« Portrait de Raoul » de Philippe Minyana, le rêve derrière une porte entrouverte

Quand une porte s’ouvre ou se ferme dans le théâtre de Minyana, il y a  l’existentia des vies humaines qui surgissent des personnages. Alors son humanité est au monde, elle vole avec le verbe rêver, car son écriture  théâtrale est consubstantielle de la parole rêvée : « je crois que le bonheur c’est l’instant où son rêve et sa réalité vont la main dans la main ».

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Le portrait de Raoul est un propos de théâtre qui ne dit pas son nom. Cela vient d’un pays lointain : le Salvador. Là-bas, Mama y Papa après avoir perdu tragiquement deux fils, ont fait une fille. Enfin un garçon a l’âme de femme. 

À El Tránsito Salvador débute la terrible histoire de Raoul : «  quand mon petit frère numéro deux est mort mon père est devenu fou ». Cela pourrait nous rappeler quelque chose, mais ce n’est pas vraiment ce que l’on croit, il y a toujours de la surprise dans l’écriture de Philippe Minyana, elle déstabilise le lecteur qui de fait devient un témoin silencieux et complice. Derrière la porte entrouverte, à El Tránsito Salvador, il y avait le tac tac tac de la machine. Raoul s’asseyait et regardait sa Mama : «  Elle était belle. (…) Et la lumière tombait sur ma Mama qui cousait. Et moi qui rêvais ». Les personnages du dramaturge sont toujours d’exception. Ici Le Portrait de Raoul est une histoire à cause d’un autre Raoul qui s’appelait Raúl Damonte Botana, dit Copi. Un jour Raoul, a l’âme de femme, arrive à Paris dans la loge de Copi qui cherche une habilleuse : «  j’ai téléphoné à ma Mama au Salvador et je lui ai dit : «  je fais l’habilleuse pour un génie ». C’est le premier miracle.

Raoul a appris le Français en apprenant tout Molière par cœur. Il a lu les pièces de Copi : «  c’est pas Molière mais c’est pas mal non plus ». Dans sa loge Copi demande à Raoul de mettre une perruque blonde. Raoul adore la  perruque. Et Copi braille : «  Je le savais tu es une femme ». Deuxième miracle. Cette fois c’est Noureev. Raoul est couturière à l’Opéra de Paris : «  à El Tránsito Salvador on m’aurait dit : «  tu vas bosser à l’Opéra Garnier » j’aurais dit : «  t’es con ou quoi ? » Enfin un troisième miracle. Il  travaille au théâtre Gérard-Philipe à Saint-Denis. Nordey, le directeur, lui demande, en le voyant passer sur la scène, avec une robe dans les bras : «  à quoi tu penses Raoul ? » «  à rien » je dis. Et lui il me dit : «  tu ne veux pas jouer la comédie ? » Et pan je deviens actrice. Et deux jours après je perds ma virginité. J’étais dans l’ombre avec mes aiguilles et mon fil Et me voilà dans la lumière ».

Raoul Fernandez et Philippe Minyana se connaissent depuis longtemps. Pour cet atypique portrait, le dramaturge s’est inspiré d’une suite d’entretiens en dialogue avec le comédien. Pour écrire une bonne pièce, il faut un bon sujet. Raoul n’a pas une existence commune, loin de là. Minyana n’a pas son pareil pour créer un personnage de fiction, avec un être réel. Ce qui est propre à Raoul se définit dans son rôle et se perd quand la représentation baisse le rideau. Il y a la dichotomie d’un Raoul qui joue et d’un Raoul qui vit. Philippe Minyana aime cette façon multiple de donner vie dans l’imagination. Si la biographie de Raoul va parfois dans intime elle laisse le secret derrière la porte fermée.  Car ce n’est pas une thérapie qui préviendrait de je ne sais quoi dans le tragique du personnage. Ici rien ne se soigne, ni ne se soulage. La seule «  maladie » qui se montre dans le texte est matière à jeu pour un acteur. Minyana est reconnaissant envers les professions du théâtre. C’est une occasion pour lui de mettre en lumière : une habilleuse, une couturière, un metteur en scène, un auteur (Copi) et un chorégraphe, dans l’univers de sa merveilleuse écriture théâtrale. Oui, Philippe Minyana va aussi, la main dans main, avec son rêve et sa réalité. 

Portrait de Raoul (qu’est-ce qu’on entend derrière une porte entrouverte) 

Les Solitaires Intempestifs, Éditions

1, rue Gay-Lussac - 25000 Besançon

www.solitairesintempestifs.com

 

 

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