Livre/Théâtre. Rodrigo García. Cendres 2000-2009, Les solitaires intempestifs

Dans les pièces de Rodrigo García, les dialogues sont rares et les personnages ne sont pas vraiment des adeptes de la méthode Stanislavski*. Peu importe d’ailleurs. Il fait partie des auteurs dits de plateau : avec eux, c’est ce qui se voit qui s’incarne au théâtre. 

Dans les pièces de Rodrigo García, les dialogues sont rares et les personnages ne sont pas vraiment des adeptes de la méthode Stanislavski*. Peu importe d’ailleurs. Il fait partie des auteurs dits de plateau : avec eux, c’est ce qui se voit qui s’incarne au théâtre. 

Livre/Théâtre. Rodrigo García. Cendres 2000-2009, Les solitaires intempestifs  

 

Dans les pièces de Rodrigo García, les dialogues sont rares et les personnages ne sont pas vraiment des adeptes de la méthode Stanislavski*. Peu importe d’ailleurs. Il fait partie des auteurs dits de plateau : avec eux, c’est ce qui se voit qui s’incarne au théâtre. 

Ce qui a brûlé sur la scène laisse les cendres des mots publiés à la littérature, qui n’est qu’une partie de son théâtre, selon lui. Comme tout écrivain de plateau, García ne peut dissocier le textuel du  scénique qui forme la structure de la représentation et lui donne sa raison d’être. On jette le ketchup de la même manière que l’on jette les  projections de textes sur un écran.  

Ce qu’on lit dans Cendres 2000-2009 est une farce à jouer par tous*. Une farce dans tous les sens du mot. Nous y trouvons le dilemme d’un homme qui prit de diarrhée se demande s’il faut : laisser les toilettes propres et passer pour un voleur de serviettes, ou bien laisser de la merde partout ? Pourquoi les Noëls se succèdent sans qu’un seul ne soit jamais joyeux et festif. Et bien d’autres histoires encore.

Impertinence soit ma plus grande vertu

L’auteur fait le constat d’un monde plein de verrues et bouffi de bêtise. Sa révolte est hurlée par des guitares électriques au grand jour, tout est étalé sur ce théâtre qui fait table rase de l’hypocrisie. Le plateau est un forum où tout se dit de la façon la plus brutale ; avec une sexualité gore dans une laideur voulue et revendiqué : de la bouillie de McDonald’s dans une pollution scatologique rieuse d’elle-même.

Chez Rodrigo García, comme chez d’autres, l’enfer est issu de l’homme et pas le contraire. La parole est libre de tous les thèmes. García travaille sur des symboles, même les plus délicats à traiter, et cela ne plaît pas à tous les spectateurs. Auschwitz résonne encore chez les survivants, il en parle. Les guerres sont encore à nos portes, les polémiques religieuses et racistes sont dans nos propres pays, il en parle. La maltraitance d’enfants selon qu’il est bien situé ou non sur notre planète, il en parle. Impertinence soit ma plus grande vertu, dit-il dans After sun à propos de l’espoir et de ses limites.

 

Alors contre toute cette farce merdique du monde, García revendique le rire pour seul salut. Mais qui rit de qui, et de quoi ? Celui qui tend la joue ou celui qui la frappe ? Recevoir des raclées après tout n’est-ce pas un lieu commun dans un monde qui prône le succès à tout prix et marche sur celui qui a le malheur d’être un loser ou un poète ? A-t-on encore le droit de rater, de mal faire ? Qui fait la hiérarchie, qui dirige notre planète ? Faut-il faire des listes pour trouver du sens entre Diego Maradona ou Isaac, le gars de la Bible ? C’est dans l’abondance de clichés et dans le grossissement des préjugés que le théâtre de García tue le bien-pensant qui ose passer par la fiction de ses histoires. Car à travers l’ubuesque comédie humaine, c’est bien de la vie  réelle dont nous parle l’auteur dans Cendres 2000-2009

La vie qui donne raison à ceux qui, comme García, défendent la liberté pour un monde meilleur, comme l’actualité nous le montre une nouvelle fois, aujourd’hui en 2015, avec l’attentat ignoble qui a tué 12 personnes à la rédaction de Charlie Hebdo.

J’ai eu un grand espoir. J’ai trouvé des forces extraordinaires pour créer sans souffler, sans me rendre compte qu’il s’agissait d’une entreprise titanesque pour un gars comme moi. Voici venu le moment de la déconvenue, du doute et du tremblement. J’ai beau chercher, je ne trouve aucun rapport entre mon œuvre et l’amélioration d’un monde malade. Rodrigo García

*Constantin Stanislavski, comédien, metteur en scène et professeur d’art dramatique (1863-1938)

**Arthur Rimbaud poète (1854-1891), Une saison en enfer 

 

Cendres 2000-2009

Rodrigo García

Les solitaires intempestifs

1 Rue Gay Lussac

25000 Besançon - France

Par téléphone : +33 [0]3 81 81 00 22

Par fax : +33 [0]3 81 83 32 15

http://www.solitairesintempestifs.com

ISBN : 978-2-84681-337-2

Date de parution : 21-11-2011

Nombre de pages : 368 pages

Collection : Œuvres choisies

 

 

 

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