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Billet de blog 10 déc. 2021

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Gauche présidentielle 2022 - Bal des perdants ou échappée victorieuse ?

Malgré le refus des candidats déclarés Jadot et Mélenchon de se soumettre au verdict de la Primaire Populaire, le nombre d'inscrits potentiels à ce scrutin et la candidature en suspens de C. Taubira devrait les faire réfléchir à ne pas les décevoir.

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La volte-face de Montebourg suivi par Hidalgo fait le buzz depuis midi 8 décembre. Cette initiative de candidats dont les chances tenaient de la peau de chagrin paraîtra dérisoire à tout français conscient du désastre programmé des 7 écuries en lice, laissant le champ libre à Macron, Pécresse, Zemmour ou LePen. Cependant on aurait tort de n’y pas voir une forme de lucidité utile à dessiller les yeux des Jadot et Mélenchon, qui flirtent péniblement pour l’heure avec les 10%.

Stagnation des déclarés

Une chose est claire. La présentation que donnent les médias officiels de la déroute prévisible, en rapportant presque quotidiennement les résultats de sondages de leurs échantillons respectifs de l’électorat, occulte la dynamique inverse incarnée par des citoyens se situant à gauche et demandeurs persévérants d’unité dans les rangs des papables.

Le dernier en date de ces sondages, tiré du malaxage que leur fait subir l’ingénieuse méthode comparative du Huffington Post (voir sous https://bit.ly/3osxObm et appuyer sur « Relancer » pour la mise à jour), donne ce jour le tableau suivant.

Compilation sondages présidentielle 2022 du 9 décembre 2021 © Huffington Post

Les candidats « de gauche » se traînent à l’étale au bas du tableau, Montebourg ne l’atteignant même pas. On peut, en incorrigible optimiste, remarquer que seul Mélenchon aboutit à un score supérieur à celui qu’on lui donnait au début et qu’il se porte un peu mieux que Jadot, quoi qu’en disent les émules du dernier guettant tout frémissement de sa cote sur leur sondeur favori. Il est vrai que celle-ci doit probablement son récent recul aux contrecoups de l’affaire Hulot.

Envolée de la primaire populaire

Nous n’avons pas de graphique représentant l’avance des suffrages des partisans de la Primaire Populaire, parmi lesquels nous nous inscrivons (aussi, car nous avons participé aux deux autres scrutins). Il n’est pourtant pas sorcier de voir qu’à l’inverse de celle des sondages des candidats avérés, elle suit bien une courbe ascendante. Les 83'000 inscrits du 11 septembre, étaient devenus 130'000 le mois suivant (à la fin des parrainages). Ils comptent 240'000 aujourd’hui, gagnant 110'000 partisans (identifiés comme citoyens français âgés de plus de 16 ans via numéro de mobile) en deux mois. Ils  flirtent avec le score de Jean-Luc Mélenchon, parti lui des 150'000 parrainages citoyens (moins sévèrement recensés) visés le 12 novembre 2020, pour tourner autour des 260'000 plus d’un an après selon melenchon2022.fr. EELV se félicitait d’avoir atteint 122'670 inscrits à la primaire écologiste ayant désigné au scrutin uninominal Yannik Jadot d’une courte majorité pour porter les couleurs du parti.

Ces scores ne sont pas directement comparables, car les inscrits à la Primaire Populaire avaient jusqu’à la fin des parrainages la possibilité de parrainer simultanément plusieurs candidats·es de la liste paritaire des top 10, sans avoir à choisir l’un d’entre eux. Les mieux classés de ce round ne totalisent donc les suffrages que d’une fraction des inscrits, les deux têtes de liste, Christiane Taubira et François Ruffin, en collectant respectivement 34'635 et 25'949, soit moins du tiers. Il faut néanmoins partir du fait que le gagnant final de la Primaire Populaire pourra compter sur la totalité des voix des inscrits, donc sur un score supérieur aux 240'000 déjà atteints. 

La représentation médiatique des scores décourageants de candidats déclarés occulte la vigueur croissante qui anime la candidature encore virtuelle du ou de la gagnante de la Primaire Populaire. D’ailleurs, on peut noter un frémissement d’audience auprès de médias qui n’en ont eu jusqu’ici que pour Zemmour. L’agitation s’empare des rangs des prétendants et les interrogations pullulent autour d’une éventuelle candidature de Christiane Taubira, qu’un sondage du Nouvel Observateur couronne comme la plus crédible et désirée du peuple de gauche. Le score de 240’000, pourtant tellement en retrait des ambitions initiales des promoteurs, pourrait bien s’accroître notablement d’ici l’échéance du vote fixé du 27 au 30 janvier. Ce vote est censé départager définitivement les rescapés et investir, même contre leur gré, celle ou celui qui passera en tête. Jointe à un score canon, il n’est pas déraisonnable de conjecturer qu’une candidature de Taubira en outsider devrait contribuer à convaincre Jadot ou Mélenchon de mettre fin à leur course solitaire nous entraînant vers une défaite certaine. Rejoindre la campagne du ou de la candidate qui aurait engrangé ainsi par anticipation l’onction du vote populaire n’aurait aucune raison d’humilier des compétiteurs à la loyale, et ne signerait que l’acceptation d’un verdict imposant le ralliement.

On vient d’apprendre que les deux candidats princeps n’entendent pas céder sans résister à la pression intéressée de Montebourg ou Hidalgo. Jadot, Mélenchon, comme le communiste Roussel du haut de ses deux pourcent, proclament à l’envi que ce qui compte c’est le programme auquel ils ont travaillé et non une n-ième tentative de parier sur une personne. Sans doute la version mise à jour de l’Avenir en Commun de la France Insoumise est-elle plus aboutie et libre de certaines ambiguïtés du Socle Commun, négocié au printemps comme dénominateur commun des plateformes partidaires. Ce programme offrirait notamment de meilleures garanties de remise à plat constitutionnelle ou d’abandon progressif du nucléaire. Mais il faut une solide dose de mauvaise foi pour prétendre à quelque incompatibilité d’alliance plutôt qu’à une saine émulation en campagne présidentielle. D’ailleurs il ne s’agit pas d’un programme ficelé de législature, lequel serait de toutes façons emporté comme fétu de paille si la présidentielle était perdue, mais d’accepter un pré-verdict populaire permettant d’augurer d’une confrontation de 2ème tour entre gauche et droite plutôt qu’entre droite et extrême-droite.

Nous soutenons donc sans hésiter la marche en avant proposée par la Primaire Populaire. Fonçons !

Dario Ciprut, 10 décembre 2021

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