauté de nos baisers, par notre façon de se tenir la main, de vivre en musique … 130 morts de plaisir, c’est sublime, non ? Nous mourrons de notre jouissance : La marche internationale de Paris pour la COP 21 a été interdite par la préfecture. Seuls les accrédités auront le droit de se réunir. Sous nos yeux. A Paris nouvelle mode, on ne manifeste que pour défendre le droit d’expression. Aux ‘irresponsables’ qui voudraient dénoncer le gout de pétrole qui coule dans nos bouches, la satisfaction que nous avons à disposer du monde, de ses matières, de profiter de ses richesses sans partage, de nous trouver beaux comme des avions de chasse : silence et zéro participant pacifiste car ce n’est pas ‘raisonnable’.

La raison, c’est 2,5 millions de cris de supporters de football qui débarquent, les marchés de Noël commerciaux qui s’ouvrent, les affiches politiques muettes de la campagne électorale comme preuves de notre démocratie vivante et priez pour Paris. Panem et circenses : bouffez, dépensez et profitez des jeux, on s’occupe de tout !

Vous rêvez encore de consensus démocratique, de sagesse politique ? De discernement et de mesures équilibrées dans l’épreuve ? Levez les yeux. Regardez ce ciel bleu pétrole de matin blême à hélices. La voilà ‘l’Urgence’ ! Elle occupe tout le ciel parisien, pratiquement un hélico par petit président.

Quand il fait ce genre de météo militaire dans le ciel de Paris, le procureur de la République habituellement ne tarde jamais trop à apparaitre sur nos écrans. Mais là, aucune crainte, tout est normal. Tout est dans le nouvel ordre d’état d’urgence tendance couvre-feu. A certains carrefours le code de la route à été supprimé, des sirènes hurlantes l’ont remplacé. Elles autorisent une nouvelle fois à rouler des mécaniques ceux, qui ont le permis de conduire ou de couler le monde. Je les imagine derrière les vitres blindées de leur limousine, à nous regarder bien rangés et alignés en terrasse, tout mignons, à imiter ce que nous sommes. Paris, dans un reflexe haussmannien de façadisme s’offre comme un village Potemkine à une petite élite mondiale soulagée. Les Parisiens qui l’habitent, les franciliens qui l’occupent sont mis hors champs. En quinze jours, la préfecture par un tour de magie autoritaire a transformé Paris en cadastre !

Paris, par notre Droit à la ville, je rêve violemment de revivre ta ville.

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