« Le petit boucher », de Stanislas Cotton poème dramatique. Chez Lansman Éditeur

Formé au conservatoire de Bruxelles, Stanislas Cotton a travaillé durant une quinzaine d’années comme comédien avant de se consacrer а l’écriture (théâtre et romans). «  Le petit boucher » après avoir été publié chez Lansman est réédité (et c’est une bonne chose) chez le même éditeur en 2019.

Le Petit Boucher de Stanislas Cotton est l’histoire tragique de Félicité qui dans l’enfance doit savoir dans quel ordre mettre les mots. Cela commence au cœur du pays de son père. En Afrique, il y a son village : celui de sa mère. Celui des parents de sa mère et de son père. Celui de ses frères et de ses sœurs. Son pays du soleil où courent les enfants dans la poussière, bavardent les voisines, résonnent les rires, chantent les oiseaux : «  grand-père, grand-père, tu n’as pas vu Antonin ? ». C’est les beaux jours dans le quotidien d’un village heureux : « la vie va son bonhomme de chemin. Bientôt viendra le temps de la récolte. (…) Les anciens lisent dans la terre après le passage du troupeau. Ils déchiffrent les augures ». 

Voilа où vit Félicité , voilа ce qui s’y passe et ce que l’on fait dans le village un dimanche : « mon fiancé bien coiffé, parfumé, tiré à quatre épingles, chemise blanche et cravate, veste et pantalon, chaussure impeccables, me conduit à la messe bras dessus bras dessous… ».

Mais quelle prière faire, après le passage du troupeau sur la colline du pâturage ? Une prière pour les noms, pour les lieux, pour savoir ce que l’on fait ? Alors on en vient а mettre son histoire dans la petite boîte, quand vient un étrange matin. Le présage qu’un mal court : «  un mal sournois se faufile dans les ruelles, les habitants se méfient de leurs voisins (...) Le temps Inquiet S’arrête. (...) Le mal ronge les voisinages, les amitiés. (...) Qui le premier frappe ? Nul ne le sait, mais il advient que l’un tue l’autre ».

Le Petit Boucher de Stanislas Cotton nous parle de la barbarie, de ce que font les humains а d’autres humains. Il nous parle des guerres et des principales victimes : les femmes. 

Félicité est cette voix courageuse qui doit survivre face а la honte et la douleur : «  quels mots peut-on mettre sur ce qui ne peut se dire ? Cet enfer n’est pas la vie ».  Voilа Félicité qui se demande pourquoi son pays du soleil est aujourd’hui maudit et moribond. Cela vient de l’éternité qui s’écoule dans l’éternité d’une cruelle récolte : «  vient le temps de la récolte et se répand le sang, dans le ruisseau s’écoule, Rougeoyant. А la place des eaux gisent les cadavres abandonnés, sur ma terre flottent les corps de mille nageurs noyés ».

Avec l’accent du poète Guillaume Apollinaire (1880-1918), tour après tour se comptent les jours, passent les semaines, Stanislas Cotton décrit dans son récit la folie qui est reine sur un trône, où le pays de Félicité а quelque chose de pourrit. Son écriture est la douleur de l’ignorance de ne pas savoir si la vie est ou n’est pas. Si la vie d’une femme violée doit garder ou expulser le fruit d’un crime sexuel : «  le précheur n’était pas net. Il m’a trompée sur la marchandise. Mon pied aux fesses oui. Dieu non. Il meurt. De lа-haut Paradis, il tombe sur la terre (...) Quelle chute. De lа-haut Paradis à ici ». 

L’hôpital maintenant. Les fantômes meurent aussi. Félicité est parturiente : «  quand j’imagine son visage, je vois celui du boucher (...) Je ne veux pas que tu sortes, je ne veux pas te voir (...) Tu es pris au piège, tu es mon prisonnier, je vais te garder dans mon ventre jusqu’à ma mort ».

Le fiancé Antonin ne reviendra pas. Sur la liste des morts il est en soixante et unième position. Alors Félicité dialogue avec ce monde boiteux, ce vagabond si vieux que l’on ne sait même plus quand il est né. Ses jours sont parfois bons, quand il sifflote des airs anciens. Mais sa voix éraillée siffle aussi les mauvais : «  ceux qu’on ne voudrait pas connaître et dont on ne voudrait jamais se souvenir ». Ce monde porte un sac qui l’épuise : «  il l’ouvre et déverse son contenu dans la poussière. Les cœurs des hommes roulent sur le sol (...) L’épouvante laisse dans l’esprit un vide sidérant ».

Félicité pensait qu’elle ne pourrait plus parler, mais elle est affamée de mots. Alors elle raconte et c’est sa victoire.

Stanislas Cotton nous donne une pièce qui nous émeut profondément. Passé l’effroi de la lecture, nous nous demandons comme  Félicité : «  comment se peut-il que des hommes... ». Cette pièce a été représenté au festival d’Avignon 2019. Espérons que la compagnie l’Esprit de la Forge va la faire tourner partout en France. Car elle est vivement recommandée par Les dits du théâtre.

 

Le petit boucher de Stanislas Cotton 

Lansman éditeur • 63‑65, rue Royale • B‑7141 

Carnières / Morlanwelz

Tél. 00 32 (0) 64 23 78 40

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