Les bijoux de pacotille, de Céline Milliat-Baumgartner, sont inestimables

Au théâtre du Rond-Point, Céline Milliat-Baumgartner et Pauline Bureau, sœurs siamoises de théâtre, font renaître des cendres d'une carcasse de voiture, l'histoire d'une orpheline qui a perdu ses parents dans un tragique accident de la route. La pièce s’appelle «  Les bijoux de pacotille » , ils sont inestimables.

©Pierre Grobois ©Pierre Grobois
En ce soir de première un pressentiment s'invite. L'indicible qui va se réaliser, sur la scène encore nue,  semble concerner tout le public. Il y a de l’effervescence dans la salle Roland Topor (1938-1997) comme un doux mouvement de " Panique" dirait celui qui en fut l'un de ses membres. Le vide, comme un baume au cœur, nous réconforte de ce qui va  apparaître de ce trou noir. Encre d’une écriture où les mots du deuil se font voix : il était une petite orpheline de 8 ans, un soir de juin 1985Sur une route de Saint-Germain-en-Laye, à l'entrée d'un tunnel, git une carcasse de voiture. Banal accident. Une boucle d’oreille jaune en forme de fleur, deux bracelets, deux corps calcinés, sans identités, ont émergé des restes du véhicule. 

Un moment de vie à travers le souvenir

Les bijoux de pacotille ne tiennent pas du spectacle, mais d'un moment de vie. Du grand théâtre en somme, issu du souvenir secret de Céline Milliat-Baumgartner. Elle est en scène en robe bleu ciel. Dans ses mains, une petite boîte en carton contenant tout son héritage : des bijoux de pacotille, des photos et des chaussons de danse. Sa belle voix de femme a pris le grain tendre d'une petite fille qui, dans son beau miroir, va marcher sur la mer ou danser sur les merveilleux nuages. C'est d'une image dansée qu'elle nous parle de sa mère, son héroïne, actrice qui joua jadis dans un film de François Truffaut : " mais ce n'est pas l'originale, c'est un monde perdu, son personnage est nul ce n'est pas ma mère. Mon père lui est dans un trou noir, mais quand je regarde sa photo, je le trouve beau. Je serais tombée amoureuse de lui, si n'étant pas mon père, je le voyais dans la rue aujourd'hui".

Pauline Bureau, dans cette pièce à un personnage, convoque dans sa mise en scène l'intime d'une fiction, venue du récit autobiographique de la merveilleuse comédienne Céline Milliat-Baumgartner. Ces deux grandes dames de théâtre nous ravissent avec la magie de Benoît Dattez, où la scénographie d’Emmanuelle Roy n'apparaît que dans le présent de la narration ; pour mieux servir le jeu de l'interprète livrée corps et âme à : " une enfance trouble, trouée d'oubli, album de souvenirs inventés, extrapolés".

Il n'y a pas de larmes dans le jeu de la comédienne, elles ne sont que sur l'oeil du spectateur. Pas longtemps, car la résilience du récit se raconte avec humour, esprit et tact. Pauline Bureau a su saisir aussi ce qui se raconte dans la gestuelle gracieuse de sa comédienne et Céline Milliat-Baumgartner s'est abandonnée dans l'écoute et la confiance partagée. Ce duo magique a puisé au plus profond du souvenir  : " ceux qui restent, ceux qui ont disparu, ceux qui n'ont jamais existé (…)".

La pièce, Les bijoux de pacotille, est une écriture authentique où l'enfance de Céline Milliat-Baumgartner met au monde ses propres parents. Et ensemble, nous rêverons à cette invention de l'esprit qu'est l'enfance. Alors venez rêver au théâtre du Rond-Point, Les bijoux de pacotille, c'est tout simplement prodigieux.

Les bijoux de pacotille 

Texte et interprétation : Céline Milliat-Baumgartner

Mise en scène : Pauline Bureau

Scénographie : Emmanuelle Roy

Costumes et accessoires : Alice Touvet

Composition musicale et sonore : Vincent Hulot

Lumières et régie générale : Bruno Brinas

Dramaturgie : Benoîte Bureau

Vidéo : Christophe Touche

Magie : Benoît Dattez

Travail chorégraphique : Cécile Zanibelli

- du 6 au 31 mars au théâtre du Rond-Point

- le 6 avril au théâtre de Chelles.

https://www.theatredurondpoint.fr

 

 

 

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