Les filles du Trois et demi Floppies, une tragédie contemporaine
En ouverture de la pièce les répliques fusent. Il est question de coke, d’un Chieur. Ce dernier aurait mis enceinte la cousine d’une des deux filles qui se partagent un taudis dans la ville de Tijuana* à la frontière mexicaine : « - (…) il m’a dit qu’il te reste de la coke.
- S'il m'en restait, le Chieur serait pas parti avec mon ouvre-boîte à cinq heures du mat ».
Les filles du trois et demi sont anonymes, dans la misère contemporaine. L’une est mère de famille et doit payer la mensualité de l'école. L’autre fait le ménage dans son lieu de vie pour oublier la prostitution et la dépendance à la coke : « Je connais toutes les putains de mères du monde. Des mères qui ont jamais assez pour payer la mensualité et qui viennent me demander: « T'as de la coke ? T'as de la coke ? »
L’enfant de la première est dans la même école que la seconde, mais pas dans la même classe : « Ça fait qu’ils sont pas dans la même classe, et Dieu veuille que ça n’arrive jamais pour que j'aie pas à être dans la même réunion de parents d’élèves, avec toi en train de me faire chier à propos de la coke, pendant que la maîtresse nous demande vingt pesos pour que les enfants aillent au théâtre ».
Voilà avec quelques répliques l’univers où baigne le texte de Luis Enrique Gutiérrez Ortiz Monasterio. Las chics del Très y media floppies a déjà été crée à Mexico et comptent parmi ses pièces les plus représentées. Il a reçu plusieurs prix nationaux, dont le prix Juan Ruiz de Alarcon pour l’ensemble de son œuvre en 2014.
Pour la mise en scène, David Le Rheun nous parle d’une tragédie. De l’énergie et la vitalité du désespoir, dans une époque, d’un milieu social et d’un lieu précis. Il nous dit que c’est là : « que la mise en scène de ce texte devra accompagner, soigner, subtilement souligner ». Le tout sans laisser la caricature s’installer. Tout à fait d’accord, mais pour que cela advienne, nous pensons que la sincérité devrait être plus présente et moins en force dans cette proposition, encore brute de décoffrage, lors de cette première à Paris. Cela devrait se corriger au fur et à mesure des représentations. C’est au théâtre Le Funambule.
*Tijuana est une ville du Mexique dangereuse, où la corruption règne.
Les Filles du Trois et Demi
De Luis E. Gutiérrez Ortiz MONASTERIO
Traduction Boris Schoemann et Manuel Ulloa Colonia
Publié aux éditions Le Miroir qui fume
Mise en scène David Le Rheun
Avec Perrine Dauger
Laure Portier en alternance avec Marjorie de Larquier
DU 5 NOVEMBRE 2018 AU 29 JANVIER 2019
Le Funambule théâtre
53 rue des Saules
75018 Paris
Métro Lamarck Caulaincourt
Tel : 01 42 23 88 83