Le Roi Lear de William Shakespeare, à la 69ème édition du festival d’Avignon

Le Roi Lear, de William Shakespeare (1564-1616), est une histoire simple qui renferme, en elle-même, toute la complexité de l’humanité universelle.

Le Roi Lear, de William Shakespeare (1564-1616), est une histoire simple qui renferme, en elle-même, toute la complexité de l’humanité universelle. Lear déshérite Cordélia, sa fille la plus sincère au profit des paroles hypocrites de ses deux soeurs, Regan et Goneril. C’est une tragédie filiale liée à une intrigue secondaire qui implique le fils illégitime de Gloucester, Edmond, qui discrédite son frère Edgar et trahit son père. Voilà comment ce texte intemporel est encore et toujours notre contemporain, comme disait Jan Kott (1914-2001). 

Quand Lear s’enlise dans un trou noir mouvant

Après avoir monté son premier Shakespeare, Roméo et Juliette* à l’Odéon en 2011, nous attendions avec curiosité ce qu’allait nous concocter Olivier Py, avec Le roi Lear. 

Cette fois-ci, Py en fait une pièce pour le vingtième siècle, avec une nouvelle traduction. À la question : qui, de ses trois filles, exprimera le mieux son amour au royal père qu’est Lear ? L’auteur-metteur en scène nous donne à entendre le silence comme machine de guerre, où la parole fausse instrumentalise cet appareil. Lear est au coeur de sa création. Il veut  rencontrer une présence au monde par le relai du théâtre dans une époque nettement définie. La réflexion de Py se porte sur le politique, la foi, le pouvoir et l'humanité-monde. Il se dit architecte défiant l’immobilité de la matière, aidé en cela par les scénographies de Pierre-André Weitz.

Tout ce programme, quand on le lit, est alléchant et suscite l’intérêt. Mais hélas, nous n’en voyons qu’un très faible pourcentage sur le plateau. Si Olivier Py pense clairement et lucidement à l’écrit, à l’oral sa version de Lear devient grotesque et remplie de clichés navrants (le tutu, la nudité gratuite des hommes, les femmes en rose, le motard à corne de diable etc.). Sa version de Lear s’enlise dans un trou noir, froid et autiste. L’histoire ne nous parvient pas et nous laisse insensibles. Au bout du compte très peu de théâtre et beaucoup de branlette intellectuelle. Le théâtre est si beau dans une action simple, pourquoi Olivier Py met-il en scène son ego au lieu de représenter l’universel d’un art vivant ? Pourquoi tout compliquer en voulant à tout prix réécrire un chef-d’oeuvre ? Oui, disons-le encore une fois : l’art est vraiment difficile !

 

*Lire l’article Roméo et Juliette : http://unfauteuilpourlorchestre.com/olivier-py-sinspire-de-shakespeare-pour-romeo-et-juliette-a-lodeon-un-coup-de-maitre/

 

Le Roi Lear

De William Shakespeare

Traduction et mise en scène Olivier Py
Scénographie, décor, costumes et maquillage Pierre-André Weitz
Lumière Bertrand Killy
Son Rémi Berger Spirou
Assistanat à la mise en scène Thomas PougetAprès
Technique et production Festival d'Avignon 

Avec Jean-Damien Barbin Le Fou
Moustafa Benaïbout Cornouailles, Un messager
Nâzim Boudjenah (de la Comédie-Française) Edmond
Amira Casar Goneril
Céline Chéenne Régane
Eddie Chignara Kent
Matthieu Dessertine Edgar
Émilien Diard-Detoeuf Oswald, Bourgogne
Philippe Girard Lear
Damien Lehman France
Thomas Pouget Écosse, Un serviteur, Un vieil homme
Laura Ruiz Tamayo Cordélia
Jean-Marie Winling Gloucester

http://www.festival-avignon.com/fr/spectacles/2015/le-roi-lear

 

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