«Une vie» de Pascal Rambert, pour dévorer du visage

Une vie, la dernière pièce de Pascal Rambert, a été spécialement écrite pour six acteurs de la Comédie Française*. Nous avons lu pour vous ce texte en 9 tableaux ; à la recherche de l’amour et du sens de la vie.

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Le temps d’une émission monographique sur un artiste, l’art et la vie, imbibées d’une sueur à fleur de peau, se peignent de blanc ; couleur du vide et de la mort. Cette porosité, entre l’art et la vie, incite au dialogue dès la première question : « il n’y a plus d’humains ? ». La réponse est dans les voix, les corps, l’énergie des acteurs qui ne sont pas des personnages de papier, mais des êtres humains dans l’espace vivant du théâtre.

Car on va au théâtre pour dévorer du visage. C’est des cibles mouvantes les acteurs. On les regarde. On les suit comme ça. Ces déplacements. C’est fantastique.

L’interviewer anime l’émission radio en parcourant la vie de cet artiste figuratif. L’invité répond et pose des silences, va du cœur de l’œuvre à la phrase, visite les visages, les jouissances, et énumère les fleurs connues de son herbier intime. 

Si Pascal Rambert se regarde parfois comme un chien qui se lèche ses plaies, il ne retourne pas dans le passé. Ah non ça. Il faut arrêter tout de suite. Toutes ces références. C’est tragique.

Il lance le mot panique dans son écriture. Moi par exemple je n’ai pas peur face à vous. On est tous les deux. On se regarde. Mais ça pour les gens c’est inquiétant. Vous voyez ça fait peur. Je pourrais me lever et vous étrangler par exemple.

La condition humaine est dans les phrases de Rambert. Elle vient de l’intérieur de son écriture qui, après une longue apnée, revient à la surface. Nous sommes des saumons. De sublimes saumons dans le courant du réel. Et nous remontons. Nous remontons pour jouir.

Son jardin, Le jardin avec un L majuscule, est un abri pour ses pleurs. Alors il s’engage pour la beauté, même si l’on s’interroge sur la question de l’art : qui serait de réveiller la violence en nous. Une autre question que l’on pourrait se poser : pourquoi convoque-t-il les fantômes et même le diable ? Pour comprendre le temps d’avant ?

Les fantômes, êtres fluides, sont pourtant loin du réel de l’artiste même sous la forme d’une mère ou d’un frère amer. Le fluide est partout. Dans le sang et les larmes. Vous vouliez savoir ce que c’est qu’un artiste. C’est quelqu’un qui se propose de vivre.  Vivre c’est ne rien vouloir manquer du réel. Car l’artiste est issu du sang et ça le diable le sait trop bien. 

Une vie est une pièce qui va du blanc au vide, de l’art à la vie, de la vie à l’amour. Une écriture « à la phrase » comme la locution adverbiale « à la lettre ». À lire, dans Le jardin parmi les pivoines, en compagnie du diable. Pour un pacte avec lui ?

*La pièce se joue, à la Comédie Française ( la création a eu lieu le 24 mai 2017 au Vieux Colombier), jusqu’au 2 juillet 2017

https://www.comedie-francaise.fr/spectacle-comedie-francaise.php?spid=1553&id=516

 

L’auteur
Honoré en 2016 du prix du Théâtre de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre, Pascal Rambert est publié en France aux Solitaires Intempestifs. Viennent d’y paraître Une vie et Actrice ainsi que Théâtre 1987-2001 (Le Réveil, John & Mary, De mes propres mains, Race, Le Début de l’A.). Clôture de l’amour y fait l’objet d’une réédition dans la collection « classiques contemporains » en juin 2017.

 

Une vie de Pascal Rambert

Les Solitaires Intempestifs
1 Rue Gay Lussac

25000 Besançon-France

Par téléphone : +33 [0]3 81 81 00 22
www.solitairesintempestifs.com

 

 

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