Du côté de Christophe Honoré d’après Marcel Proust

L’œuvre « À la recherche du temps perdu » donne tout ce que l’on peut trouver dans la multitude humaine. « Le côté de Guermantes » traite de la volonté du narrateur d'accéder à l’aristocratie ; et de sa désillusion quand il entre dans les secrets de cette noblesse.

Le côté de Guermantes ®JeanLouisFernandez Le côté de Guermantes ®JeanLouisFernandez
Marcel Proust (1871-1922) commence À la recherche du temps perdu en 1907. Les trois derniers volumes de cette œuvre majeure parurent après sa mort. Le  premier, Du côté de chez Swann, est refusé par Gallimard et publié à compte d’auteur chez Grasset en 1913. 

Est-ce la réponse qu’aurait pu faire Proust à l’éditeur, quand nous lisons Le côté de Guermantes, avec cette apostrophe de M. de Charlus ? :

« (…) Pensez-vous qu'il soit à votre portée de m'offenser ? Vous ne savez donc pas à qui vous parlez ? Croyez-vous que la salive envenimée de cinq cents petits bonshommes de vos amis, juchés les uns sur les autres, arriverait à baver seulement jusqu'à mes augustes orteils ? ».  Cela restera non élucidé, comme les nombreux mystères proustiens de la recherche.

Peut-on adapter Marcel Proust au théâtre ? 

Chaque lecture individuelle n’épuise jamais l’œuvre de Proust. Elle se multiplie dans la vie de son lecteur, sans jamais lui livrer une interprétation unique. L’inconnue d’une vie nous attire ; et l’auteur Du côté de chez Swann d'écrire dans Le côté de Guermantes :  « Nous sommes attirés par toute vie qui nous représente quelque chose d’inconnu, par une dernière illusion à détruire ». C’est peut-être par ce côté destructeur qu’il nous a manqué, dans la mise en scène de Christophe Honoré, ce qui aurait dû être détruit pour construire, avec le récit, du théâtre.

Le rêve du metteur en scène semble être resté dans son sommeil. Si ce qu’il a rêvé, pour Le côté de Guermantes, est comme il l’écrit lui-même, dans sa lettre aux acteurs : «  se fixer un but qu’on ne peut atteindre, rêver d’un passé fabuleux, se tenir incertain au bord de l’eau mais visible depuis l’autre rive, marcher à contre-courant… ce côté de Guermantes est bien celui du théâtre, vous ne devez pas craindre d’être ici en terre inhospitalière ».

Si ce but est inaccessible, inhospitalier, comment nous spectateurs pouvons-nous éviter une désillusion quand le rideau tombe ? Surtout quand il dit plus loin dans sa lettre : «  bien sûr qu’il est ridicule de prétendre adapter Proust, au théâtre, comme au cinéma. C’est une entreprise pourrie d’avance tant ce mot «  adaptation » traîne avec lui des sens contraires et vagues, des ambitions paresseuses et ternes ». Ce serait, toujours selon les dires de Christophe Honoré : «  une prise de pouvoir déplacée ». 

N’est-ce pas ce pouvoir qui a mis sur scène de la littérature en dialogue ? La lecture rêvée du metteur en scène ne veut pas d’adaptation, mais propose une séance de nécromancie. Pourquoi pas ? Nous sommes preneur d’une invocation ! Faisons tourner la table ! Soyons les spectateurs vivants parmi les fantômes !

Mais tout cela n’est pas venu à notre rencontre. La table n’a pas tourné, hélas ! En lieu et place nous avons eu un duo dansé, avec micro et preneur de son. Une polyphonie de dialogue qui parfois se perdait en paroles confuses. Un jeu à la limite du boulevard, même quand l’affaire Dreyfus soulevait des discussions chez les Guermantes. Alors, que nous espérions l’histoire du narrateur Marcel à la recherche d'une aristocratie inaccessible. Fasciné par la Duchesse de Guermantes à qui il voue une passion motivée par sa supposée beauté et sa finesse d’esprit. Dans une douce déception,  le programme de cette adaptation théâtrale nous est tombé des mains. Pourtant il y avait de quoi faire avec une si brillante distribution. Oui nous l’avouons, nous nous sommes parfois ennuyés.  Pour le reste, à vous de voir si le côté spirite de Christophe Honoré vous plaira ou non.

Attention ! c’est la Comédie-Française au théâtre Marigny qui, dans la nuit de Paris, ouvre son plateau dans le lointain, où les personnages passent en voisins. 

LE CÔTÉ DE GUERMANTES d’après Marcel Proust

adaptation et mise en scène Christophe Honoré

scénographie Alban Ho Van et Ariane Bromberger

costumes Pascaline Chavanne

lumière Dominique Bruguière

son Pierre Routin

travail chorégraphique Marlène Saldana

maquillage Vesna Peborde

avec Claude Mathieu, Anne Kessler, Éric Génovèse, Florence Viala, Elsa Lepoivre, Julie Sicard, Loïc Corbery, Serge

Bagdassarian, Gilles David, Stéphane Varupenne, Sébastien Pouderoux, Laurent Lafitte, Rebecca Marder, Dominique Blanc, Yoann Gasiorowski

et les comédiens de l’académie de la Comédie-Française

Aksel Carrez, Mickaël Pelissier, Camille Seitz, Nicolas Verdier

et preneur de son en scène Romain Gonzalez

Première mise en scène de Christophe Honoré à la Comédie-Française

Ce spectacle a fait l’objet en juillet d’une réalisation par Christophe Honoré pour France Télévisions.

La Comédie-Française au THÉÂTRE MARIGNY

Jusqu'au 15 Novembre 2020

 

 

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