Marine Le Pen - La marche blanche brune

Je suis bouleversé par cette scène finale indémêlable : le cortège du FN hué mais protégé par la LDJ (Ligue de Défense Juive) rendant hommage devant son domicile à Mireille Knoll.

Marine Le Pen dans la foule - 19h15 Rue Chevreul le 28 mars 2018 Marine Le Pen dans la foule - 19h15 Rue Chevreul le 28 mars 2018
Je suis bouleversé par cette scène finale indémêlable : le cortège du FN hué mais protégé par la LDJ (Ligue de Défense Juive) rendant hommage devant son domicile à Mireille Knoll.

Juive, lointaine sympathisante communiste, tuée par la haine antisémite, ces extrêmes droites unies l’ont privé de l’hommage de camarades anciens et des véritables militants antiracistes sortis violemment à cet endroit bruni de la marche blanche.

Dans cette scène de brume, à cet instant précis, la préemption politique par l’amalgame honteux du Crif est une victoire totale.

Au dessus d’une crête de crânes cagoulés aux gants renforcés, je voyais des roses blanches émues aux grilles de l’immeuble. Je voyais aux pics des pétales de mémoires fanées profilant le cadavre instrumentalisé d’une dame empalée sous nos yeux : «  je meurs deux fois, ici et à l’instant ! »

Moi, je crevais de sidération et d’obsessions en boucle à voir ces petits ou arrières petits enfants juifs d'une victime de l'antisémitisme soutenir avec véhémence les héritiers politiques de la France pétainiste. Et je peux raconter à rebours l’entrée à contresens dans la manifestation de Marine Le Pen, son refoulement, sa sortie sous les huées et son stationnement houleux à l’angle de la Rue Chevreul. Cette vague de réactions populaires outrées par sa présence ne soulageait en rien le malaise des témoins face à ce court circuit mémoriel. Car des premiers gamins de la LDJ protégeaient alors de leur sentinelle aléatoire le cordon des forces de l’ordre qui enveloppait lui, les enfants ou petits enfants des collabos d'hier. Cette procession en peau d’oignons extrême était venue imposer leur hommage cynique avec l'espoir renouvelé de promesse de mort.

De la mort toujours recommencée, par ceux-là même qui à l'époque l’ont organisé. Mireille Knoll avait échappé à leur Rafle du Vel d’hiv, elle n’échapperait plus à leur course folle du soir jusque dans les poubelles de l’histoire et sous bonne escorte d’une ligue de défense juive! Et cette procession des extrêmes droites françaises et israéliennes alliées puait la haine de l’autre, la violence raciste. Ils justifiaient leur combinaison insolite par des noms d’arabes ou leur guerre à l’islam. Ces croisés de Paris évoluèrent ainsi, se densifiant en nombre et en maturité, jusqu’au lieu du crime pour célébrer au plus près de la mort le parfum rance de leur union sacrilège.

C’est dans une marche blanche contre l'antisémitisme en France que j'ai vu de jeunes garçons juifs protéger de vieux antisémites.

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