Jacques Attali uchronique* dans ses «Présents Parallèles»

Une pièce de théâtre à quatre dimensions. Des mondes parallèles qui se rencontrent. L’Histoire revisitée dans son contraire. C’est ce que propose Jacques Attali dans l’espace et le temps de la fiction. En quelque sorte une matriochka théâtrale où chaque poupée joue, au présent parallèle de la fiction, une action supposée.

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Trois possibilités parallèles. La première. En 1943 le grand-père d’une femme de théâtre écrit une pièce. Hitler a gagné la guerre. Nous sommes en 2016 et Paris est toujours occupé.  Ce texte trouvera-t-il un producteur ? La seconde. Le grand-père  a écrit une pièce se déroulant en 2016, mais craignant d’être arrêté, il fait parvenir le texte à sa fille. La troisième. Dans le Paris actuel. Une femme de théâtre met en scène la pièce de son grand-père. Pendant le service d’une répétition, un acteur disparaît.  Il tombe dans une quatrième dimension. Un hyperespace pour reconstruire une réalité dans l’irréalité. Voilà comment se construit la pièce « Présents Parallèles » de Jacques Attali.

 Un jeu au présent parallèle de la fiction 

Dans « Présents Parallèles » Jacques Attali pose trois questions qui structurent son texte : si les nazis avaient gagné la guerre en 1944 quel serait notre monde aujourd’hui ? En quoi serait-il différent de ce que nous connaissons ? Et que nous dirait-il de ce que nous sommes ?

Comme dans ses livres, Jacques Attali nous soumet sa méthode de politique intuitive pour comprendre la destinée humaine. Il se veut parfois voyant, mais c’est en critique de la société qu’il agit dans sa pièce. Bien qu’il ne croie pas que la liberté soit à jamais perdue, il veut décider de son destin. Pense même qu’il est possible de prévoir son avenir*, pour être à l’avant-garde de soi-même.

Comme l’expérience de pensée du chat de Schrödinger**, nous pensons que l’auteur Jacques Attali existe et n’existe pas. L’hypothèse  d’un Hitler au pouvoir en 2016, pour analyser la société d’aujourd’hui, est courte en arguments. Dire que le théâtre de boulevard n’est pas aussi important que l’avant-garde, ouvre une porte qui est déjà offerte, depuis des lustres, à tous les vents. S’il est juste, le constat que la plupart des leaders de 1968 ont occupé des postes importants dans la hiérarchie de l’état, il  ne répond pas à la question du vivre au présent dans notre société démocratique. Car il y a toujours des dictatures et des génocides sur notre planète, et aucun monde parallèle ne pourra nous consoler de ces barbaries. Les hommes restent ce qu’ils sont. Des héros, des lâches, des pauvres types ou des génies. C’est-à-dire des humains.

Finalement, et c’est là notre déception, la pièce de Jacques Attali est un divertissement, plus proche du boulevard que de l’avant-garde. Heureusement, par la présence de Jean Alibert, Marianne Basler, Xavier Gallais,  comédiens d’exception, nous avons passé « le temps parallèle » sans ennui. C’est déjà ça.

*uchronique, non-temps, un temps qui n'existe pas 

**Peut-on prévoir l’avenir ? Publication Fayard 

*** Expérience en 1935 par le physicien Erwin Schrödinger (1887-1961)

 

Présents Parallèles

De Jacques Attali

Mise en scène Christophe Barbier

Avec Jean Alibert, Marianne Basler, Xavier Gallais

Scénographie Pascal Crosnier

Musique Stéphanie Gibert

Lumières Christophe Barbier et Paul Hourlier

Du mercredi 7 septembre au jeudi 3 novembre 2016

Horaires Du mardi au samedi à 20h45

 

Théâtre La Reine Blanche

2 Bis, Passage Ruelle

75018 Paris

http://www.reineblanche.com/

 

 

 

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