«La magie lente» de Denis Lachaud s'opère au théâtre de Belleville

Pierre Notte met en scène « La magie lente » pièce de Denis Lachaud. Un texte au fin fond de la douleur intime d'un enfant, puis d'un homme. Avec une parole qui, d'un mot à l'autre, va de la sodomie au viol. Benoît Giros, dans le rôle du patient Louvier, est sidérant de vérité.

DR La magie lente DR La magie lente
La parole, magie lente du souvenir

Denis Lachaud ne se trompe pas dans ce qu'il y a de théâtral dans toutes les psychoses. Qu’elles viennent de la schizophrénie, ou du trouble bipolaire, dont il est question dans sa pièce La magie lente : «  J’ai eu la chance de disposer, pour concevoir le texte, de l’aide de plusieurs chefs de service en psychiatrie, prêts à m’accueillir pour me permettre de comprendre cette pathologie, ce qu’elle implique dans la vie des patients qui en souffrent ».

Dans son écriture, par le traitement des mots, se trouve donc «  la cure de la parole ». Par les détours du langage, de l’écoute, Denis Lachaud emprunte, par un travail sous-jacent, l’indicible  des maux à venir. Il raconte, le délai de réflexion d'une réminiscence qui coure sur toute la vie d'un homme traumatisé. 

Ce temps pour penser, après le souvenir, et accepter le diagnostique d'un lourd secret de famille, se situe sous le regard d'un ministre, lors d'un séminaire de psychiatrie. Le conférencier  traite de l'erreur de diagnostic, et nous raconte l'histoire, d'un patient qui se croyait schizophrène, et du temps qu'il lui a fallu pour parler de son viol. Pour rappel, chaque année, 155 000 enfants sont victimes de viol ou tentatives de viol. Dans 94% des cas les agresseurs font partie de l'entourage de la famille et 54% de la famille elle-même. Il est donc important de défendre ce théâtre qui combat les dérives humaines : «  ne rien faire, c’est aggraver des violences qui se reproduisent de proche en proche et de génération en génération ».

La grande réussite de cette création engagée, outre la qualité de la pièce, vient de la relation du metteur en scène avec son comédien, où, dans un espace vide, l'art de l'acteur est à l'honneur. Car, la magie lente* c'est aussi ce qui s'opère sur le plateau, nous dit Pierre Notte.

* Le titre, «  La magie lente » a été inspiré à Denis Lachaud par une réflexion de Sigmund Freud : "La psychanalyse est une magie lente".

 

La magie lente

De Denis Lachaud 

Mise en scène Pierre Notte

Avec Benoit Giros

 

Théâtre de Belleville

http://www.theatredebelleville.com

Jusqu'au 15 avril 2018

Puis du 6 au 28 juillet 2018 

à Avignon http://www.festival-avignon.com/fr/

 

 

 

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