Le plateau, outil moderne d’écriture théâtrale

Après six ouvrages sur les écrivains de plateau, Bruno Tackels publie un nouvel essai : Les écritures de plateau. Cet excellent livre questionne, dans ses grandes mutations, la scène contemporaine d’aujourd’hui.

Après six ouvrages sur les écrivains de plateau, Bruno Tackels publie un nouvel essai : Les écritures de plateau. Cet excellent livre questionne, dans ses grandes mutations, la scène contemporaine d’aujourd’hui. Il s’agit d’analyser les nouvelles écritures théâtrales qui naissent du plateau. L’enjeu de cette  écriture scénique, va au-delà du texte et de la mise en scène. Les actes sont multiples : textuels, visuels, plastiques, et sonores.

Lecture/Théâtre. Les écritures de plateau de Bruno Tackels, aux éditions  Les solitaires intempestifs

Bruno Tackels dissèque point par point, ce concept largement utilisé depuis 1990. Certains artistes du XXIéme siècle : Angélica Liddell, Rodrigo García, Castellucci, Joël Pommerat, François Tanguy ou Pippo Delbono pour ne citer que quelques-uns, remettent en cause le terme « metteur en scène ». Une question difficile est posée en filigrane de cette contestation : malgré leur grande beauté, les textes du passé sont-ils encore actuels ? Sur cette question, on touche un sujet qui divise les anciens et les modernes et fait toujours débat. 

Selon Bruno Tackels, le metteur en scène, en écrivant à même la scène, fait de l’écriture ancienne, une nouvelle lecture. Souvenons-nous de la polémique, à chaque décennie, sur une autre question sensible au XXème siècle : le metteur en scène est-il  oui ou non, auteur de sa création ? S’il crée une nouvelle vie à même la scène, nous pouvons répondre aujourd’hui, oui. La SACD* l’a même consigné  dans le statut social du metteur en scène.  

Le premier chapitre est consacré à l’instant présent qui met au monde la modernité de l’art théâtral. Sa modernité est définie  comme spectacle vivant,  c’est-à-dire joué avec des comédiens en direct sur la scène, qui contrairement au cinéma est un acte passé. Cette évidence fait que le théâtre passe les siècles au grand dam de ceux qui qualifiaient le théâtre d’archaïque et lui prédisaient sa fin. 

Le second chapitre, évoqué par Walter Benjamin**, marque un repère historique, par une révolutionnaire invention, le port de l’habit contemporain au détriment du costume d’époque. Hamlet devient n’importe quel anglais, juste après la Première Guerre mondiale. Cette nouveauté ne sera pas non plus, sans débat ni querelle. Le suivant traite des « fossoyeurs de la mise en scène », avec en tête de liste Samuel Beckett et ses fameuses didascalies. Nous sommes là dans le conflit entre le texte et la scène. Ce qui est figé sur le papier est-il pertinent sur un plateau ici et maintenant ? 

Ensuite l’essai porte sur la désacralisation du texte. Si le théâtre passe de la bougie aux projecteurs, le texte n’a plus de raison d’être découpé en actes ni en scène. Quand,  par exemple, on lit les textes venus du plateau de Rodrigo García, nous constatons que même ses personnages ne sont pas forcément nommés. Il y a une succession de textes qui nous content l’histoire sans qu’aucune didascalie ne vient imposer sa loi. Ce qui fait dire à García dans son livre Cendres 2000-2009*** :

Une fois de plus‚ les textes publiés sont réunis tels des restes de mes créations théâtrales. La littérature n’est qu’une partie‚ rien qu’une partie de mes pièces destinées au théâtre et les mots‚ dissociés de ce qui se passe sur scène‚ se retrouvent redoutablement démunis. 

Nous avons là, avec García , une idée de ce que peut être l’écriture de plateau. Ce moyen justifie la fin des écrivains de plateau, avec la conviction que  le spectacle s’achève dans l’imagination du public. Le reste de l’ouvrage est une affaire de la liberté funambule sur le fil du scandale, avec l’ultime question du comment être dans la postérité ; là où le midi ne sonne pas forcément la même heure à chaque porte. Car l’écriture de plateau, comme tant d’autres innovations, a toujours produit matière à polémique. Alors que le débat soit dense et intemporel s’il doit nous faire aller de l’avant. Les Ècritures de plateau ont de la pertinence vu par Bruno Tackels. Ce livre fera le bonheur de nombreux amateurs de théâtre et d’écritures nouvelles.

*La mise en scène a été reconnue par la jurisprudence comme une création pouvant être, comme tout autre type d’œuvre, protégée par le droit d’auteur.

** Walter Benjamin (1892-1940)  est un philosophe, historien de l’art, critique littéraire, critique d'art et traducteur.

*** Les solitaires Intempestifs

 

Les Écritures de plateau
De Bruno Tackels
Les Solitaires Intempestifs
1 rue Gay-Lussac
25 000 Besançon
http://www.solitairesintempestifs.com/

 

 

 

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