«  Le Gorille » des Jodorowsky, un bel hommage à l’esprit kafkaïen

Le Gorille, adapté et mis en scène par Alejandro Jodorowsky d’après « Rapport pour une académie » de Franz Kafka, raconte la capture d’un singe, son passé et son adaptation aux us et coutumes des hommes.

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L’objectif de la mise en scène de Jodorowsky est clair : « (…) le personnage de Kafka ne parvient jamais à prendre conscience que le bonheur consiste à être ce que l’on est et non ce que les autres veulent que l’on soit. Nous avons donc cherché à poser un regard caustique sur notre vie moderne, montrant l’éveil d’un esprit d’abord primitif, puis vindicatif et enfin accompli, c’est-à-dire conscient de l’inutilité de tout ce paraître qui, dans cette société rétive à la différence, nous éloigne de l’authenticité ».

Pour cette reprise à Paris (après neuf ans de tournées en France et à l’étranger) c’est l’esprit kafkaïen qui est mis en avant, avec la vivacité corporelle, l’humour et l’état de jeu affectif d’un comédien époustouflant, Brontis Jodorowsky. Outre la merveilleuse nouvelle de Kafka, Le Gorille doit aussi son succès à la formidable performance de ce comédien formé à la rigueur sainte du grand Riszard Ciezlak (1937-1990) qui fût le comédien de Jerzy Grotowsky (1933-1999) créateur du Théâtre Pauvre qui a révolutionné l’art de la scène avec son Théâtre Laboratoire à Wroclaw en Pologne, à partir de 1965

C’est aussi l’esprit talentueux et complet d’Alejandro Jodorowsky (fondateur avec Arrabal et Roland Topor du mouvement Panique*), qui se prolonge dans le numéro d’artiste de notre homme-gorille car : « Tout se montre là au grand jour, il n’y a rien à cacher ; quand il s’agit de vérité ». Pour que le héros survit, il faut s’en sortir, accepter le dressage, nous dit sans cesse le personnage simiesque. Mais ce rapport, qu’il fait aux membres d’une Aca­dé­mie des Sciences, souligne que s’il a survécu, il n’est pas dupe pour autant : « Avec la liberté, je le dis en pas­sant, on se trompe trop sou­vent entre hommes ». C’est donc à un résistant de la vie que nous avons à faire. Est-il toujours vu comme un singe par l’académie ? Notre Gorille sait qu’est-ce qu’il est devenu au point d’être prudent avec ses dents « d’homme » pour cas­ser une noix. Jamais il n’a voulu imiter l’homme. Seule sa compréhension des hommes le fait supérieur, dans son évolution,  à cette académie qui le juge et l’écoute. En cela sa conférence est humaine via l’animalité.

Kafka et les Jodorowsky, c’est l’assurance d’un art sans esbroufe avec ou sans papier officiel certifiant leur humanité. Venez saluer ce bel hommage à l’esprit kafkaïen, pour le cinquantenaire du Lucernaire qui accueille ce généreux spectacle.

*Le mouvement panique : http://www.arrabal.org/fpani.html

Le Gorille d’après «  Rapport pour une académie » de Franz Kafka

Texte et mise en scène Alejandro Jodorowsky

Avec Brontis Jodorowsky

© Adrien Lecouturier

Lucernaire

53 rue Notre-Dame-Des-Champs 75006 Paris

Réservation : 0145445734

www.lucernaire.fr

 

 

 

 

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