États Généraux des écrivaines et écrivains de théâtre. Un exercice vain ?

Les 11, 12 et 13 juillet 2019 ont clôturé les «  États Généraux des Écrivaines et Écrivains de Théâtre ». Neuf commissions devaient apporter une réponse et des propositions, mais nous sommes en novembre et toujours rien à l’horizon dramaturgique.

L’historique des «  États Généraux des Écrivaines et Écrivains de Théâtre » est né de l’article de Libération du 11 janvier 2018 : «  a-t-on encore besoin d’auteurs ? ». À la suite de ce papier, les auteurs et autrices de théâtre avaient décidé de lancer une vaste réflexion sur la place des écritures dramatiques dans la société et sur celles des auteurs dans les théâtres. 

Un comité de pilotage, d’une vingtaine de personnes, a abordé tous les sujets de l’écriture, comme le statut juridique des écrivain.e.s, leur formation, leur rémunération en résidence etc. Afin de déterminer les actions des Écrivaines et Écrivains de Théâtre et leurs réflexions  culturelles. In fine, une charte a été, rédigée, restituée et publiée en juillet à la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon. Mais, sauf erreur de notre part, toujours pas d’actualité sur le sujet.

La question du bien-fondé de ces États Généraux a été pourtant posée. Si l’on se remémore des « États généraux de la culture » en 1987 par Jack Ralite, il y a de quoi poser la question. Le bilan, à l’époque, n’avait pas vraiment satisfait l'assemblée.  

Pour les «  États Généraux des Écrivaines et Écrivains de Théâtre », s'est posée aussi la question de la légitimité que donne le gouvernement aux  auteurs et autrices ? Quelle est la place attribuée aux dramaturges dans la société française quand l’ambition artistique est limitée à une politique culturelle qui rogne de saison en saison les subventions de nos théâtres et compagnies ?  Le ni association, ni syndicat, ni parti que vantait Jack Ralite est-il toujours d’actualité ? Parmi les commissions, celle de la parité autrices/auteurs devrait être centrale pour la rédaction d’une charte qui devrait rayonner jusqu’à l’international. Qu’en est-il aujourd’hui ?

L’art n’est pas un huis clos !

Cette sensation interrogative vient du caractère élitiste de la politique gouvernementale. Dans les années 80 la culture avait pour mission : « de permettre à tous les Français de cultiver leur capacité d’inventer et de créer (…) de préserver le patrimoine culturel national, régional, ou des divers groupes sociaux pour le profit commun de la collectivité tout entière ».

Nous disons que ces belles paroles ont les lèvres bien loin de la coupe et qu’un breuvage inaccessible ne peut étancher une soif légitime. Car les hiérarchies culturelles sont bien établies et empêchent la fameuse « capacité d’inventer et de créer ». Si nous voulons que notre culture soit forte, il faudrait déjà ne pas l’affaiblir. En premier lieu en aérant et diversifiant les comités de lecture, les résidences d’auteur.e.s, les artistes associés etc. Nous voyons depuis trop longtemps les mêmes noms (souvent des hommes) participer au tour de France des gens en place dans les théâtres, sans jamais en changer. N’est-il pas temps aussi de réorganiser et renouveler « l’administration des lettres »,  dans toutes les structures d’aides et de concours d’auteur.e.s, en ouvrant à d’autres lecteurs et lectrices, pour donner un peu d’air frais au auteur.e.s qui ont l’impression d’être lus pour énième fois par les mêmes yeux, que ce soit à la SACD, Arcena, Théâtre Ouvert, La Mousson d’été, et bien d’autres comités de lecture. 

La création culturelle en matière de théâtre vient des écrivaines et écrivains et des artistes qui œuvrent pour et avec autrui. Ils doivent occuper une place de choix dans la société. C’est un droit civique et social qui ne devrait pas faire débat. Une société qui perdrait de vue ce droit ne serait qu’un produit marchand dans une grande surface. La culture est un art de vivre. Nous ne pouvons plus rester silencieux, trop grande est l’injustice dans les arts et la culture. Pour cela il faut mettre un terme aux habitudes claniques qui ont trop perduré et en finir avec les privilèges de certain.e.s. Nous n’avons (sauf erreur) à ce jour aucune nouvelle de la charte des «  États Généraux des Écrivaines et Écrivains de Théâtre » qui se sont tenus en juillet à la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon. Faisons vœu ici qu’elle sera ouverte au sein de la cité, et servira les intérêts de tous. Cessons d’être « entre nous », l’art n’est pas un huis clos !

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