Bernard Sobel n’a pas sorti les dieux de la machine théâtrale, au T2G

En entrant dans la salle, nous voyons un film qui met en action des constructeurs de décors. Cela nous amène, peu à peu, dans l’intime du théâtre avant le théâtre, et nous nous imaginons que les colonnes en trompe l’oeil, vont restituer un temple de la période classique, probablement le Parthénon. Hélas ! Notre imagination était trop exigeante.

©Hervé Bellamy ©Hervé Bellamy
Dionysos entre sous la forme d’un mortel : « Me voici venu ici, au pays des Thébains, moi, fils de Zeus, Dionysos, qu'a enfanté jadis la fille de Cadmos, Sémélé, accouchée par la foudre qu'arment les éclairs. J'ai changé ma forme divine pour celle d'un mortel et j'arrive à la fontaine de Dircé et au fleuve d'Isménos. Je vois le tombeau de ma mère foudroyée, ici, près du palais, les ruines encore fumantes de sa demeure, et la flamme toujours vivante du feu divin. Immortelle vengeance d'Héra contre ma mère ! ».

D’entrée quelque chose ne prend pas. Comme n’a pas pris la continuité du film au lever du rideau. Toute la belle énergie des « Titans » de la technique a disparu. Et notre pauvre Dionysos est plus proche d’un sympathique animateur que du Dieu terrible supposé. De tout ce qui magnifie le théâtre, Bernard Sobel ne nous restitue que quelques éléments de polystyrènes abandonnés à cour et à jardin avec, ce qui n’est pas nouveau, la machinerie à vue. Quant à la fontaine de Dircé où le feu divin brûle encore, c’est par respect, au grand homme de théâtre que nous avons aimé, que nous ne rions pas. Nous devons encore nous retenir à l’arrivée du choeur. Que dire ? Rien. Quand les costumes font fausse route au théâtre, ils ne font pas les moines, hélas ! Si le but est de ne pas faire réaliste, c’est presque parfait. 

Sur le traitement de la pièce d’Euripide (-480 -406), nous cherchons le propos de théâtre et son objectif. Est-ce comme à la Mousson d’été une mise en écriture, pour faire entendre le texte ? Ou bien est-ce, au contraire, pour donner une datation au carbone 14 si chère aux archéologues ? Si cela est la raison, nous pouvons constater qu’Euripide, en grand dramaturge, traite bien son sujet avant J.-C., et nous comprenons, sans peine, que Penthée refuse le culte de Dionysos : «  Or Cadmos a remis son titre et son pouvoir royal à Penthée, le fils de sa fille, qui combat un dieu en ma personne, m'exclut des libations et, dans ses prières, ne fait jamais mention de moi. Aussi je vais lui montrer, à lui et à tous les Thébains, que je suis un Dieu, de par ma naissance ». Donc si tout est dans l’écriture pourquoi ne pas lire la pièce au pupitre ? 

Un souci cependant, la pièce est une sur une thématique théâtrale, elle a besoin d’illusions, de décadence, de folie, pour que l’extatique tragique de l’horreur nous parvienne. Car il s'agit de la tragédie de la faiblesse humaine, face à la cruauté divine. Dionysos, Dieu de la vigne, n’est-il pas aussi le Dieu de la comédie et de la tragédie ? Cette dernière, n’est-elle pas faite de terreur et de pitié, avec la vraisemblance pour but final ? Heureusement, au dénouement, avec la tractopelle à mâchoire (Deus ex machina magnifique), notre imagination nous est revenue si puissante, que nous avons été tristes que Monsieur Sobel n’ait pu adapter, au présent de la scène, ce qui était dans le film.

Les Bacchante d’Euripide

du 8 au 10 février 2019

vendredi à 20h, samedi à 18h, dimanche à 16h

plateau 1 durée 1h30
mise en scène Bernard Sobel
texte français et collaboration artistique Michèle Raoul-Davis collaborations artistiques Betsy Jolas, François Raffinot
assistant à la mise en scène Sylvain Martin
scénographie Jacqueline Bosson sur une idée originale de Lucio Fanti costumes Elodie Madebos
masque Erhard Stiefel
lumière Vincent Millet
son Bernard Valléry
vidéo Florent Ruch et Tchili

avec Eric Castex, Salomé Diénis Meulien, Claude Guyonnet, Loulou Hanssen, Jean-Claude Jay, Matthieu Marie, Sylvain Martin, Vincent Minne, Morgane Real, Tchili, Alexiane Torres

T2G - Théâtre de Gennevilliers
41 avenue des Grésillons, 92230 Gennevilliers 

Standard 01 41 32 26 10 

https://www.theatre2gennevilliers.com

 

 

 

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